12-13 mai 2023 : sortie à Neuchâtel

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01 August 2023

Un week-end en Suisse

Du 12 au 13 mai, 42 membres de la section VMF de Haute-Savoie se sont rendus dans la région de Neuchâtel en Suisse. Un très beau programme qui a permis de découvrir de belles demeures privées et les richesses de la ville de Neuchâtel. 

Le Bied.

Une propriété privée de Colombier (canton de Neuchâtel) recèle une maison de maître et des jardins qui remontent au 18e siècle et à la fabrication d’indiennes. Un jardin à la française agrémenté de statuettes et sur une terrasse surélevée, la perspective ouvre sur le lac. Louis-Philippe et Yvonne de Bosset, propriétaires des lieux, reçoivent les VMF avec croissants, jus et café. Le maître de maison, avec tableaux et dessins à l’appui, résume l’histoire du Bied : sa première construction remonte à 1734. Au plus fort de la production des fameuses indiennes, ces cotonnades peintes originaires d’Inde, jusqu’à 200 personnes étaient employées sur le site. La famille de Louis-Philippe était déjà là aux origines, puisqu’une Bosset avait épousé le fondateur de la manufacture, Jean-Jacques Deluze. Après moult vicissitudes, les de Bosset ont repris possession des lieux en 1892.[1]

Château de Gorgier

Ce château médiéval.à deux pont-levis a traversé huit siècles. Au XVe siècle sous réserve de fidélité au duc de Bourgogne, la seigneurie de Gorgier devient un fiel de Louis, Comte de Neuchâtel. En 1531, la seigneurie passe à la réforme. Pas de descendance des Comtes, le fief revient alors au souverain Frédéric II, roi de Prusse. Ce dernier donne par décret la baronnie à son conseiller, Jean-Henri d’Andrié qui la vend à la famille de Pourtalès. Gorgier perd ses droits en 1848 au moment de la fondation de la République. Henri de Pourtalès-Gorgier résidait au château de Bandeville (Essonne) et ses descendants se séparèrent du château à la fin du 19e siècle. Depuis le début du 20e siècle, des industriels ont repris, modernisé le château et construit une ferme imposante. Depuis plusieurs années, des propriétaires se succèdent, la dernière en date habite et poursuit avec sa famille le travail d’entretien et de rénovation que mérite le lieu. Son architecte, M. Thierry de Pourtalès, a commenté les travaux en cours et fait visiter aux VMF l’imposant château, ses jardins et serres.[2]

Domaine d’Areuse

Thierry et Anicia de Pourtalès ont reçu les VMF de Haute-Savoie au domaine d’Areuse qu’ils habitent avec leurs quatre enfants. C’est la sixième génération de la famille à occuper les lieux. Plan harmonieux des bâtiments, grand portail encadré de piliers quadrangulaires annelés couverts d’un entablement et d’une sphère, et la cour ponctuée par une fontaine empire au bassin bombé orné de cannelures, donnent au tout un équilibre parfait. L’utilisation de la pierre d’Hauterive pour corniches et chaînes d’angle ajoute à l’harmonie architecturale. Un péristyle à l’allure de petit temple antique dont le fronton est soutenu par pilastres et colonnes complète cet ensemble architectural conçu sous le Premier Empire. La propriété était viticole à son origine. On remarquera le rez surélevé de la maison de maître permettant l’existence d’une haute cave abritant le chai.[3]La vigne y est cultivée, le vin est tiré, les VMF ont apprécié le vin « Hôpital Pourtalès » dont 100% des bénéfices sont reversés à l'Hôpital Pourtalès, pour le bien-être des patients.

 

Société du Jardin

Un dîner eut lieu dans un Cercle privé de la ville de Neuchâtel fondé en 1759 que ses membres appellent « La Chambre ». Le Cercle, après plusieurs années de réunion dans d’autres lieux, et moultes tergiversations et discusssions, fut locataire de la Société immobilière possédant l’immeuble situé Faubourg de l’Hôpital 18, société immobilière qui sera dissoute en 1999 ce qui permit au Cercle de procéder à l’achat de l’immeuble. A Neuchâtel, le faubourg de l’Hôpital se visite comme un musée à ciel ouvert, avec de somptueux hôtels particuliers en pierre d’Hauterive remontant au siècle des Lumières.[4] L’ensemble immobilier était compris à l’est et à l’ouest entre d’autres jardins. Il touchait au nord au chemin, devenue l’actuel faubourg de l’Hôpital, et au sud c’était la grève du lac. Un plan de 1826 permet de constater que l’environnement avait bien changé, la grève originale ayant fait place à une promenade plantée d’arbres.[5]

La Collégiale et le Château

Pour accéder à ces « must » de la ville, le groupe prit d’assaut un petit train à ciel ouvert, mis à disposition par la Ville, qui transporta ses membres devant la Collégiale, église du XIIe siècle, fraîchement restaurée. Suit la description d’un scientifique en 1692 : « Le Château est sur une éminence, avec un fort donjon qui commande sur la ville ; la grande église est bâtie proche le Château, et l’un et l’autre ont été construits par la Reine Berthe sur la fin du IXe siècle. La structure de cette église lui donne rang parmi les plus belles églises de la Suisse ; il semble que le bâtiment est tout d’une pièce ».[6]

