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01 March 2024

Deux jours dans les Pierres Dorées

Une belle sortie en septembre nous a permis de découvrir Rapetour, Jarnioux, le manoir d'Epeisse, Vaurenard, le Chateau du Sou, Fléchères : un grand merci à tous les propriétaires qui nous ont accueillis, raconté l’histoire des lieux et partagé leur enthousiasme dans le maintien et la restauration de leur maison. 


Rapetour

Rapetour est une maison forte construite au Moyen Age. A ce titre, elle est héritière de la maison romaine en pleine campagne avec un domaine agricole. Elle a une double fonction : défensive et agricole. Son maitre est chevalier et agriculteur. Il rapporte à un seigneur. Chaque chevalier a une maison forte. On trouve à Rapetour comme dans toutes les demeures seigneuriales, la aula (grande salle de réception), la camera (appartements privés) et la capella (chapelle située au-dessus de la tour porche pour protéger la maison : on se débarrasse de ses mauvaises intentions). Mais Rapetour est particulièrement intéressant pour l’alchimie qu’on y a pratiqué et les vestiges de cette époque. 

Histoire de la maison

Il reste de l’époque médiévale, un donjon début 13e (rectangle aveugle crénelé avec palissade de bois et chemin de ronde).

Aux 15/16e, le style défensif est abandonné au profit de la qualité de l’habitat. On crée une tour athanor (origine arabe du mot, la langue des érudits à cette époque) qui abrite un four pour pratiquer la passion alchimique.

A la Renaissance, Rapetour change de destination. Elle devient maison des champs pour s'échapper de Lyon. Une belle galerie à l'italienne (les élites lyonnaises sont italiennes) y est construite. 

Le château est laissé à l’abandon à La Révolution. Restauré dans les années 1970, il est aujourd’hui la propriété de Frédéric Dhenain.


L’alchimie à Rapetour

L’alchimie est interdite à Lyon, ville nationale des intellectuels et ville de passage, mais tolérée ailleurs. La proximité de Rapetour draine ceux qui sont attirés par l’alchimie. 

La maison possède de nombreux symboles alchimiques. Pour comprendre ce bâtiment, il faut se débarrasser de notre manière de penser "cercle des lumières" et penser alchimie. 

Dans la cour intérieure, le chiffre 3 représente les 3 faces de l'œuvre et la sculpture de face moqueuse, le fou du roi qui se moque mais possède des vérités. Le chiffre 6 représente Dieu, le 5 est le chiffre de la Renaissance = l'homme (cf château de Meaulnes près de Tonnerre) 

Dans la tour anathor est installé le laboratoire d'alchimie qui date de1510 et est resté en l’état. (Étymologie du lot laboratoire : travailler et prier donc deux pièces, celle des expériences et celle de la prière) Dans l’oratoire : sol tomettes carrés = la terre / voute à 6 pans = le ciel... tout est alchimie.

Notre visite se termine avec la dégustation des vins de la propriété. 


Jarnioux

Histoire de Jarnioux

1283 premiers occupants : les co-seigneurs de Jarnioux 

Indivision jusqu'au rachat par les Henry (angevins devenus soyeux lyonnais) qui ont donné une quinzaine d’échevins de Lyon. Être échevin est alors une charge anoblissante de quatre ans. Et être noble ne permet pas de continuer à être marchand donc on achète des propriétés agricoles pour vivre. 

1771 : rachat par Jean Sahuc de Planhol qui le donne à son gendre Gabriel de Clavière. Maison dans la famille de Clavière depuis.


La maison 

Elle se compose de plusieurs bâtiments construits à partir du XIIIe siècle jusqu’au XVIIIe siècle et n’a pas subi de modifications architecturales depuis 1750.

Double entrée (premier porche défensif construit en 1643 après le deuxième). Protection contre la Fronde ou volonté de montrer leur richesse ?

Terrasse : tour XXIIIe / bâtiment XVIe / bâtiment 1750 à droite. 

Existence d'une prison au pied de la tour : la seigneurie de Jarnioux avait privilège de justice sur les habitants de la seigneurie. 

Cour nord : galerie XVe rehaussée au XVIe, travaux dont l’architecte est incertain (parfois attribués à Philibert Delorme ou à un architecte du Languedoc)

 

L’enjeu actuel est la réfection des toits XVIIIe. L’opération « une bouteille, une tuile » qui nous est proposée contribuera à ces travaux.


Le manoir d'Epeisse

La maison-forte d'Epeisse domine le village de Cogny. Elle faisait anciennement partie d’un clos plus vaste et consacré il y a peu encore, à la viticulture. 

La seigneurie d'Epeisses est attesté dès le XIIe siècle. Elle dépendait de la châtellenie beaujolaise de Montmelas. Au XIIIe siècle, la seigneurie passe aux mains de la famille de Chameyré. Au XVe siècle, elle appartient aux Namy, une famille de notables beaujolais. Le lignage Namy disparait et Jeanne de la Forêt, qui possédait depuis 1651 le domaine voisin de la Lucardière, achète la maison-forte et ses dépendances en 1693. En 1702, la propriété est encore agrandie. A la fin du XVIIe siècle, la maison-forte d’Epeisses est réduite à une simple dépendance agricole où sont logés des vignerons. Elle est mise en vente en 1758 et achetée par François Morel, conseiller à la cour des monnaies de Lyon. 


