Conférence 21 avril 2026 Alexis de Kermel Administrateur général du Domaine de Chaalis
22 May 2026
Administration, restauration et promotion d'un grand monument français, L'ABBAYE ROYALE ET LE DOMAINE DE CHAALIS
VERRUYES le 21 avril 2026
Conférence d'Alexis de Kermel
Administrateur général du domaine de Chaalis
Une histoire brève de ce merveilleux domaine : l'abbaye royale de Chaalis est une ancienne abbaye
cistercienne située dans le département de l'Oise, au centre de la forêt d'Ermenonville. fondée par
Louis VI le Gros au XIIème siècle.
Après une période de rayonnement au XIIIème siècle suivie d'un long déclin, elle est vendue
comme bien national au moment de la Révolution, puis transformée au XIXème siècle en résidence
de chasse.
En 1850, la famille de Vatry achète le domaine et une jeune fille nommée Nelly Jacquemard vient y
passer des vacances merveilleuses.
Portraitiste renommée, elle épouse en 1881 Edouard André, héritier d'une très grosse fortune
d'origine bancaire. Ils sont l'un et l'autre grands collectionneurs et voyagent dans toute l'Europe pour
enrichir leur collection.
Ils n'auront pas d'enfant et Nelly devient veuve en 1894.
Lors d'un tour du monde, elle apprend que le domaine de Chaalis est en vente. Elle l'achète en 1902.
Entre 1902 et 1912, Nelly aménage le domaine et en fait un musée pour exposer leur collection
d'oeuvres d'art (plus de 6.000).
A sa mort en 1912, elle lègue le domaine à l'Institut de France, ainsi que leur hôtel particulier
parisien, boulevard Haussmann, qui devient le musée Jacquemart-André.
Elle demande que leurs oeuvres soient conservées :
« Je lègue à l'Institut de France mon domaine de Chaalis, qui demeure pour tous les Français un
lieu de visite et de repos à l'abri de la civilisation... J'espère qu'elles serviront aux études de ceux
qui se dévouent à l'art et à son histoire ».
Elle avait donc un caractère visionnaire pour la démocratisation de l'art.
Il y a plusieurs défis à relever pour gérer un tel domaine et Alexis de Kermel, nommé
administrateur général par l'Institut de France le 1er octobre 2020, s'y est attelé avec courage et le
souci d'une bonne gestion.
Défi de conservation
L'Institut de France avait voté une enveloppe de 18 millions d'euros en 2018, dans l'idée de faire de
grands travaux.
Alexis de Kermel disposait donc d'un budget conséquent.
Au niveau du château, la toiture avait été refaite en 2017, mais il y avait bien d'autres chantiers à
lancer : sécurité, chauffage, électricité, réseaux de fluides, travaux de maçonnerie à l'intérieur,
traitement des ruines de l'abbatiale (devégétalisation puis cristallisation pour les stabiliser et éviter
que Monsieur le temps poursuive son oeuvre de lente détérioration, en rejointant les moellons avec
de la chaux et en mettant du plomb sur les chapiteaux).
Dans la chapelle, assurer la maîtrise du climat : en effet au printemps, quand la température est plus
importante à l'extérieur qu'à l'intérieur, le phénomène du point de rosée provoque le dépôt de
gouttelettes d'eau sur les murs froids.
Veiller à la conservation et à l'entretien des 6.000 oeuvres d'art inventoriées, dont 300 tableaux.
Il y a aussi à Chaalis un patrimoine paysager.
Tout a dû être pensé dans un esprit zéro phyto et diminution des ressources en eau.
Les buis ont été remplacés par du fusain nain japonais.
Une allée a été végétalisée et remise en herbe.
Le paillage permet d’économiser l'eau.
Une roseraie a été classée jardin remarquable. Des dizaines de bénévoles viennent y travailler
sous la direction d'une jardinière, ce qui génère une économie substantielle.
Il y a aussi un verger conservatoire où sont plantées des espèces provenant de Picardie.
