Retour sur ... notre conférence annuelle sur les jardins - novembre 2024

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04 January 2025

Retour sur ... notre conférence annuelle sur les jardins - novembre 2024

C’est, comme chaque automne maintenant depuis trois ans, dans le cadre de La Médicée, que notre conférence s’est tenue.

Lors d’une balade au jardin avec Laurent Portuguez, ancien chef jardinier de Villandry qui a pris ses fonctions à la Médicée-Jardin du château St Marcel depuis le mois de septembre, les participants ont pu découvrir ou redécouvrir ce jardin qui continue à évoluer au fil du temps.   

Le soleil étant de la partie, nous avons ensuite pu pique-niquer dans la cour intérieure avant d’aller écouter la conférence d’Anne Allimant-Verdillon, archéologue spécialiste de l’étude et de la restauration de jardins historiques.

Ancienne pensionnaire à l’Académie de France à Rome (villa Médicis), Anne Allimant Verdillon est titulaire d’une maitrise d’histoire de l’art et archéologie, d’un DEA d’histoire et d’un diplôme d'architecture sur les jardins historiques et paysages. A l’origine du développement de l'archéologie des jardins en France, elle a fouillé ou étudié une quarantaine de jardins depuis 1993 (Touvet, Bâtie d’Urfé, Maulnes, La Motte Tilly, Rivau, Méréville, le Pradel, Albertas, Villa Borghèse, domaine du Coscro, jardin des Tuileries, Palais des Papes, Parc Buffon à Montbard, Vaux-le-Vicomte, ... etc.). Conjointement à son activité d’historienne et d’archéologue, elle contribue à la formation de nombreux acteurs du patrimoine (architecte, paysagiste…) et enseigne régulièrement dans le cadre universitaire. Elle est également chercheuse associée au Centre de ressources de botanique appliquée (CRBA).

A l’aide d’exemples concrets de ses fouilles, elle nous a présenté sa méthodologie pour faire parler les sous-sols des jardins.

Les étapes préalables à la fouille

1 - L’historique du lieu : en Angleterre, il existe une mémoire du site parce qu’il y a une tradition d'héritage (le fils du propriétaire, celui du jardinier...) contrairement à ce qui se passe en France où tous les propriétaires ont été spoliés lors de la Révolution et la mémoire des lieux a disparu) 

2 - La topographie (établie à partir du site geoportail.gouv.fr) : les contrastes des images aériennes révèlent le sous-sol.

3 - L’étude de la végétation encore présente ou des traces (ex : palissage à la loque des murs bordés d'ifs du jardin des Tuileries) 

4 - Les techniques :

Etude des fluides des sols par des procédés de géophysique (courant électrique) qui donnent certains tracés mais pas d'explications : procédé limité notamment lorsqu’il y a eu plusieurs jardins successifs 

Vue LIDAR (télédétection) : laser qui traverse la couleur verte (ex : il permet notamment de valider qu'à Marly, Mansart à fait enlever 1 million de m3 de terre en un an pour construire son jardin) 

La fouille

Une fois ces données compilées, la fouille de jardins, avec des protohistoriens, permet de retrouver les strates. Il faut ensuite accompagner les coupes de terrain de l'analyse, des hypothèses et de l'interprétation de ces strates. 

Différentes techniques sont mises en œuvre :

Une formation à l'hydrologie permet d’identifier les nappes et circulation de l'eau. 

Les prélèvements et analyses donnent des informations complémentaires : 

·       Analyses de pollens : pas forcément révélateur de ce qui avait été planté (volatile) 

·       Malacologie (escargots : typologies liées au lieu) 

·       Carpologie (graines : énormément de données - on replante des blés datant d'il y a 2 000 ans et venant d'Egypte) 

·       Micromorphologie : étude très fine des terres

·       Mycélium (racines de champignons : on connaît certaines symbioses comme la truffe et le chêne. Reste à découvrir les liens entre d'autres champignons et plantes. 

La métrique

Cette méthode permet de révéler les différentes étapes de fabrication (ex : à la Bâtie d'Urfé, on constate deux pieds de longueur différente pour le bâtiment et pour le jardin) / le jardin du musée Calvet à Avignon révèle des motifs baroques identiques à l'intérieur du bâtiment / A Coscro : trois mesures différentes correspondent à trois époques de construction du jardin 

Les études connexes 

Ce travail peut être complété par l’étude des archives, une relecture critique des textes ou études historiques et/ou de l’iconographie, une définition fine des contextes (climat par ex), analyse ethnobotanique, une recherche du tracé directeur.

Ce travail d’archéologue des jardins permet de faire de belles découvertes. Anne nous en a partagé quelques-unes.

·       Les fouilles au Jardin des Tuileries ont permis de mettre en évidence la construction par Lenôtre d'un sous-sol étanche pour protéger les Tuileries des inondations : un système d'irrigation des jardins utilisant la glaise du sous-sol sur laquelle glisse l'eau. 

·       L’étude au palais des papes d’Avignon a permis de découvrir qu’une des tours contenait la réserve d'eau du Palais qui alimentait le bassin et les jardins des appartements du pape. 

La restauration

La restauration intègre les découvertes archéologiques et les réalités actuelles : caractéristiques des sols, pollution eau, sol, bruit ; fréquentation (cf Palais des papes) 

Quelques réalisations menées dans différentes régions.

·       A Vaux-le-vicomte : plantation d'arbres contre les vents, création de haies pour le bruit et absorber l'eau ...

·       Au domaine du Coscro, ancien manoir breton depuis 2002 : reconstitution du jardin des années 1630/40 (prix de la Fondation du patrimoine) 

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