Sur les pas des Colonnes Infernales

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13 August 2025

Sortie du 13 août 2025

Pour notre sortie estivale, les adhérents furent au rendez-vous, puisque 125 d’entre nous se retrouvèrent pour cette sortie historique et patrimoniale sur les pas des colonnes infernales d’Amey, Grignon et Lachenay.

Notre jeune conférencier rehaussa sans aucun doute notre visite par ses compétences et ses présentations claires, informées et très bien ciblées sur les lieux que nous visitâmes.


231 ans après leurs terribles massacres, nous avons repris le chemin de ces colonnes semant la mort et la désolation partout sur leur passage : Eglise et crypte des Epesses, Châteaux du Landreau, de l’Etenduère, de La Traverserie où notre conférencier nous conta l’histoire émouvante de Matthieu de Gruchy, Anglais de Jersey, marin, contrebandier, prisonnier des Français. Il fut ensuite menuisier et, converti au catholicisme, devint prêtre puis fut fusillé en 1797 à Nantes. Dans les années entourant la Révolution il fréquenta La Traverserie et le Boistissandeau. Lui rendre hommage durant notre visite ne fut que justice.


Après le déjeuner pris sous forme d’un pique-nique partagé au Boistissandeau, nous poursuivîmes l’après-midi notre visite par l’abbaye de la Grainetière qui fut curieusement épargnée par les colonnes mais ruinée par un marchand de pierres dans les toutes premières années du XIXe. Enfin et pour clore cette journée, Pierre et Françoise Darcy de Moltke nous reçurent avec beaucoup de disponibilité et de gentillesse devant la masse imposante et d’un pur classicisme du château de Soubise, haut-lieu du protestantisme en Bas Poitou et théâtre d’un effroyable massacre en 1794 par la colonne Lachenay.


Profitons de ces quelques lignes pour les remercier à nouveau chaleureusement, ainsi qu’Arnaud Scuiller notre précieux historien.


Au début de l’année 1794, alors que l’insurrection vendéenne semble en voie d’extinction après la défaite de l’armée catholique et royale le 23 décembre 1793 dans les marais de Savenay, le général Turreau, commandant en chef de l’armée de l’Ouest, conçoit un plan d’extermination systématique du territoire insurgé. Appuyé par le Comité de Salut Public à Paris, Turreau propose de quadriller le pays insurgé à l’aide de douze colonnes mobiles. La mission de ses colonnes est d’anéantir toute résistance, incendier les villages, exterminer les habitants sans distinction d’âge ou de sexe et supprimer toute possibilité de réorganisation contre-révolutionnaire, conformément au décret du 1er octobre 1793 voté par la Convention nationale. Ce plan, mis à exécution dès le 21 janvier 1794, marque le début de l’action de ce que l’historiographie du XIXe siècle qualifiera de « colonnes infernales ».



Les généraux Grignon et Lachenay commandent deux des colonnes les plus redoutées. Partie de Saint-Mesmin, la colonne de Lachenay, second du général Grignon, se dirige vers Pouzauges en traversant hameaux et fermes, où plusieurs massacres sont perpétrés. Au village de La Meilleraie, 34 habitants sont fusillés dans l’ancien cimetière. Grignon, de son côté, atteint La Flocellière le 28 janvier, menace le maire, viole et massacre des femmes âgées et brûle le château. Le 30 janvier, les deux colonnes se retrouvent à Pouzauges où 32 femmes, prisonnières dans le donjon, sont violées puis exécutées. La ville est ensuite incendiée. Grignon reçoit l’ordre de se rendre à Saint-Fulgent. Il divise sa colonne : un détachement incendie Saint-Michel-Mont-Mercure et tue 72 personnes à Saint-Paul-en-Pareds. L’autre passe à la Traverserie, près de Saint-Mars-la-Réorthe, et arrive aux Herbiers, où le général Amey l’attend.



