Sortie VMF 74 avril 2026 : Abbaye de Tamié - Château et ferme de Gy
07 April 2026
Une journée entre Savoie et Haute-Savoie
Une journée entre Savoie et Haute-Savoie
C’est à Tamié, dans le massif des Bauges, que 45 adhérents VMF se sont retrouvés pour cette journée organisée par la délégation VMF 74. Le froid vif du matin (il faisait -4° à 9h) n’a pas découragé ceux qui venaient pour écouter Christian Regat, historien spécialiste de la Savoie, leur conter avec brio et passion, la naissance, l’expansion, les vicissitudes et la renaissance de l’abbaye de Tamié.
Partant de l’étymologie du mot moine (monos en grec), il nous a expliqué comment les abbayes sont nées, la manière dont elles se sont organisées autour de règles (dont la plus célèbre est la règle de St Benoit), l’importance qu’elles ont prise tant sur le plan économique que politique, devenant l’objet de convoitises avant de nous parler de Tamié.
L’abbaye de Tamié a été créée en 1132 sur des terres données par les seigneurs de Chevron (Pierre, Guillaume et Aynard de Chevron). C’est une abbaye cistercienne qui vivra sans interruption jusqu’à la Révolution puis sera réinvestie en 1861. Pendant cette longue période, l’abbaye vit des périodes glorieuses (le premier pape d’Avignon est le père abbé Dom Robert de Genève, l’abbaye produit un traité d’éducation L’institution d’un prince pour la famille de Savoie au XVIIIe), parfois difficiles (certains pères abbés, nommés par le pape, s’enrichissent au détriment de l’abbaye, d’autres, comme Dom J.-A. de La Forest de Somont au XVIIe, sont dépourvus de toute moralité). L’abbaye joue un rôle local essentiel, au XVIIIe notamment, avec une activité métallurgique, une pharmacie, et un rôle social (fourniture de nourriture, bois, meubles… à la population lors des incendies de Faverges et Saint Colombe). Au printemps 1793, l’armée investit les lieux et les moines s’enfuient avec les archives de l’abbaye. Ils s’installent en Italie, puis créent l’hospice de Mont Cenis à la demande de Napoléon. L’abbaye passe entre différentes mains avant de revenir aux moines de la Grâce Dieu qui, sous Dom Alexis Presse à partir de 1920, se modernise : eau courante, électricité, création de la fromagerie… En 1950, Tamié accueille un concile (préliminaire de Vatican II) et connait très vite un essor incroyable (100 000 visiteurs par an) qui conduit au réaménagement de l’hôtellerie, la création d’un magasin avec des salles de réunion.
Aujourd’hui, le monastère vit une période de renouveau avec plusieurs novices qui pourront assurer la relève.
Après notre déjeuner, direction le Château de Gy où Jean de Chevron Villette nous attend pour nous raconter une partie de l’histoire de famille (étroitement liée à celle de l’abbaye de Tamié) implantée ici depuis 1204 et nous expliquer les travaux qu’il a entrepris depuis le décès de son père en 1977.
Implanté sur un coteau qui domine la combe qui va d’Annecy à Albertville et offre un panorama sur le Mont Blanc, Gy fut d’abord une maison forte, reconstruite au XVe dont il reste la tour, puis elle sera transformée en résidence d’été au XIXe. En 1811, on construit les communs comprenant deux écuries, un garage et un grenier à foin. Pendant la Révolution, la propriété est mise sous séquestre car Théophile, orphelin et mineur, est à Turin, sa capitale, comme élève officier. Il peut enfin récupérer ses biens au bout de dix ans de procédure, développe une activité métallurgique et construit un four à fonte (qui utilise du minerai de Maurienne et du bois de La Mandallaz). Alors qu’il se bat avec les troupes austro-sardes, son associé délocalise les forges à Cran. Le bâtiment des forges sera transformé en fabrication de taffetas puis en une scierie.
En 1838, son fils Victor, qui est diplomate et a beaucoup voyagé, se lance dans la construction d’une ferme qui, sur le plan architectural, mélange les styles et influences savoyarde (base en pierre, étage en bois), bavaroise et suisse (sculptures en bois). Conçue sur le modèle d’une ferme autarcique, elle s’étend sur une cinquantaine d’hectares avec un potager de 6 000 m2. Au XIXe, avant l’arrivée de la mécanisation, 22 personnes travaillent et vivent à la ferme, 8 au château.
Lorsque Jean de Chevron Villette reprend la propriété, la ferme est très endommagée. Il décide de la sauver et monte un projet de lieu de réception. Il se lance alors dans la rénovation des bâtiments (2 400 m2) qui menacent de s’écrouler. Le chantier est colossal, les chiffres parlent d’eux-mêmes : 10 000 m2 de toiture, 1 000 m de murs de jardins, 800 m de réseaux enfouis, 1 200 m de réseau pour les eaux de pluie, un réseau de chaleur enfoui lui aussi.
Les difficultés sont autant d’épreuves à surmonter : 1987, fin du bail rural ; de 1988 à 1992, montage et financement du golf qui sera la première étape de ce projet ; organisation juridique en pensant transmission ; questionnements sur la ferme pour conserver en permettant une double lecture (ce que ce fut, ce que c’est) sans réversibilité, critères d’authenticité, de pérennité et donc de rentabilité.
Les travaux débutent en 1995 avec un cadre précis : réemploi des matériaux, réappropriation des techniques d’origine (peinture à la caséine, crépis à la chaux aérienne), choix d’entreprises locales, prendre le temps devant les impasses règlementaires. Jean s’investit personnellement dans toutes les étapes et négocie d’arrachepied avec les institutions, les cabinets de contrôle, la DRAC, les entreprises. En 2011, les salles de réception sont inaugurées. Sept ans plus tard, un nouvel espace dans l’ancienne étable de la ferme est à son tour inauguré. Depuis, la ferme de Gy accueille plus de 70 réceptions et 12 000 personnes par an.
Mais c’est un autre chantier auquel Jean s’est attelé depuis 2014 : celui de redonner au château son aspect XIXe (crépis et huisseries). Après des phases de diagnostic de 2014 à 2019, le PC est obtenu en 2019 ainsi qu’un avis favorable pour subventionner l’ensemble des façades et les deux pavillons en quatre tranches. En 2020, le Covid stoppe la dynamique. Pendant 13 mois, l’activité réception de la ferme est fermée. La période est compliquée sur le plan financier. Néanmoins, cinq ans après, la troisième tranche est en train d’être réalisée et la quatrième est à l’étude. Ce chantier, comme le précédent, réserve son lot de surprises (amiante, plomb sur les 80 paires de fenêtres et de volets, subventions plus longues et compliquées à obtenir) qui complexifient et impactent le financement.
Dans quelques années, peut être cet ensemble patrimonial homogène datant du XIXe aura-t-il retrouvé son atmosphère d’antan ?
Sans la passion et l’investissement personnel de Jean et Sophie, rien de tout cela n’aurait pu exister. Merci à eux pour nous avoir partagé cette expérience d’une vie et leur action au service du patrimoine savoyard !
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