Visite de la citadelle de Brouage le 12 septembre 2024

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22 May 2026

Compte-rendu de la visite de Brouage le 12 sptembre 2024

Sortie du 12 septembre 2024 à Brouage

En lisant ces quelques lignes, ceux qui n'ont pu se joindre à nous regretteront de ne pas avoir participé à notre sortie de septembre. Nous nous sommes retrouvés une cinquantaine à Brouage, en Charente Maritime. Notre guide, Anne, nous a raconté l'histoire de cette petite cité.

Il y a 2000 ans, à l'époque gallo-romaine, le site de Brouage n'existait pas : c'était un simple ilot au milieu du golfe de Saintonge. Les alluvions de la Charente au nord et de la Seudre au sud ont apporté beaucoup de vase dans l'estuaire. La mer s'est retirée et une place forte a été construite, entourée d'une zone marécageuse propice à l'exploitation de marais salants. Fondée en 1555, Brouage devient Ville Royale en 1578. Richelieu la transforme en Place Forte grâce au talent de Pierre de Conti d'Argencourt.

Au XVIIème siècle, Vauban complète les fortifications. Brouage est un quadrilatère de 400 m de côté ceint de 2 km de remparts comprenant à l'origine 7 bastions, 19 échauguettes, 7 courtines, 4 poternes et 2 ports souterrains cachés dans les remparts.

Au fil des ans, le commerce du sel explose et le site de Brouage devient le premier producteur de sel du royaume et même d'Europe. Imaginez qu'à leur âge d'or, les marais salants de Brouage produisaient jusqu'à 250.000 tonnes de sel par an ! C'était un sel de grande qualité et tous les pays d'Europe du Nord venaient en acheter. Cependant, la gabelle (impôt sur le sel) ayant beaucoup augmenté, les acheteurs se détournent peu à peu de Brouage pour aller s'approvisionner au Portugal. C'est le début du déclin. Après les guerres de religion, Louis XIV décide d'installer son arsenal à Rochefort. On déconstruit Brouage pour construire Rochefort. Le déclin se poursuit au XIXème et au début du XXème. Un exemple : la route départementale D3 passe en plein milieu de la citadelle (démolir une partie des remparts n'a posé aucun problème aux ingénieurs de la jeune IIIème République). Heureusement, les remparts sont classés vers 1900 et seront restaurés prochainement. Depuis 1989, Brouage et ses marais ont le label Grand Site national de France. Au temps de sa gloire, Brouage a compté 5000 habitants civils, plus 500 à 2000 soldats. Actuellement, il ne reste que 170 habitants. Quels bâtiments subsistent ? La Halle aux vivres où on pouvait engranger jusqu'à 300 tonnes de nourriture pour les marins et la Tonnellerie (sur les bateaux, on buvait du vin car l'eau croupissait très rapidement à bord).

Lorsque Rochefort est devenue un grand port militaire, la Halle aux vivres a été aménagée pour stocker jusqu'à 1000 tonnes de poudre noire (mélange de nitrate de sodium, souffre et charbon). Arnaud Macé de Lépinay a précisé que l'explosion de ces 1000 tonnes aurait tout détruit dans un rayon de 1,2 km. A noter aussi qu'il y avait 2 autres poudrières dans les bastions pouvant contenir 20 tonnes chacune.

L'église Saint Pierre et Saint Paul et le Canada Construite au XVIème, c'était à l'origine un temple car Brouage était alors protestante. La cité est redevenue catholique et l'église a été consacrée en 1608. Y reposent de riches négociants en sel, des gouverneurs. La voûte centrale a la forme d'une coque de bateau renversée. Parlons de deux célébrités de Brouage Samuel de Champlain Né à Brouage vers 1570, il a fondé Québec en 1608. Il a fait de nombreuses expéditions militaires pour que ce territoire devienne français. Beaucoup de Saintongeois ayant émigré au Québec, leurs descendants viennent à Brouage, à la recherche de leurs racines. L'église étant en très mauvais état, le curé a emmené une délégation de paroissiens à Montréal pour rencontrer les hautes autorités civiles et religieuses. On devine ses propos : « Vous savez qu'un des fondateurs de votre cher Québec est né à Brouage. Nous ne refuserions pas une aide pour restaurer l'église car vous savez que lorsque le Québec est passé aux mains des Anglais pendant quelques années, Samuel de Champlain est venu prier dans cette église pour que votre cher pays redevienne français. Il a été exaucé, alors vous comprenez... ». Supplique entendue ! La nef, la toiture ont été restaurées par nos amis, et de très beaux vitraux rappelant l'histoire du Québec ont été posés, ainsi qu'une plaque faisant mémoire de la prière de Champlain. Une succession de grands panneaux rappelle les origines de la Nouvelle-France. Tout ceci fait de l'église un mémorial. C'est pour cette raison que beaucoup de Québécois viennent s'y recueillir.

