Assemblée départementale 2025 et visite de la Chapelle Notre-Dame-de-Pritz à Laval

Icon calendrier

22 March 2025

Assemblée départementale 2025 et visite de la Chapelle Notre-Dame-de-Pritz à Laval

La délégation départementale des VMF 53 a tenu son assemblée départementale annuelle le Samedi 22 Mars aux Archives Départementales de Laval.


Arnaud Gausserès, délégué VMF53​ et Claude Nouzille, déléguée VMF Pays de la Loire​ ont eu l'honneur d'ouvrir notre journée avec un mot d'accueil.


S'en est suivi les rapports d’activités et financier 2024, un point sur les adhésions, les projets d’activités 2025 et sur les prix départementaux.


L'assemblée fut clôturée par une conférence d'Hugo Richir, nouveau secrétaire VMF53, sur le thème de "Le numérique au service de l'attractivité et de la conservation du patrimoine" ​


Après un déjeuner à la Taverne de Laval, notre groupe s'est ensuite rendu à la Chapelle Notre-Dame de Pritz.


Catherine Arnaud, après un long travail de recherche, nous a formulé un récapitulatif sur l'histoire de l'édifice :



Chapelle construite au passage du gué d’un ruisseau éponyme, se jetant dans la Mayenne.


Devient Prieuré, desservi par les Bénédictins venus de l’Abbaye de la Couture, au Mans, à partir de 1024.


C’est la première paroisse de Laval, petit bourg regroupant ses maisons autour du prieuré. Elle le restera jusqu’à la fin du XIIe siècle. Ensuite, c’est l’église de la Trinité (la Cathédrale d’aujourd’hui) qui prend le relais, non loin du Château, où la ville a pris son essor.


Cependant, l’église de Pritz reste un haut-lieu de pèlerinage, toujours prisé de nos jours. En sont témoins les nombreux ex-voto adressés à la Vierge Marie ou à Saint Jude.

Ce que l’on ne peut affirmer – cela reste donc une hypothèse- serait qu’il ait existé un temple remontant à la Haute Antiquité, époque pré romane et peut-être même gallo-romaine. Plus vraisemblablement, il y avait ici une petite nécropole remontant aux 7e/8e siècles.


Un lec’h celtique (pierre dressée), datant de l’âge du fer, a été ensuite christianisé et figurait au milieu de la nécropole (aujourd’hui, dans le jardin).


La construction. Aspect très simple, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur. Seul décor architectural extérieur : une partie de mur, au nord, en « opus mixtum » : alternance de petits moellons de grès et de lits de briques. C’est une survivance du savoir-faire de construction romain durant le Haut Moyen-Age (Ve/Xe s.)

Seuls deux contreforts plats et courts encadrent le portail d’entrée. Au nord, la nef est masquée par des appentis dépendant de la ferme qui s’élève à l’emplacement de l’ancien Prieuré.


Grande simplicité à l’intérieur aussi. Les impostes de l’arc triomphal et des doubleaux ne sont pas moulurées.


Le bâtiment se compose d’une nef unique (comme une grange ou une petite basilique romaine), rallongée au XIIe siècle, d’un chœur plus étroit terminé par un chevet plat (une partie du chevet d’origine s’étant écroulée) et d’un transept bas, dont chacun des croisillons est ouvert sur une absidiale voûtée en cul-de-four.

La nef et le transept sont couverts en charpente. Le chœur est voûté en berceau. Il est éclairé par deux fenêtres (ajoutées) en plein cintre.


Signification des représentations picturales sur murs et de la statuaire peinte du XIIe au XVe siècle :

A l’époque romane, les murs de la plupart des églises sont recouverts d’enduits à la chaux qui servent de supports à une ornementation picturale. Celle-ci n’est pas seulement décorative, mais devient l’espace d’un enseignement biblique. Les couleurs choisies -le plus souvent, des ocres- sont soit diluées dans l’eau avant d’être appliquées sur un enduit humide (travail a fresco), soit mêlées à un fixatif naturel, avant d’être apposées sur un support sec. Cette deuxième technique a été privilégiée pour les fresques du XIIIe siècle et au-delà, contrairement à celles du XIIe.


