5 avril 2024 - La Nîmes du XIXème siècle
05 April 2024
Visite de la Nîmes du XIXème siècle
Balade urbaine :
Pour démarrer cette visite organisée par notre délégué Bertrand Liger, les 35 participants ont rendez-vous dans les Jardins de la Fontaine, un des lieux emblématiques de la transformation que Nîmes connut à partir du 18ème siècle. Comme nous l'explique notre guide conférencière, Marie-Claude Thomas, ces jardins furent créés par Jacques-Philippe Mareschal, ingénieur du roi, à la demande des consuls de Nîmes. Ces derniers voulaient améliorer l'approvisionnement en eau nécessaire à l'industrie textile qui faisait la richesse de la ville. A l'époque, Nîmes était particulièrement connue pour sa bonneterie et exportait ses productions de bas jusqu'au Pérou.
Or le débit de la source dite de la Fontaine, déjà connue du temps des Romains, s'avérait irrégulier.
Comme nous le raconte notre conférencière, JP Mareschal ne se contenta pas de solutionner l'approvisionnement en eau de la ville, il en profita pour réaliser un vaste parc arboré doté de statues d'inspiration romaine. Il imagina même un plan d'urbanisme avec une "ville nouvelle" pour la bourgeoisie locale qui n'eut pas le succès escompté, celle-ci préférant s'installer vers le centre de la ville.
Après cette entrée en matière, notre guide-conférencière nous emmène pour un circuit urbain afin de nous faire découvrir quelques-uns des édifices et lieux représentatifs du 19ème siècle.
Nous démarrons ce parcours le long du canal du Quai de la Fontaine qui alimentait en eau les ateliers des teinturiers situés dans le centre de la ville. Là, de belles demeures bourgeoises furent construites au 18ème puis au 19ème siècle. M-C Thomas attire notre attention sur la qualité de la pierre utilisée pour ces constructions : un calcaire blanc issu de carrières proches de la ville -encore en activité aujourd'hui- qui contribue à l'harmonie d'ensemble de la ville. Elle nous fait remarquer les décors extérieurs de certaines maisons souvent inspirés des sculptures romaines, l'anticomanie étant à la mode à cette époque.
Nous arrivons ensuite au square Antonin réalisé par l'architecte Henri Révoil en 1864 en lieu et place d'un abreuvoir insalubre ; MC Thomas nous expliquant qu'à partir de cet endroit le canal de la Fontaine fut recouvert pour ces raisons de santé publique.
Poursuivant notre balade urbaine, nous arrivons face à la Maison Carrée et notre guide attire notre attention sur l'alignement des maisons de la rue du Général Perrier créée à la fin du 19ème siècle. dans un souci à la fois d'esthétisme et de facilité de circulation.
Nous voici maintenant sur le Boulevard Victor Hugo où un arrêt s'impose au café Napoléon qui a gardé sa devanture en bois et son magnifique décor intérieur du 19ème s.
Quelques mètres plus loin, nous nous trouvons face à l'église Saint-Paul construite en 1849 par l'architecte Charles Questel qui fit un choix original en s'inspirant du style roman. Les portes closes de l'église ne nous permettent pas de voir l'intérieur et notamment les peintures d'Hyppolite Flandrin.
Toujours sur le boulevard Victor Hugo, nous passons devant l'imposant lycée Daudet, qui fut d'abord un hospice de bienfaisance. L'occasion pour notre guide de rappeler que les riches familles protestantes et catholiques nîmoises rivalisaient entre elles pour venir en aide aux plus démunis ce qui explique le grand nombre de lieux de charité dans la ville.
La façade que nous longeons date de 1810 et fut dessinée par l'architecte Charles Durand. Puis, pour accueillir le futur lycée, le bâtiment fut considérablement agrandi dans les années 1880 avec notamment la construction de cette étonnante rotonde d'angle richement décorée et dotée d'une horloge.
Après avoir contourné les arènes, nous arrivons sur l'esplanade Charles de Gaulle. A partir de là, comme nous l'explique MC Thomas, nous sortons des limites historiques de la ville. En effet, il fallut attendre le 19ème siècle pour que l'urbanisation s'étende au-delà des murailles qui cernaient la ville. L'évènement déclencheur fut l'arrivée du train à partir de 1839. Alors que l'industrie textile déclinait, cette arrivée fut l'occasion d'un nouvel essor économique engendrant de nouveaux chantiers d'urbanisme tels que la création de cette esplanade, de l'avenue Feuchères et des édifices qui la bordent.
Pour embellir cette vaste esplanade, la municipalité de l'époque décida la construction d'une fontaine monumentale. Après concours, le projet de l'architecte Questel fut retenu et la fontaine construite en 1850 prit le nom de son sculpteur James Pradier.
Notre guide nous précisa que pour nombre de projets architecturaux, la ville de Nîmes sélectionnait les projets sur concours ce qui explique la qualité des réalisations.
Nous descendons maintenant l'avenue Feuchères en référence au baron Feuchères célèbre donateur de la ville à ne pas confondre avec Léon Feuchère architecte du département du Gard et de la ville de Nîmes qui réalisa notamment l'Église Sainte-Perpétue et Sainte-Félicité et l'Hôtel de Préfecture du Gard, deux autres constructions significatives de ce milieu du 19ème s.
En bas de l'avenue Feuchères, nous nous arrêtons à la hauteur de l’hôtel Silhol et Martine Racine, membre des VMF, nous parle de cette belle demeure qui appartenait à son arrière-grand-père et où ses parents se sont mariés. Elle fut hélas réquisitionnée pendant la 2nde guerre mondiale et aujourd'hui, elle abrite le Tribunal Administratif.