Quant aux 400 mètres de murs, il a été fait appel à un chantier d’insertion avec les Orphelins
Apprentis d'Auteuil. La restauration est certes plus lente, mais moins couteuse.
Chaalis est un domaine d'un millier d'hectares au milieu de forêts. 650 ha sont gérés par l'ONF sur
une durée de 20 ans.
Il comporte un OVNI : une mer de sable, aménagée dans les années 60 par l'acteur Pierre Richard
qui y a réalisé un parc d'attraction attirant chaque année 400.000 visiteurs, ce qui fait une rentrée
d'argent conséquente.
La biodiversité est bien représentée, avec la plus importante colonie de chauve-souris des Hauts de
France et même une maternité dans les greniers du château.
Des bâtiments sont loués à un centre équestre.
Chaalis assure la gestion et l'entretien d'un étang bordé par une longue route et qu'il faut surveiller
comme le lait sur le feu car il se trouve à 400 m des habitations.
Un calendrier précis est prévu sur une année pour tous les travaux et il est bien respecté.
Défi de solvabilité
Il faut travailler au développement de la fréquentation.
45.000 visiteurs en 2025. L'objectif est d'atteindre 100.000 visiteurs en 2030 (500.000 au château de
Chantilly).
Comment faire ? C'est la mercatique culturelle : « Ensemble des techniques et des actions grâce
auxquelles une entreprise développe méthodiquement la vente de ses produits et de ses services en
adaptant son offre aux besoins et au comportement du consommateur. »
Ici, il faut tenir compte de l'offre culturelle en ciblant les scolaires, les familles, parents ou grandsparents
avec jeunes enfants, Chaalis n'étant pas desservi par les transports en communs.
Le prix d'entrée se situe autour de 10 € avec gratuité pour les jeunes enfants.
L'inauguration d'un musée moderne aura lieu en 2028.
Une précision amusante : avant la Grande Guerre, les musées essayaient d'effacer les stigmates
d'une habitation avec l'injonction « Tout sauf une maison habitée ». Aujourd'hui, on veut recréer
l'état originel avec pour ici tapis et tentures au niveau des portes.
Il est important de refaire un éclairage contemporain et lumineux car « un musée mal éclairé est un
musée qui semble poussiéreux ».
Comment faire pour accroître la notoriété du futur musée de Chaalis ?
Il a été décidé de montrer 50 pépites en les prêtant aux musées alentour : musée départemental de
l'Oise, musée de Chantilly (prêt de deux panneaux de Gioto), Ecouen, Versailles, musée de Picardie
à Amiens, musée des Beaux-Arts de Lille, de Senlis.
Depuis que le musée est fermé, on n'a jamais autant entendu parler des oeuvres du futur musée de
Chaalis !
A partir de là, vous allez comprendre qu'Alexis de Kermel est promis à un brillant avenir.
en raison de travaux,alors pourquoi ne pas l'ouvrir au public périodiquement ?
Ce qui a été fait lors du déménagement des oeuvres avec un grand dépoussiérage, une prochaine
ouverture est prévue lors des travaux de maçonnerie.
En cette période de printemps, beaucoup de groupes scolaires viennent. Un contenu audio avec
poursuite lumineuse les accompagne pour admirer les fresques de la chapelle : Pères de l'Eglise,
Evangélistes, angelots qui portent les instruments de la Passion, programme de la rédemption du
monde de Francesco Primaticcio (dit le Primatice).
Pendant les vacances, parents, grands-parents, venez avec votre famille car vous avez le choix :
exploration nocturne, chasse au trésor, chasse aux oeufs à Pâques qui a attiré cette année 1.300
personnes, journée de la rose qui rassemble 15.000 visiteurs en 3 jours, fêtes médiévales dont celle
de Jeanne d'Arc le 15 août (elle est venue se battre sur les terres de Chaalis en 1429), journées du
verger et du potager à partir de novembre.
En 2024, au moment des Jeux Olympiques, a été créée une course d'orientation dans la forêt.