De son côté la colonne infernale du général Boucret, en provenance de Châtillon-sur-Sèvre et Moulins, avait atteint Les Epesses le 27 janvier 1794. Le village, situé entre les zones déjà ravagées de La Flocellière et Les Herbiers, a subi le même sort que ses voisins. Le château du Puy du Fou, situé à proximité, déjà endommagé en octobre 1793 lors du premier passage de l’armée de Westermann, a été incendié par la colonne du général Boucret ce même 27 janvier. Le château était alors abandonné par ses propriétaires, les Savary de Mauléon, nobles et patriotes modérés, qui n’étaient pourtant pas directement engagés dans l’insurrection vendéenne. L’incendie du château répond à la logique systématique de destruction de l’ancienne société, voulue par le pouvoir révolutionnaire.

Le 31 janvier, au château du Boistissandeau, l’un des massacres les plus atroces a lieu : Marie-Agathe d’Hillerin, 83 ans, est traînée par les cheveux et achevée à coups de sabre. Ses deux filles, fuyant vers la chapelle, sont abattues à bout portant. Leurs corps sont inhumés secrètement dans la nuit. Lachenay poursuit ensuite vers Le Boupère, puis massacre 200 personnes au château du Parc Soubise. Tandis qu’il bivouaque à Saint-Fulgent, Lachenay reçoit l’ordre d’avancer sur Chauché. Grignon y subit un violent revers infligé par les troupes du général Sapinaud de La Rairie, renforcées par celles de Charette. Lachenay, arrivé trop tard, est lui aussi repoussé. Réduite à une centaine d’hommes, sa colonne est décimée. Grignon est vivement critiqué par Turreau et se replie à Puybelliard. Amey, quant à lui, incendie Les Herbiers avant de fuir vers Cholet et Mortagne-sur-Sèvre.

De Saint-Mesmin à Chauché, ces colonnes laissent derrière elles un paysage de ruines, des centaines de morts et la marque indélébile d’une politique d’extermination aveugle, menée par le pouvoir révolutionnaire.


Après sa défaite à Chauché, où il perd la majorité de ses hommes, Lachenay est relevé de son commandement temporairement. Très critiqué par Turreau pour avoir mal conduit ses hommes et laissé Grignon en position de faiblesse, Lachenay échappe néanmoins à toute sanction judiciaire, comme la majorité des officiers des colonnes infernales, grâce au flou juridique autour de leurs ordres. Il disparaît ensuite des grandes campagnes républicaines et tombe dans l’anonymat. Grignon sera écarté des opérations majeures et rédigera un mémoire pour se disculper lorsqu’il sera inquiété par la justice en 1795, tout comme son supérieur le général Turreau. Après son passage aux Herbiers, Amey participe encore à des opérations de répression dans le bocage. Contrairement à Grignon et Lachenay, Amey poursuivra une carrière militaire en combattant en Italie, en Allemagne et en Espagne sous le Directoire et l’Empire. Fait baron d’Empire par Napoléon, il sera décoré de la Légion d’honneur et son nom sera inscrit sur l’Arc de Triomphe à Paris. Il sera même fait chevalier de Saint Louis sous la Restauration. Quant à Boucret, il continuera de servir sous le Directoire puis sera nommé général de division, puis participera aux campagnes d’Italie avant de mourir de ses blessures en 1797, à Milan.


Le général Turreau, échappera à toutes poursuites après ses massacres. Sous le Consulat, il sert sous les ordres de Massena dans l’armée d’Italie, il est ensuite ambassadeur des Etats-Unis de 1803 à 1811. Grand officier de la Légion d’Honneur, il est fait baron d’Empire en 1812 et se rallie à Louis XVIII en 1814. En 1816, la Restauration lui décerne la Croix de Saint Louis mais il meurt avant qu’elle ne lui soit remise. Son nom est lui aussi inscrit sur l’Arc de Triomphe à Paris…


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