Retour sur... une journée à Evian - Juin 2024

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04 January 2025

Retour sur... une journée à Evian - Juin 2024

Evian

Déambuler dans Evian, c’est se connecter à l’histoire d’une ville qui a connu un essor très rapide grâce à son eau aux propriétés universellement vantées (c’est l’eau la plus vendue au monde). Mais Evian est aussi « Ville de la paix » pour deux raisons : les accords d'Evian entre la France et l’Algérie y ont été signés le 18 mars 1962 et elle a accueilli le premier G8 élargi le 1er juin 2003.

Un peu d’histoire

La ville existe depuis l'antiquité. Au Moyen Âge, c’est le centre d'une châtellenie et d’une batellerie donnée par la famille de Savoie qui a le monopole sur le Leman. La ville est fortifiée et entourée de remparts dont les traces existent encore à certains endroits.

Dans les années 1200, elle abrite le château du comte Pierre de Savoie, puîné ayant reçu en apanage le canton de Vaud. Vrai stratège, c’est aussi le mécène de l'église d’Evian de style gothique primitif savoyard (cette église Notre Dame de l’Assomption abrite une fresque de l’Annonciation, les armoiries de la Maison de Savoie et d’Anne de Chypre (Saint suaire et cépage Altesse) dans le chœur, et une vierge à l’enfant, don des Clarisses pendant l'invasion des Bernois). A cette époque, la ville obtient le monopole de la pêche sur le lac. 

Fin XVIIIe, la découverte des propriétés de l’eau d’Evian donne un nouvel essor à la ville qui devient une ville d’eau mondialement connue.

Une eau aux vertus thérapeutiques

En 1789-90, le comte de Brion souffre de gravelle (calculs urinaires et rénaux). Il fuit la France et part faire une cure à Amphion (souffre). A la recherche d’un logement, il s'installe chez M. Cachat (commerçant agriculteur) et boit de l'eau de sa fontaine. Comme il va mieux, il teste l’eau et se rend compte de ses bienfaits. En 1795, le comte doit fuir (Napoléon) et part pour Lausanne. M. Cachat lui livre de l'eau en bouteille. C’est le début de l'aventure !

En 1808, Cachat clôture sa source et développe des bains (blanchiment de la peau). En 1826 s’ouvre la première usine d’embouteillage La Genevoise, créé par un banquier genevois, M. Fauconet. En 1867, la société des eaux devient Société anonyme des eaux minérales d’Evian. En 1892, Charles Besson, maire d’Evian, négocie pour que les sources privées et publiques soient réunies (4 sources principales). La production s’établit à 1 million de bouteilles. 

Aujourd'hui, 6 à 7 millions de bouteilles sortent chaque jour, des usines d’embouteillage. Cette eau bi carbonée est reconnue pour ses vertus sur les calculs et, depuis les années 50, pour sa pureté qui en fait une eau recommandée pour les nourrissons.

Des infrastructures au service du thermalisme

Le patrimoine lié à l’histoire de l’eau est important et la ville a à cœur de le préserver et de l’entretenir pour perpétuer sa mémoire avec l’aide financière de la région, du département, de la DRAC, de la Fondation du patrimoine et de mécènes. 

Dès la découverte des propriétés de l’eau de la source Cachat, les infrastructures se sont développées pour accueillir les nouveaux curistes et rivaliser avec les autres villes d’eau, notamment Aix-les-Bains et Vichy. On s’emploie alors à construire vite et luxueux. Tout est fait pour permettre à cette clientèle qui regroupe des têtes couronnées, des aristocrates, des artistes, des entrepreneurs, des financiers… de passer un agréable moment : hôtels (le Royal, le Splendide…), casino, théâtre… L’Art nouveau trouve ici son lieu d’expression. Il est l’art du thermalisme par excellence. Initié en 1860, il s'inspire de la nature. Son objectif : mettre à l'honneur le savoir des compagnons dans une période d'industrialisation.

La ville voit également son essor grâce à l’arrivée du train en 1882. Il faut alors 20h pour venir de Londres, 10 de Paris, 5 de Lyon. 

Du bord de l’eau au sommet de la colline

La promenade du bord du lac permet de découvrir une partie de ces bâtiments. Certains appartiennent à la ville, d’autres sont des bâtiments privés.