La vocation administrative du château de Neuchâtel l’a rendu illisible à l’imagination du visiteur, voire à celle de l’historien lui-même. En effet, les documents écrits concernant l’histoire du château suscitent constamment le rêve, lorsqu’ils évoquent l’édification d’une tour, l’exhaussement d’une galerie, l’élargissement d’une cuisine, le lambrissage d’un « poèle », la création d’une « écritoire », la transformation d’une chapelle… toutes ces pièces imbriquées les unes dans les autres au cours des siècles, à force d’escaliers, de paliers, de portes dérobées[7], donnent du fil à retordre à celui qui recherche aujourd’hui un service de l’administration cantonale. Le château, c’est d’abord la demeure et le symbole éternel du prince. Il est le siège du gouvernement suprême de l’état (qu’il soit princier ou démocratiquement collégial) et tout à la fois, il est le symbole et l’emblème d’une ville à laquelle il n’a jamais vraiment appartenu. Et pourtant, qui songerait à les séparer ?[8]

La rue du Pommier, un petit seizième[9]

Secrète et mystérieuse, la rue du Pommier n’a jamais montré au passant qu’un seul de ses visages, le plus formel, celui que lui dessinèrent les maçons du XVIIIe siècle.[10]Ce sont Patrick Grandchamp et Martin Leiser ainsi que Flaminia Bridy qui nous ont ouvert les portes des somptueux appartements des 7 et 9 rue du Pommier. Au no 7, acquis par Pierre-Henri de Meuron en 1763, un escalier bordé d’une balustrade en fer forgé mène au vestibule orné de quatre fresques peintes vers 1790 en trompe-l’œil par Carlo Cocchi (1774-1854). L’œuvre maîtresse de Pierre-Abraham Guignard (ébéniste vaudois) est le grand salon dont les boiseries dorées et le mobilier Louis XVI nous sont parvenus remarquablement conservés.[11]Dans l’hôtel particulier du 9, construit par David de Pury (anobli en 1785 par Frédéric de Prusse), la façade est sobre et contraste avec des intérieurs plus richement décorés. Cinq plafonds peints de style baroque y sont encore conservés in situ.[12]

Hôtel DuPeyrou

Un déjeuner dans le grand salon du Palais DuPeyrou (construit entre 1764 et 1772) a permis au groupe de constater la forte influence du « goût français dominant de l’époque ». Pierre-Alexandre DuPeyrou est à la tête d’une immense fortune héritée en grande partie de l’exploitation de plantations en Guyane hollandaise. L’architecture de la maison de maître est encore baroque et ses éléments décoratifs jonglent entre les styles rocaille et néoclassique. Les boiseries blanc et or viennent de Paris et ont été posées en 1771. A la mort du constructeur – sans descendance - en 1794, l’hôtel change plusieurs fois de mains. Demeure princière, hôpital militaire, musée ou restaurant, ses vocations variées mettent en évidence la difficile reconversion d’un tel bâtiment.[13]

La Grande Rochette

Par un escalier bien raide, le groupe VMF, presque privé de café, a gravi la pente raide qui mène à un domaine viticole de renom aujourd’hui en pleine ville à côté de la gare. Dès le 16e siècle, on mentionne La Rochette, nom donné par David-François de Chambrier, officier au service étranger, à un bâtiment qu’il fait construire en 1709. En 1801 déjà, changement de propriétaire. Le général Charles-Daniel de Meuron, de retour des Indes, agrandit et transforme la propriété avec l’aide de l’architecte parisien Philibert Vasserot. On retrouve un décor Empire de Carlo Cocchi vu à la rue du Pommier 7. Les séjours en Inde du propriétaire sont évoqués par une peinture murale figurant des animaux et arbres exotiques à l’abri d’une longue galerie. A la mort du général, la Grande Rochette passe à son frère puis est acquise dans son intégralité en 1877 par la famille Du Pasquier.[14] Les VMF ont été reçus généreusement par les descendants de cette famille, Geneviève Richter et son fils Frédéric Richter. Ils ont fait honneur au vin familial – même si les vignes se sont déplacées en dehors de la ville.

 

[1] Réf. L’Express 23.07.2016

[2] Réf. Domus Antiqua Helvetica Nehchâtel AG 2022

[3] Sic 2

 

[4] Réf. Ville de Neuchâtel 17 oct. 2019

[5] Réf. La Société du Jardin de Neuchâtel ou La Chambre 1759-2009, Rémy Scheurer, Maurice de Tribolet, 2009, pp.51-67

[6] Neuchâtel L’esprit. La pierre. L’histoire. Jean-Pierre Jelmini. 1986, p. 23

[7] Sic 6, p. 17

[8] Sic 6, p. 18

[9] Sic 6, p. 43

[10] Sic 6, p. 46

[11] Sic 2

[12] Sic 2

[13] Sic 2

[14] Sic

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