MC Thomas nous raconte que cette avenue était un lieu recherché par la grande bourgeoisie nîmoise pour implanter de beaux hôtels particuliers, et pour certains dotés de balcons tournés vers la voie ferrée afin de mieux voir arriver le train !
Depuis la gare, l'avenue offre une belle perspective sur la fontaine puis la tour Magne autre symbole de la ville.
En remontant vers les arènes, nous pénétrons dans le magnifique hall de la maison Bézard. Son 1er propriétaire, David Bézard qui fit construire cet immeuble dans les années 1840 (comprenant appartements locatifs et hôtel particulier) menait un très grand train de vie d'où une expression "vivre comme un Bézard" utilisée à l'époque par les Nîmois.
L'hôtel de la Préfecture :
Après un rapide déjeuner au restaurant-terrasse du musée de la Romanité, nous partons à l'Hôtel de la Préfecture où nous accueille M. Ronald Passet, adjoint au Préfet en charge de la ville.
Ce dernier nous retrace brièvement l'histoire nîmoise de cette administration instaurée par Napoléon Ier en 1800. Nous apprenons ainsi que la Préfecture occupa plusieurs lieux dont la Maison Carrée, avant la construction de cet imposant édifice en 1856 qui devait être à la fois représentatif de la puissance de l'Etat et adapté notamment à des fonctions de réception. R. Passet nous précise que cela faisait partie des fonctions des préfets de l'époque de recevoir beaucoup. D'où cette belle cour à double entrée pour le passage des calèches et des salons de réception pouvant recevoir 600 personnes !
Parmi les nombreuses décorations symboliques de la façade, notre guide attire notre regard sur les masques de théâtre sculptés au-dessus des fenêtres, dus à l'architecte, Léon Feuchère, qui avait été amené à dessiner de nombreux théâtres au cours de sa carrière !
Puis R. Passet nous emmène à l'intérieur pour découvrir le monumental escalier d'honneur à double révolution dont les murs ont été peints par Victor Chenillon.
Nous parcourons ensuite différents salons à l'étage ainsi que la terrasse qui donne sur le jardin qui faisait autrefois plusieurs hectares avec moultes plantations dont de nombreux rosiers.
Nous terminons par la salle à manger ; l'occasion pour R. Passet de rappeler que les préfets habitent dans leur préfecture, celle-ci disposant également de chambres (en l'occurrence trois ici) pour loger les ministres voire les Présidents de la République de passage. A ce propos, notre guide nous raconte que lors de la visite du Général de Gaulle en 1960, outre l'installation d'un très grand lit, le préfet prit l'initiative de recouvrir le papier peint de la salle à manger car il représentait notamment des "vues du Brésil", décor trop colonialiste pour l'époque qui était à la décolonisation…
Le Palais de Justice :
Pour clore cette journée, rendez-vous nous est donné au Palais de Justice. Nous sommes reçus par Michel Allaix, 1er Président de la Cour d'Appel qui nous réunit dans le "salon rouge" pour une brève introduction sur l'organisation de la Justice en France et plus particulièrement du Palais de Justice nîmois. Celui-ci abrite aujourd'hui le tribunal judiciaire et la Cour d'Appel que Michel Allaix présente comme une "PME" d'environ 1000 personnes co-gérée par le Procureur de la République et le 1er Président. Il nous explique les défis auxquels cette organisation est confrontée. Outre la gestion du personnel et des budgets judiciaires, il faut également gérer les bâtiments, les évolutions technologiques telles que l'informatique et la numérisation et surtout rendre une justice de qualité avec des lois de plus en plus nombreuses et complexes… Ce qui n'a pas empêché pas la Cour d'Appel de rendre plus de 50 000 décisions en 2023.
Après cette introduction, Michel Allaix nous rappelle l'histoire de ce bâtiment qui fut construit en 1809 par l'architecte Charles-Etienne Durand puis largement agrandi et transformé avec, d'une part, la création d'une prison en 1827 (qui sera détruite en 1970) et, d'autre part, entre 1838 et 1846, la création d'une nouvelle façade (style néo-classique avec colonnes et chapiteaux corinthiens) , d'un escalier d'honneur dans la salle des pas perdus et la création ou l'agrandissement puis l'embellissement des salles d'audience sous la direction de l'architecte Edmé-Gaston Bourdon. Une dernière extension eut lieu en 1978 pour accueillir le tribunal judiciaire.
Puis M. Allaix nous emmène dans un lieu insolite pour un palais de justice : la crypte archéologique qui met en valeur l'ancienne muraille romaine de la ville découverte lors de la démolition de la prison.
Au passage, nous admirons la salle des pas perdus avec son escalier monumental à double volée, ses gypseries au plafond et ses bustes d'empereur romain.
Nous découvrons ensuite les différentes salles d'audience telles que la Grand'chambre (utilisée à la fois pour les audiences solennelles et des audiences civiles de la Cour d'Appel) remarquable par ses lambris de noyer, son plafond en gypseries et ses peintures de Numa Boucoiran. On retrouve l'œuvre de cet artiste dans la salle des audiences correctionnelles où deux tableaux se font face ("Caracalla après le meurtre de Geta, son frère", "journée des barricades"). La Salle des Assises est également impressionnante par ses dimensions et sa voute en plein cintre divisée en caissons de stuc blanc. Notre visite se termine par la bibliothèque avec ses boiseries qui ont fait l'objet d'une restauration récente comme toutes les salles que nous avons vues.
Pour clore cette passionnante visite, notre hôte nous accueille à nouveau dans le salon rouge autour d'un verre, l'occasion pour B. Liger de le remercier chaleureusement au nom des VMF et de lui remettre en cadeau un livre sur la Demeure en France, l’art de vivre heureux des éditions de l’Esplanade (VMF).
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