La Villa Lumière, autrefois résidence d’été d’Antoine Lumière, industriel lyonnais, père de Louis et Auguste, inventeurs du cinéma, est devenu l’hôtel de ville d’Evian depuis 1927. Construite entre 1885 et 1898, son style extérieur est éclectique : toits, balustrade et Il pensiero de Michel Ange, de style Renaissance, frontons baroques. L’intérieur est rococo.  

Le Palais Lumière. Cet ancien établissement thermal, de style Art nouveau, construit en 1902 sur les plans de l’architecte Ernest Brunnarius, a fonctionné de 1903 à 1984. C’est aujourd’hui un centre culturel et de congrès. Réalisé en pierre de Poitiers avec des briques émaillées, il a subi une importante rénovation en 2006. Des toiles marouflées de femmes décorent, à droite et gauche, l'entrée monumentale. 

Le casino municipal a été construit par Jean-Albert Hébrard sur l’emplacement de deux châteaux (Blonay et Drée) et fut inauguré en 1912. Il servait pour le jeu mais on y venait aussi pour assister à des spectacles de music-hall, des défilés, des concours d'élégance ... Il fait actuellement l’objet d’une rénovation qui apportera de la transparence et une symétrie avec le lac. 

Le théâtre Riboud, théâtre inauguré en 1885 pour divertir la clientèle des curistes dont beaucoup venaient de Paris, jouxte le casino. D’aspect néo-classique, il est construit en matériaux artificiels imitant la pierre. Il abrite des peintures de Hodler.

Un funiculaire permet de relier le lac et ses attractions aux hôtels qui se sont installés sur le haut de la colline et dominent le lac.

A mi-chemin sur le parcours à pied des hôtels jusqu'au lac, la buvette Cachat (ou Temple de l’eau) est un bâtiment remarquable qui fait le lien entre le lac et la montagne. Son architecture et sa réalisation sont exceptionnels. Utilisant la pente sur trois niveaux, il est constitué de petites sections préfabriquées de bois (mélèze et sapin Douglas) et de verre. Construit par Albert Hebrard en 18 mois pendant deux hivers, c’était un projet économique sensé être éphémère (et qui dure !). Conçu comme un lieu multifonctions diurne, on s’y retrouvait pour lire son journal, commenter les actualités, se montrer… Ce bâtiment traversant Art nouveau abritait une buvette non médicale, les bureaux de la Société, un embryon d’agence de voyages. On y donnait des concerts. La buvette était utilisée durant la période thermale d’été : de la fête des roses en juin à la fête des régates en septembre.

Une importante restauration du bâtiment est en cours sous la houlette de Romain Larcher. Elle doit permettre de retrouver le bâtiment d’origine y compris le promenoir, les motifs peints de la coupole (coques vissées sur la structure bois) et les balustrades des toits qui ont disparu. Les travaux entrepris ont permis de mettre en lumière les causes et conséquences des dégradations du bâtiment ainsi que les techniques employées par Hébrard lors de la construction.

Types de problèmes constatés : la couverture étant en cuivre, la ferblanterie a été abîmée par le cuivre ; l’absence de pente sur la partie haute de la coupole a entrainé des problèmes de fuîtes dans les tuiles et engendré des rafistolages.

Techniques découvertes lors de la restauration : la structure comporte 8 arcs avec renforcement métallique (treillis) / la flèche de 7 à 8 m qui tient par un boulon. Autant d’éléments qui font penser que le bâtiment était éphémère (inspiration expo universelle) 

Travaux entrepris pour sauver l’ouvrage : au niveau des lucarnes, certaines pièces qui rattachent à la coupole ont pourri nécessitant de creuser, d’insérer du fer et d’injecter de la résine. Pour restaurer la coupole, il a fallu renforcer pour consolider la base et à mi-hauteur, installer un ceinturage métallique pour stabiliser l’ensemble. Pour réparer les pieds dont le bois avait pourri, les parties abimées ont été découpées et remplacées par des pièces en épicéa.  

La restauration devrait permettre de faire passer le nombre de personnes de 1,5 million par an à 2-2,5 millions après travaux.


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