Visite dans le Cher
10 October 2026
Moyen Âge et Première Renaissance entre Pays Fort et Sancerrois
VMF du Cher
Journée du 10 octobre 2026 entre Pays-Fort et Sancerrois
Cette journée des VMF du Cher fut l’occasion d’une incursion entre Pays-Fort et Sancerrois pour la visite de trois très beaux édifices. Le site de La Tour de Vesvre nous fut présenté par Madame Isabelle Légeret, maire de Neuvy-Deux-Clochers et par Madame Marie Hélène Fournier, présidente de l’Association des Amis de La Tour de Vesvre, le château de Boucard par son propriétaire, Messieurs Thibault et Geoffrey de Montabert père et fils, et celui de Buranlure, également par sa propriétaire, Madame d’Hautefeuille.
Outre leur grand intérêt historique et architectural, ces trois sites présentent l’originalité d’un lien familial entre eux puisqu’ils furent un temps propriétés communes des Perrinet, Langeron puis Vogüé. Madame d’Hautefeuille nous a d’ailleurs précisé l’attachement attentif de son grand-père, Arnaud de Vogüé, artisan principal de la restauration du château de Buranlure, à La Tour de Vesvre et au château de Boucard,
Aujourd'hui, les 3 lieux sont ouverts à la visite et se complètent, étant les seuls sur le territoire (avec la Tour des Fiefs de Sancerre) à témoigner du passé du Haut Berry.
Ces trois visites furent passionnantes et enrichissantes, et nous en remercions très vivement nos "guides" respectifs.
Site de la Tour de Vesvre
Implanté en fond de vallée d'un ruisseau, entre les vignobles de Sancerre et de Menetou-Salon sur la frange sud du Pays Fort, se niche le site de Vesvre. C'est sur ce site que se dresse fièrement La Tour de Vesvre. Cette imposante maison forte aux murs épais fut bâtie au XIIème siècle par Hugues II de Vesvre.
Brève histoire du site
L'ensemble castral de Vesvre est un ensemble d'aménagements construit en plusieurs phases et modifié à de multiples reprises entre le IXème et le XVIème siècle ; il est habité de façon continue jusqu'à la Révolution française et présente un intérêt exceptionnel par sa continuité d'occupation du Haut-Moyen-Âge jusqu'à la Révolution. Son histoire et son architecture témoignent de la volonté de l'élite à qui il appartient de contrôler les voies stratégiques de circulation qui le bordent ainsi que le territoire dont il est le centre.
La première mention du terme "Vesvre" intervient en 1034 quand Ébard et Godefroy se réclament de Vabra ; leurs suzerains, appartenant alors à la famille de Sully, sont châtelains des Aix-d’Angillon.
Au milieu du XIIème siècle, deux frères, Eudes et Hugues II sont seigneurs de Vesvre. Au début du siècle suivant, deux enfants de Hugues II semblent se partager le domaine, la tour pour Hugues III et la motte pour Eudes II. À cette époque, la famille de Vesvre semble disposer de biens répartis sur un territoire allant de La Chapelle-d'Angillon à La Charité-sur-Loire d'ouest en est et de Sancerre à Menetou-Couture du nord au sud.
Au XVèmesiècle, les sources font clairement état de deux seigneuries distinctes à Vesvre, celle de "la Motte" et celle de "la Tour".
De multiples modifications affectent le site aux XVème et XVIème siècles avec la refonte des espaces intérieurs de la tour et la construction de la basse-cour orientale, de son enceinte et du colombier ; ce dernier ensemble constitue le nouvel accès au terre-plein central. Vers la fin du XVIIIème siècle, la tour est une nouvelle fois réaménagée et des bâtiments de ferme sont construits dans la basse-cour.
Le logis, qui jouxte la tour, est l'objet de nombreuses modifications aux XIXème et XXème siècles ; inoccupé après la Seconde Guerre mondiale, il se dégrade progressivement pour être abattu au milieu des années 1970. D'autre part, une seule pièce de la tour sommairement réaménagée est habitée jusqu'en 1961.
Reconstitution du site au XVIème siècle
Architecture du site
Il se compose d'une motte castrale, de deux basses-cours, d'une plateforme surélevée et d'un ensemble de dispositifs défensifs (fossé et talus).
La motte est généralement une butte artificielle, construite grâce aux corvées, surmontée d’une tour de guet et peut-être d’une habitation seigneuriale, ce qui est certainement le cas du site de Vesvre, bien qu’il n’en ait pas été retrouvé de traces.