Il faut parler maintenant de Marie Mancini, nièce de Mazarin, le premier amour de Louis XIV. En 1658, elle éveille son très jeune monarque de 20 ans à la peinture, la littérature et la musique. Hélas, la raison l'emportera sur l'amour et Louis XIV épousera Marie-Thérèse d'Autriche le 9 juin 1660 à la frontière espagnole, mettant ainsi fin à la guerre franco-espagnole. Après la rupture avec son prestigieux monarque, Marie Mancini passera 2 mois à Brouage. Louis XIV, remontant vers Paris après son mariage, a fait une halte à Brouage. Il aurait dormi dans la chambre de Marie et aurait pleuré toute la nuit. Ah, ces amours de jeunesse, on ne les oublie jamais !

Château de la Gataudière Nous avons piqueniqué dans le parc du château et avons profité d'un soleil radieux. Parlons de l'illustre propriétaire de ce domaine de 55 ha. Au XVIIIème siècle, un des ancêtres de la famille, François Fresneau, explorateur, ingénieur du roi, a consolidé les fortifications de Cayenne. Etant passionné de botanique, il a ramené de Guyane une substance curieuse (latex) s'écoulant d'un arbre inconnu en France, l'hévéa. La vulcanisation n'existant pas à l'époque, il n'a pas pu exploiter sa découverte. En 1749, notre explorateur a décidé de détruire le vieux château familial du XIIème pour construire un château moderne suivant l'architecture militaire du XVIIIème, avec de grands communs de chaque côté du château formant un U. Ces deux ailes seront détruites au XIXème, les pierres serviront à reconstruire des dépendances sur le côté droit. On constate une symétrie parfaite du bâtiment : 3 ouvertures centrales surmontées d'un fronton, puis 4 fenêtres de chaque côté. A noter derrière le château une petite chapelle démolie à la Révolution et reconstruite en 1940, ainsi qu'un baptistère de l'époque carolingienne venant d'une propriété de famille.

La petite fille de François Fresneau épousera François, Comte de Chasseloup Laubat, général de division qui aura une belle carrière sous Napoléon puis sénateur, conseiller d'Etat et enfin marquis sous Louis XVIII, par lettres patentes du 20 décembre 1817. Une Chasseloup épousera le prince Achille Murat, arrière-petit-fils de Joachim Murat, roi de Naples et de Sicile. La branche Chasseloup s'éteignant, le prince François Murat (notre hôte) a été adopté par son oncle maternel pour relever le nom en 1964.

En 1972, à la mort de son oncle, il s'installe avec son épouse dans la propriété.

Après une période d'élevage de chevaux de selle et de moutons, il décide avec ses fils, en 1985, d'abandonner l'agriculture et de se lancer dans le tourisme. Adieu, poulains, chevaux, moutons, vive les réceptions (de mariages ou autres) dans les communs, parc accrobranche avec plusieurs parcours, pistes de paintball, laser tag pour enfants, pistes en circuit fermé pour quads et motos, tyrolienne, châteaux gonflables. Belle réussite familiale et commerciale car plus de 40 000 personnes viennent chaque année.

Fort Lupin Ce fort a été construit par Vauban à l'embouchure de la Charente. En effet, Louis XIV avait décidé de faire ériger un chapelet de fortifications ayant pour but de protéger l'arsenal royal de Rochefort. Ainsi de nombreux forts ont été construits à l'embouchure de la Charente. Fort Lupin a été érigé par Vauban, entre 1683 et 1686, en pierre de Crazannes (comme le château de la Gataudière). Imaginez un fort semi-circulaire percé de 22 créneaux, équipé de 3 échauguettes, comprenant un donjon, un magasin à poudre, une chapelle et deux casernes. Cette construction en demi-lune est entourée de larges douves alimentées par la marée, et à l'intérieur du fort, on trouve même une autre douve protégeant le donjon.

Ce fort, laissé longtemps à l'abandon, a été racheté par les parents des actuels propriétaires (Maille-Descube) dans les années 50. Ils ne peuvent malheureusement y séjourner car le domaine est dépourvu d'eau et d'électricité.

La sortie s'est terminée par un sympathique goûter.

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