Le manoir est aujourd’hui restauré. Il a été rénové à partir de 1988 et les travaux ont duré 25 ans. Lors de cette restauration, les façades ont été enduites à la chaux et les tours et encadrements sont en pierres apparentes. Justification de ce parti-pris : l’enduit indique que la maison est finie, les pierres des tours marquent le côté défensif de la maison forte. 

 

Après cette visite, M et Mme Déchelette nous convient à un très sympathique apéritif sous les grands arbres de la terrasse qui offre une vue splendide sur le Beaujolais. 


La demeure de Vaurenard

Vaurenard était à l’origine un pavillon de chasse. Il est dans la famille Corteille depuis 350 ans. 1672 : la famille Corteille l’achète, double la surface habitable et rajoute une pièce d'eau 2500 m2. Fin XVIIIe, elle mène des travaux importants : création des communs viticoles et agricoles, de la tour NO, de la chambre Louis XVI. Après la Révolution française, il reste une fille et sa mère (les hommes ont été guillotinés) qui n'aura pas d'héritier et souhaite léguer la maison au diocèse de Lyon. Monarchiste et religieuse, elle accueille jusqu’à sa mort le baron de Richemont, qui prétend être le dauphin du Temple. 

Elle fait construire la chapelle par Tony Desjardin et Joseph Fabiche en pierre de Luceney et transmets finalement la propriété à un petit neveu, Maurice Falcon de Longeviale. Ses descendants en sont toujours propriétaires. 

En 1893, de nouveaux travaux sont réalisés pour accueillir la famille qui s'est agrandie : un étage de plus, modification de la distribution des pièces.

En 1903, l’esprit 18e de la maison a été conservé : transformation du jardin à la française. Depuis 1960, la maison est habitée toute l'année.

 

A noter : en 1996, une exposition organisée par la Chambre syndicale des tissus d’ameublement de Paris a permis de décorer douze des pièces du château. Pour valoriser les savoir-faire dans le domaine des tissus, les tentures, fauteuils, baldaquins, linge de lit ont été restaurés par les plus grandes maisons de tissus d’ameublement et de passementerie. 10 000 visiteurs sont venus voir cette exposition. 


Le château du Sou

Maison forte puis château féodal 13e, le château forme un ensemble remarquable. Il est situé le long du Morgon et sert de limite du territoire entre Beaujolais et Lyonnais. Il a été fortement remanié au cours des siècles et garde la trace de ses différents propriétaires (blasons notamment). 

Cette propriété restaurée est un lieu de mariages aujourd’hui. 

Sa propriétaire nous entraine dans un jeu de piste pour découvrir certains détails du château qui servent à raconter son histoire. 


Fléchères

Construit de 1606 à 1625, le château a une position stratégique puisqu’il surveille un guet sur la Saône. Il est propriété de Jean de Sève, prévôt de la ville de Lyon qui le fait construire pour asseoir sa noblesse de « cloche ». Il crédibilise sa noblesse en achetant les armes de la famille Seva (nobles du Piémont) à la famille de Savoie et la conforte en faisant réaliser des fresques italiennes dans son château. 

Protestant, il peut célébrer le culte dans un temple fief. Ce bâtiment a donc une double fonction : temple et château. Il reste dans la famille jusqu’en 1982. Il est alors vendu à un promoteur immobilier qui veut lotir le parc. Pour sauver le bâtiment, il est classé d'office dans sa totalité en 1985 au titre des MH. Le promoteur le revend en 1998 à ses propriétaires actuels, Marc Simonet-Lenglart et Pierre-Albert Almendros, propriétaires de Cormatin. Aujourd’hui, la propriété est privée, classée et inscrite aux MH. Elle a bénéficié d’un important travail de restauration financé par du mécénat d’entreprise (Hermès, Tassinari…), des tournages de film, les visites du site et des fonds venant de Cormatin. 

Le château est construit en pierre de Theizé. C’est un bâtiment imposant de 3 étages. La partie centrale est l’espace public avec la salle du consistoire au 2e étage et le temple tout en haut. Dieu est ainsi au centre en haut. Les 7 travées de fenêtres représentent les 7 jours de la semaine, les 3 lucarnes du toit, la Trinité. 

Les ailes sont réservées à un usage privé. 

A l’intérieur l’escalier, avec vide central "vide à la moderne à 4 noyaux ou piliers " - par opposition à l'escalier à l'italienne entre deux murs - date de 1622.

 

Les différentes pièces de la maison racontent la manière dont on vit au cours des siècles : au XVIIe, on vit au 1er étage, au XVIIIe on descend. Au XVIIIe, on recherche confort, intimité et chaleur : on réduit les volumes des pièces et crée des couloirs pour une circulation plus intime. On remplace les sols carrelés par du bois, on crée des alcôves. 

La première étape de la restauration a consisté à retrouver les volumes originaux des pièces en démolissant les cloisons qui avaient été rajoutées. C’est ainsi que, dans huit pièces de la maison, sous les plâtres, boiseries, peintures, de nombreuses fresques de Pietro Ricchi réalisées en 1632 ont été retrouvées dans un très bon état de conservation. Chacune de ces pièces racontent une histoire : souvenir de l'entrée royale d'Henri IV à Lyon, travaux d'Hercule, l'état sauvage vaincu par les vertus théologales, chambre des 4 vêtus cardinales…


A noter aussi un parquet remarquable datant de 1780, réalisé dans 5 essences de bois : chêne, ébène, noyer, palissandre, citronnier, volé en 1984 et retrouvé chez le plus grand antiquaire de Belgique et le beau jardin à la française et ses topiaires. 



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