L'élément le plus marquant en est toutefois une tour mesurant 21 m sur 15, pour une hauteur de 27 m, construite au tournant des XIIe et XIIIe siècles sur la plateforme. L'ensemble est restauré en plusieurs étapes depuis la fin du XXème siècle, ce qui permet de l'étudier plus en détail (sondages et fouilles archéologiques, étude du bâti).
Le site n'est pas, comme c'est généralement le cas, édifié sur une hauteur. Construit à l'altitude moyenne de 250 m dans le fond humide de la vallée du ruisseau de la Tour, affluent de la Sauldre, il n'est pas visible depuis la route moderne de Bourges à Sancerre par Les Aix-d'Angillon. Toutefois, l'ensemble castral est étroitement lié au passage de cet axe ainsi qu'à la proximité de la limite entre les terres de la châtellenie des Aix et celles de la seigneurie puis du comté de Sancerre. Avant la construction de l'ensemble castral, des indices suggèrent la présence d'une voie traversant le site, peut-être un premier tracé de cet itinéraire. Dans cette hypothèse, le site de Vesvre serait construit à un emplacement lui permettant un contrôle efficace de la circulation.
La tour, demeure seigneuriale
En digne héritière des tours-maîtresses du XIème siècle, cette tour construite à la fin du XIIème adopte un plan quadrangulaire et trapu pour une élévation sur trois niveaux. Elle accueille ainsi un programme plus en lien avec son temps. La première salle seigneuriale est aménagée dès le rez-de-chaussée dans une vaste pièce très haute sous plafond, accessible par une porte principale à l'ouest.
Face à l'entrée principale, une vaste cheminée chauffe cette grande salle. Elle est encadrée symétriquement par deux fenêtres et deux niches de manière à mettre en scène le lieu de pouvoir. Les espaces privés, à caractère résidentiel, sont vraisemblablement positionnés à l'étage. Ils bénéficient de nombreuses fenêtres et d'équipements d'hygiène comme des cheminées ou des latrines en encorbellement.
Le couronnement qu’on lui voit aujourd’hui date du XVIIème siècle.
Le site est classé Monument Historique en 2008.
Le château de Boucard
Le château de Boucard est situé au Noyer, en Pays-Fort. Il est construit au bord de la Grande Sauldre, aux confins du Sancerrois et de l'ancienne principauté de Boisbelle.
Au Moyen-Age
Il tient son nom de la famille de Boucard, originaire de Gascogne, qui devint propriétaire de terres en Haut-Berry, lors du mariage de Jean Ier de Boucard avec Agnès de Blancafort à la fin du XIVème siècle.
Peu après cette installation, l'actuel château est édifié par leur petit-fils Lancelot de Boucard, sur l'emplacement d'une ancienne motte féodale, analogue à celle du site de Vesvre. De ce château construit dans un style encore majoritairement médiéval, subsistent le gros œuvre du châtelet d'entrée, les murs extérieurs et les tours d'angle du château.
A la Renaissance
Tel qu'il est aujourd'hui, le château est pour l'essentiel dû à Antoine de Boucard, gentilhomme de la maison de François Ier qui fit édifier vers 1520 un logis neuf dans l'angle sud de la cour et deux échauguettes sur la partie haute du pavillon d’entrée.
Son fils, François de Boucard, fit élever l'aile nord en 1560. Sur la façade est inscrite la devise du château "Victrix patentia fatia" (la patience, victorieuse du destin).
François de Boucard, écuyer d'Henri II, gouverneur de Verdun, et grand maître de l'artillerie du Grand Condé, a joué un rôle significatif dans les guerres de Religion. Il a été un partisan du parti protestant ; son engagement militaire et son rôle dans les guerres de Religion ont laissé une empreinte durable sur son héritage et son histoire familiale. Sa fonction d’artilleur est illustrée par les motifs d’armes diverses, figurant sur la frise longeant l’aile qu’il fit édifier et le tympan de la porte d’entrée de cette aile.
Le château passe ensuite par alliances dans la famille de Cugnac, puis dans la famille de La Châtre. Louis de La Châtre devint gouverneur de Bapaume en achetant cette charge à Philippe de Montaut-Bénac de Navailles, mais n'ayant pu entièrement en payer le prix, Boucard et Jars passèrent à son créancier, ledit Navailles. Ce dernier ouvre la cour sur la Sauldre, en démolissant le quatrième corps de logis qui fermait cette cour et aménage le premier étage de l'aile nord.
Philibert de Montault de Bénac, fut assigné à résidence à Boucard par Louis XIV de 1671 à 1674, son épouse Suzanne de Baudéan-Parabère ayant été impliquée dans une affaire touchant la vie privée de Louis XIV, à savoir une lettre anonyme adressée à la reine Marie-Thérèse dénonçant la liaison de Louis XIV avec Louise de La Vallière.