Visite de la chapelle :

On descend dans la nef par quelques hautes marches de pierre, qui sont d’anciennes stèles de la nécropole. A l’entrée, à gauche, très grande stèle dressée, gravée d’une croix (celtique, templière ?) et de deux instruments de la Passion. Au-dessus, se dresse une statue en terre cuite peinte, représentant Saint Christophe (XIVe).

Non loin, sur le mur de gauche en remontant la nef ont été peints l’un sur l’autre deux Saint Christophe (image classique pour un lieu à proximité d’un gué). Le plus ancien est du XVe siècle (il occupe une place plus grande que le suivant), le plus récent, du XVIe siècle. On observe un dessin plus structuré, en taille un peu réduite, sur cette deuxième mouture.


Tandis que l’Enfant Jésus de la statue tend son index vers le ciel, celui qui est représenté en peinture semble bénir les pèlerins qui entrent dans la chapelle.

Au passage, sur ce côté gauche, présence de plusieurs personnages grandeur nature, en céramique peinte (XIVe/XVe) d’éléments d’un calvaire extérieur : une des Marie qui suivaient le Christ, Simon de Cyrène, Le Christ portant sa croix, Véronique essuyant le visage du Christ et Marie-Madeleine, avec sa bouteille de parfum.

Juste à côté, un élément rapporté : une énorme jarre servant à faire bouillir le linge, autrement nommée « buée » (l’ancêtre de la machine à laver !).

Un peu plus loin, toujours sur la gauche, apparaît, très effacée, la fresque de la Saint Hubert, une forme de chasseur et la tête d’un grand cerf, dont les bois portent en leur milieu la croix du Christ. Puis vient la représentation picturale du martyre de Sainte Catherine d’Alexandrie. Sur deux vignettes : celle de gauche avec la roue, celle de droite, lorsqu’elle est décapitée par le bourreau, sur l’ordre de l’empereur Maximin (ou Maxence), au 3e siècle.

Deux statues de terre cuite peinte : Saint Sébastien et Saint Roch (ou un Saint local).


En face, deux gisants de pierre de généreux donateurs de la Chapelle : André de Mérienne et son épouse (XIIIe s.)

Juste à côté, faisant pendant au martyre de Sainte Catherine, celui de Sainte Marguerite d’Antioche. Fresque du XVe siècle. Elle sort du ventre d’un dragon ailé. C’est la patronne des femmes enceintes et des accouchements difficiles. Elle a vécu au 3e siècle, sous l’empereur Dioclétien.

Les Saints et les Saintes accompagnent les pèlerins sur la route et leur servent de modèles.


Nous arrivons au mur séparant la nef du chœur, mur diaphragme. Sur celui-ci est représentée une frise décrivant les joies de la Vierge : Annonciation, Marie, debout, allaitant son enfant (représentation rare) et Marie couchée, à la naissance de Jésus qui dort dans une mangeoire, entouré de l’âne et du bœuf. C’est le Mystère de l’Incarnation, l’irruption de Dieu dans le temps humain.


Puis vient l’arc triomphal à l’entrée du chœur : sur son intrados, le fameux calendrier des saisons ou calendrier agricole. Un calendrier du XIIe s., commençant en bas à droite, court sur l’intérieur de l’arc jusqu’en bas à gauche. Il a été quasiment effacé par un autre calendrier, du XIIIe s., qui part d’en bas à gauche et court presque jusqu’en bas à droite : manque décembre du XIIIe et réapparaît une vignette et demie du XIIe s. Sur le côté de l’arc, court un rameau de verdure.


IANUARIUS : double tête de Janus (réminiscence du dieu romain des portes et des carrefours), qui ferme une année et en ouvre une autre (clés dans sa main droite). Il participe à un banquet fourni : tête de cochon (traditionnellement, celui-ci est tué en décembre), pain, vin … On échappe à la famine. On rend grâce à Dieu pour une nouvelle année de bienfaits.


FEBRUARIUS : chez les Romains, cela fut longtemps le dernier mois de l’année, qui recommençait en Mars. C’était le mois des sacrifices (grand feu) et des purifications. Ici, image très pacifiée d’un feu domestique maîtrisé et réchauffant. C’est l’Alliance Nouvelle du Christ, préférant l’accomplissement de la loi d’Amour, en regard des sacrifices et des holocaustes d’autrefois. On peut penser aussi à l’épisode du Buisson ardent de Moïse (présence de Dieu) dans l’AT.