Grâce au web et aux réseaux sociaux (méta), Chaalis accroît sa réputation en essayant de cibler les
familles.
La presse locale et la télévision ne sont pas oubliées dans cette promotion.
Défi de la soutenabilité
C'est le modèle économique.
Quelles sont les ressources ?
-billetterie en ligne et sur place
-privatisation pour des mariages (25 à 30 par an)
-boutique où on peut trouver du miel de Chaalis, de la bière brassée dans la région et aromatisée à
la rose
Quelles sont les recettes ?
-vente de bois (la moitié des ressources)
-loyer de la « mer de sable »
-mécénat, par exemple avec la Fondation du Patrimoine qui a fait à Noël 2025 un don de 300.000 €
pour la restauration du patrimoine jardinier, en particulier l'ancienne serre, la sauvegarde de l'art
français qui s’intéresse à la biodiversité et qui a financé un abri à chauves-souris, et la Fondation
Bellemain pour la restauration des textiles anciens
Quelles sont les dépenses d'exploitation ?
-dépenses de fonctionnement.
-dépenses des ressources humaines qui sont souvent surdimensionnées par rapport aux moyens des
-opérateurs culturels.
Notre cher Alexis a décidé de réduire les dépenses de RH et d'agir en productivité.
Comment ? « Elémentaire, mon cher Watson »
A Chaalis, il y a 10 agents à l'année, plus un à mi-tempsce qui est peu par rapport au budget de la
Fondation Jacquemart-André pourrait donner droit à une vingtaine d'agents.
Certaines tâches ont été externalisées.
Ces économies doivent permettre de financer le budget de fonctionnement pour que la courbe des
dépenses croise celle des dépenses avant 2030, générant 100.000 € d'excédent.
A noter qu'Alexis n'a pas d'assistant, et utilise beaucoup l'IA.
A Chaalis, il y a des agents de catégories A, B et C, eux aussi font appel à l'IA pour augmenter la
productivité.
Une autre économie va être réalisée en supprimant la chaudière au fuel par une chaudière à copeaux
de bois, en utilisant les têtes d'arbres laissées sur place et séchées sur place.
Les règles des commandes publiques ont été revues, en particulier pour les grands chantiers qui
étaient obligatoirement attribués à des entreprises très peu nombreuses ayant la qualification
QUALIBAB (60 % sur la qualité et 40% sur le prix), règle générale au ministère de la Culture.
Alexis a pu inverser les pourcentages, ce qui est une vraie révolution dans la fonction publique,
avec une diminution des coûts de 10 à 20 %.
Alexis a mis au point un nouvel indicateur de gestion qu'il a appelé la dette culturelle (on parlera
peut-être un jour de dette Kermel).
Le principe, inspiré de la méthode Care (comptabilité sociale et environnementale), est d'anticiper
les dépenses dans le temps et de les fractionner, c'est-à-dire de rendre visible ce qui est invisible.
On identifie le capital : le château avec tout ce qu'il contient, et les jardins.
Comment se dégrade le château ? Que faire pour l'entretenir et le conserver en bon état ?
Anticipation : la toiture a été rénovée en 2017 pour un coût de 700.000 €. Dans les documents de
reporting, je prévois 700.000 € de l'année 2017 en 2117, ou bien chaque année, je mets 10.000 € de
côté pour cette future dépense.
Idem pour les tableaux dont on doit refaire le vernis tous les 100 ans.
Même chose pour les parquets qui devront être restaurés en fonction du nombre de visiteurs.
Budgéter un programme d'entretien dans le temps : il faudrait que cette idée géniale soit appliquée à
tous les monuments historiques, églises, cathédrales...
Merci beaucoup Alexis pour ce brillant exposé. Je suis certain qu'avec votre gestion exemplaire,
vous avez un avenir radieux et je vous imagine un jour gérer le domaine de Versailles, aidé par
votre chère épouse la Reine Camille.
Rémi F
Galerie de photos
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