Le fermier général et directeur de la Compagnie des Indes, Étienne Perrinet de Jars devint propriétaire du château en 1720, l’ayant acquis des enfants du maréchal de Navailles, avec Nancray et Jars.
Le château restera dans sa famille, qui s'en désintéresse peu à peu, le domaine étant progressivement abandonné dans le courant du XIXème siècle, pour n'être plus qu'un lieu consacré à la chasse.
Restauration au XXème siècle
Dans les années 1920, Charles-Auguste de Bryas hérite du château. Son épouse redécouvre le château et les jardins qui menacent de tomber en ruines, et les restaure pour rendre le domaine habitable. La famille y séjournera notamment durant la Seconde Guerre mondiale.
Dans les années 1960, le château revient à Marie-Henriette de Montabert, née Bryas, qui l'ouvre au public et l'inscrit parmi les étapes de la Route Jacques-Cœur en 1965. À la suite de son décès en 2018 c'est son fils Thibault de Montabert qui hérite du château.
Il a été classé Monument Historique en 1995.
Le château de Buranlure
Apparu à la fin du Moyen Âge, le domaine dépend du comté de Sancerre. Idéalement situé entre le royaume de France et les territoires bourguignons, il joue un rôle décisif pendant la Guerre de Cent Ans, où il servit de base aux troupes du roi de France, notamment à partir de 1420 lorsque les Anglo-Bourguignons occupèrent la ville de Cosne.
Au XVIème siècle, pendant les Guerres de Religion, le domaine appartient à Antoine de Bar, seigneur qui soutient fermement les forces catholiques en 1573 lors du siège de Sancerre, fief protestant, en levant une troupe pour soutenir le maréchal Claude de La Châtre de La Maisonfort.
Peu à peu délaissé par la famille de Bar, il fut acheté en 1769 par la famille Perrinet-Langeron, plus intéressée par les pâturages que par les vieilles pierres. Ils transformèrent donc le petit château en corps de ferme, situation qui perdura jusqu'au début du XXème siècle, mais évita à Buranlure des transformations architecturales. En effet, ce manque d’intérêt a laissé Buranlure intact sur le plan architectural, lui permettant de conserver son aspect rustique à travers les siècles, tandis que d’autres châteaux ont reçu des touches plus modernes.
Cependant, dans un piteux état à la fin de la Seconde Guerre mondiale, d'importants travaux de restauration furent lancés dès 1944 par leur descendant, Arnaud de Vogüé, très vigilant à lui rendre son aspect originel. Grâce au travail d’experts et d’artisans locaux, un grand soin a été apporté pour que Buranlure conserve son authenticité. Aujourd'hui, Buranlure appartient toujours à Madame d’Hautefeuille, petite-fille d’Arnaud de Vogüé.
Son caractère défensif est encore visible, en particulier dans la massive tour sud qui abrite à chaque étage une salle voutée d’ogives ouverte de meurtrières, dont des meurtrières jumelées, et dans la structure même du bâtiment dont les murs épais renferment chemin de ronde et meurtrières.
Il a été classé monument historique en 1944.
Madame d’Hautefeuille considère, à juste titre, que les travaux nécessaires pour rendre le château habitable de nos jours ne respecteraient pas l’esprit dans lequel son grand-père, Arnaud de Vogüé, l’avait restauré. Il n’est donc pas habité.
Elle a cependant aménagé certaines pièces à la façon du Moyen-Age, ce qui permet d’illustrer ce que pouvait être la vie au château de Buranlure, avec tout son charme, malgré un confort relatif.
Le domaine de Buranlure
Le domaine produit des vins renommés à partir de Sauvignon et de Pinot Noir. En outre, en 2022, Madame d’Hautefeuille et son mari François, ont redécouvert une vingtaine de variétés différentes de chasselas et de muscat, plantés en 1890 par, Melchior de Vogüé, aïeul de Madame d’Hautefeuille. Il s’agit là d’un trésor viticole d’une grande valeur historique et d’un réel intérêt génétique. En collaboration avec le SICAVAC (*), qui mène des recherches approfondies sur ces vieux pieds de vigne, Buranlure s’engage ainsi à préserver ce patrimoine viticole unique et à en faire revivre l’intérêt
Et nous avons ainsi pu conclure cette passionnante journée par une dégustation des vins du domaine de Buranlure.
(*) SICAVAC (Service Interprofessionnel de Conseil Agronomique, de Vinifications et d’Analyses du Centre) est l’organisme d’appui technique des vignobles du Centre-Loire. Cet organisme technique existe par les viticulteurs et travaille pour les viticulteurs.
___________________________