MARTIUS : mois de la taille de la vigne. On ôte ce qui pourrait gêner les pousses nouvelles. En version théologique, on lutte contre le péché. On veut obtenir les plus belles grappes. La vigne, même dans ces régions du NO où elle est présente, mais pas toujours abondante, préfigure la Vigne du Seigneur et le Vin de l’Eucharistie. On peut penser aussi aux nombreuses paraboles de la vigne et du vigneron. On constate que le travail reprend à l’extérieur.


APRILIS : la figure centrale n’est pas un paysan, mais un jeune homme vêtu en bourgeois ou en aristocrate, symboliquement, une sorte de « Prince de la Jeunesse. Il tient les fleurs du renouveau, du printemps. Celles-ci se présentent sous une forme trine qui peut évoquer la Trinité ou la croix du Christ.


MAIUS : Prince caracolant sur son cheval, sans doute parti inspecter ses domaines et voir si tout y est en ordre. On a pu évoquer aussi (à cause de représentations plus tardives), une chasse au faucon. Il revêt un manteau dont la doublure évoque un écusson. La nature est également luxuriante. On pense aux fêtes médiévales, comme celle de l’Arbre de Mai. Il n’y a aussi qu’un pas, d’ordre symbolique et même théologique, entre le petit seigneur de la région et le Seigneur de l’Univers (figure du Christ).


IUNIUS : c’est le temps de la fenaison. Accompagné de son cheval, le paysan, vêtu d’un costume rudimentaire et protégé par un chapeau de paille, fauche l’herbe destinée aux animaux. C’est important, car les bêtes de trait aident les hommes dans leurs travaux des champs.

Puis viennent les trois mois des travaux les plus importants : moisson, battage et vendange.


IULIUS : le paysan, au costume quasi semblable à celui de juin (on voit en plus des braies rayées), assemble les gerbes de céréales (blé, orge, seigle …), en vue de fabriquer le pain et les gâteaux nécessaires au quotidien. Si l’on fait référence au sens théologique de la scène, l’on entend les paroles du prêtre à l’Offertoire : « Tu es béni, Seigneur, Dieu de l’Univers : nous avons reçu de ta bonté le pain que nous te présentons, fruit de la terre et du travail des hommes ; il deviendra pour nous le Pain de la Vie. » (Corps du Christ)


AUGUSTUS : le paysan, torse nu à cause de la chaleur, porte des braies ouvertes et un petit bonnet de coton le protégeant du soleil et de la poussière. Il actionne son fléau sur une aire à battre le blé. Celle-ci est représentée sous la forme d’une meule dressée ou d’une galette verticale (absence complète de perspective).


SEPTEMBER : mois traditionnellement dévolu à la vigne. Trois actions consécutives de l’ouvrier vigneron : goûter la grappe de raisin, pour voir si elle est à maturité (main droite), pendant que la serpe coupe les grappes (main gauche) et que les pieds (demi corps dans le fouloir) pressent les grappes contenues dans le baquet. Si l’on fait référence au sens théologique de la scène, l’on entend les paroles du prêtre à l’Offertoire : « Tu es béni, Seigneur, Dieu de l’univers : nous avons reçu de ta bonté le vin que nous te présentons, fruit de la vigne et du travail des hommes ; il deviendra pour nous le vin du Royaume éternel. »(sang du Christ)


OCTOBER : la scène représente les semailles. Même absence de perspective qu’en août : le champ monte en biais sur le côté droit de la voûte. Les semailles sont plus faciles à représenter que les labours, où auraient dû figurer, en plus du paysan, l’animal de trait et la charrue. Théologiquement, l’image des semailles fait référence à la Parabole du semeur, dans le NT.


NOVEMBER : c’est la glandée. On fait tomber les glands pour nourrir les cochons, qu’on engraisse avant le mois de décembre. On peut aussi couper des branches pour réunir du bois pour l’hiver.


DECEMBER : la vignette du XIIIe siècle manque. Traditionnellement, c’est le mois où on tue le porc, pour avoir de la viande (qu’on fait sécher et saler) une partie de l’année. Restent à peu près visibles le paysan et l’arrière-train du porc. Sur la partie droite, le feu de cheminée de février du XIIe, avec, vraisemblablement une femme (seul personnage féminin du calendrier) à ses travaux d’intérieur.


