Deux jours en Suisse
20 May 2025
Genève et le canton de Vaud
C'est au bord du lac Léman que nos amis suisses nous ont emmenés pour découvrir plusieurs propriétés, pour la plupart privées, qui surplombent le lac et témoignent de l'histoire de familles venues s'installer en Suisse, notamment lors des guerres de religion.
C'est le cas de notre première visite au Château des Bois à Satigny, construit en 1631 par Jean Turretini, un protestant dont la famille a fui Lucques en 1574, et actuellement occupé par la 14e génération. A leur arrivée en Suisse, les familles lucquoises apportent leur fortune et leur savoir-faire industriel. Ils développent alors un réseau bancaire (qui fait encore aujourd'hui la réputation de la Suisse) pour faire commerce. Les Turretini, pour leur part, pratiquent le commerce de la soie.
Le château des Bois est une maison de maître avec des contours de porte, fenêtres et angles en pierre gris vert (de la molasse qui vient des carrières de la région). Il a été restauré suite à l'ouragan de 1999. Autour de la propriété s'étendent des terres agricoles et viticoles. Le caveau abrite de magnifiques tonneaux et foudres réalisés avec les chênes tricentenaires de la propriété.
Aujourd'hui, cette maison haute à l'italienne est occupée par la 14e génération qui, au delà de l'activité agricole, organise des événements pour des entreprises.
Sur notre route, le château de Nyon, à flanc de coteau, domine le lac. Ce château forteresse, propriété des Savoie puis des Bernois, fut un temps une prison puis un arsenal. C'est aujourd'hui un Musée historique et des porcelaines qui mérite le détour pour ses collections et pour la magnifique vue sur le lac depuis sa terrasse.
Le Château de la Sarraz fut le siège d'une seigneurie de 1049 à 1948 (900 ans de dynastie). C'est le seigneur de Grandson qui créa le donjon primitif et le mur d'enceinte sur une route commerciale qui allait de la France à l'Italie et lui permettait de percevoir un péage (d'où le nom de sarraz : passage étroit, serrure). La deuxième tour du château est construite au XVIe (alliance avec les Stein). Les Gingins, bourgeois de Berne., favorables à la Savoie et membres de la confrérie de la cuiller deviennent ses occupants. Le château devient une maison de plaisance réaménagée jusqu'au XIXe par Frédéric de Gingins. A la révolution, c'est l'une des dernières familles nobles. En 1830, le château est délabré. Conscients de l'héritage familial et soucieux de le transmettre, les propriétaires décident de le restaurer et souhaitent en faire un musée dynastique. Il sera le lieu de deux congrès internationaux : architecture et cinéma indépendant en 1928 et 1929 et un lieu d'accueil de l'avant garde artistique.
Le Château de Biolley-Magnoux (Vaud). Ce château a été construit il y a 1 000 ans, en 1025, par le seigneur de Biolay Magnoux qui doit le céder aux Savoie pour payer ses dettes. Perette de Biolay rachète le château et y vit 40 ans. Le château est ensuite acheté par les Goument qui ont des liens avec les Savoie et l'occupent jusqu'au début du XVe. (Charles-Le-Téméraire y établit son camp militaire avant la bataille de Morat en 1476). Au XVIe, c'est la Réforme et l'invasion bernoise. Les Herlach préemptent la seigneurie jusqu'à la nouvelle constitution helvétique en 1803 qui supprime les droits seigneuriaux. Lors de la période neuchâteloise, le château est transformé en maison d'agrément. En 1899, son donjon s'effondre. Il a été acquis en 1998 par ses nouveaux propriétaires qui nous ont reçu.
La soirée et la nuit au Grand Hôtel des Rasses (Jura vaudois), construit en 1898, est une plongée dans l'époque où se développèrent les grands hôtels des villes thermales et des stations de ski. historique. Ici, l'arrivée du train qui va d'Yverdon à Sainte Croix en 1893 a permis de développement du tourisme. Cet hôtel de style patriotique avec sa salle à manger Belle époque a obtenu le label Swiss historic hotel.
La journée suivante sera tout aussi riche. Elle commence à Sainte Croix, au Musée de la mécanique d’art et du patrimoine qui présente un atelier de décolletage dans lequel les ouvriers travaillaient 12 heures par jour, 6 jours par semaine dans le bruit des machines. Sont aussi exposés des exemplaires d'objets réalisés ici : machines à écrire Hermès, appareils photo et caméras Bolex Paillard, tourne disques Thorens, postes de radio Paillard, fixations de ski Kandahar, des polyphones venant d'Angleterre, d'Allemagne..., des phonographes, des automates, des horloges, des boites à musique de toutes tailles, toutes aussi extraordinaires les unes que les autres. L'exposition met également en valeur le patrimoine horloger qui s'est développé au cours du XVIIe siècle dans la vallée de Joux : pendules neuchâteloises et aussi horloges et montres qui utilisent l'émail et permettent aux arts de la miniature de s'exprimer dans l'horlogerie.
Enfin, un espace est consacré aux papiers peints dont il reste des vestiges dans certains châteaux (Le reposoir, Mézières) ou encore au château d'Hauteville (décors de théâtre) et notamment aux indiennes (dont le savoir-faire vient des protestants qui ont fui la France).
Retour sur les rives du Léman pour la visite le déjeuner au château de Prangins (musée national depuis 1973). Ce château a été acheté en 1723 par Louis Guifuer, un lyonnais qui souhaite faire un placement financier et acquérir un titre de noblesse. C'est alors un château fort médiéval et il sera transformé pendant 20 ans : architecture à la française, en U avec ses jardins, symétrie des quatre pavillons d'angle, fausses fenêtres, potager pour nourrir les ouvriers. C'est un très grand domaine qui va jusqu'à Gland et atteste de la puissance sociale de son propriétaire. Il faut une trentaine de domestiques pour faire fonctionner le château : ils sont souvent payés en nature : nourris, logés, ayant la possibilité d'évoluer et de se former. Chaque pièce a une fonction à partir de cette époque et participe au besoin d'intimité.
Côté art de vivre, les rideaux en indienne s'exportent à Neuchatel, Louis XIV les ayant interdites en France par peur de concurrence avec la soie. L'intérêt est marqué pour les civilisations antiques. On favorise la vue avec une enfilade de pièces le long de la façade côté lac. La bibliothèque montre l'intérêt porté à la religion protestante. Les nouveaux goûts alimentaires sont consignés dans un journal....
Aujourd'hui musés national, Prangins témoigne de ces changements importants et offre une belle page d'histoire dans un cadre magnifique.
Notre visite en Suisse s'achève avec la visite du Reposoir, propriété privée elle aussi sur les rives du lac, où nous sommes accueillis par les propriétaires. La visite de la maison et des jardins nous permet d'apprécier la douceur de vivre de l'endroit à deux pas de l'effervescence de Genève.
Galerie de photos
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