On voit aussi très distinctement le Janus du mois de janvier du XIIe siécle : il tient de sa main gauche un gros fruit rond et de la main droite une graine : c’est l’annonce des récoltes futures.


Ce qui est caractéristique ici, c’est la sérénité avec laquelle semblent s’accomplir ces travaux, dans un monde quasi idéalisé (pas d’images d’intempéries, de faim ou de pauvreté). C’est le travail offert à Dieu, dans la perspective de la règle monastique de Saint Benoït : « Ora et labora » et non le travail harassant, rendu obligatoire à Adam et Eve, chassés du Paradis. Nous sommes dans un Prieuré bénédictin.


En entrant complètement dans le choeur, nous passons du monde terrestre au monde céleste. Ce dernier est traditionnellement marqué par la présence d’un retable avec autel ou, au moins, d’une table d’autel. Ici, présence d’un retable du XVIIIe siècle, avec statues de Saint Pierre et de Saint Paul. En son centre, une statue de la Vierge (aujourd’hui en restauration).


Un deuxième arc triomphal apparaît au fond du choeur plat, la partie arrondie s’étant effondrée. Sur son intrados, les fresques d’un zodiaque confirment cette part céleste. On ne peut lire nettement que les deux signes du Taureau et des Gémeaux. On peut être surpris par la présence de ce zodiaque, qui n’appartient pas au registre religieux.

Le Royaume de Dieu est figuré habituellement par la fresque du Christ « pantocrator » (tout-puissant), dit aussi Christ de la Parousie (de la fin des temps), entouré des 24 Vieillards de l’Apocalypse. Ceux-ci sont décrits dans la deuxième vision de Saint Jean l’Evangéliste, rapportée dans le Livre de l’Apocalypse. Les 24 Vieillards représentent, d’une part, les 12 tribus d’Israël (Sages de l’Ancien Testament), d’autre part, les 12 Apôtres du Christ, Sages du Nouveau Testament.


A Pritz, le Christ « pantocrator » a disparu ainsi que 18 Vieillards. Il n’en reste donc que 6, mais les fresques du XIIe les montrant sont de très belle qualité. Ils sont installés deux à deux, se regardant et semblant converser. Deux apparaissent seuls à l’intérieur d’un petit bâtiment. Ils résident effectivement dans des structures de belle facture, couvertes de coupoles. Vus à l’intérieur de ces « chapelles », ils sont assis sur des sortes de trônes, couverts de tapis. Derrière eux, comme une frise, des tentures de teinte verte, retenues par des passants métalliques, leur servent de dossiers. Les visages des Vieillards sont particuliers : ils ont d’assez petites têtes, allongées par la présence d’une barbe en pointe. Le nez est dans le prolongement du front et ils ont de grands yeux ouverts, regardant de côté. Ce regard est encore souligné par un grand trait de bleu sous la paupière inférieure. Deux sortes de couronnes les parent : soit au décor quadrilobé, en rouge, soit soulignées d’une grecque blanche. Les couleurs dominantes sont les ocres rouges ou roses, quand ils sont atténués (toute une gamme), les robes et les tapis réunissent des ocres jaunes, avec des marques de plis plus foncées.

Nous admirons encore un grand Christ en terre cuite sur une croix de bois et, revenant sur nos pas, dans la nef, un jubé du XVIIie siècle, qui fut autrefois surmonté de parties plus anciennes, aujourd’hui déposées.


Nous quittons à regret, même après plus de deux heures de visite, ce lieu émouvant, nous promettant d’y revenir, à la manière des pèlerins d’hier et d’aujourd’hui.

Nous remercions chaleureusement ses propriétaires de nous avoir autorisés à accéder à l’église Notre-Dame- de- Pritz et son précieux gardien, qui veille amoureusement sur elle, et qui nous a permis d’animer cette visite à deux voix.


Catherine ARNAUD


Quelques éléments bibliographiques :

Villes et Pays d’Art et d’Histoire Laval Laissez-vous conter le Pays de Laval antique et médiéval

Taralon Jean Les peintures murales nouvellement découvertes de l’église de Pritz (Mayenne) In : Monuments et mémoires de la fondation Eugène Piot, tome 54, 1965. pp. 61-116

Pichot Daniel « Le médiéviste et l’image » in Revue ATALA n° 3 « L’Histoire de la source à l’usage », 2000

Galerie de photos