Voyage en Finistère septembre 2024 Première soirée
15 September 2024
Voyage en Finistère septembre 2024 Première soirée
Nous étions un groupe de 40 loir et chériens en voyage en septembre 2024 dans le Nord Finistère.
Le premier soir, en guise d'arrivée, et autour d'un verre sur la terrasse de l'hôtel la parole fut donnée à Patrick Hardouin pour nous mettre dans l'ambiance bretonne !
Dîner des Vielles Maisons Françaises du Loir et Cher du Dimanche 15 Septembre 2024
à Plouescat, Finistère
Penn Ar Bed
Éloge de la Bretagne en Léon
Patrick Hardouin
Ceux d’entre nous qui n’ont pas pour langue maternelle le breton auront lu sur les poteaux indicateurs en venant en auto que le Finistère se dit ici Penn Ar Bed.
xxx
De bons amis à qui je demandais s’ils venaient avec nous en Bretagne, me dirent, en faisant la moue,
- Oh, tu sais, nous la Bretagne… -
- Moi : mais pourquoi ?
- Eux : ce n’est pas très intéressant.
J’ai manqué de présence d’esprit.
Car j’aurais dû leur dire ceci...
xxx
« Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la Bretagne.
Le sentiment me l’inspire aussi bien que la raison.
Ce qu’il y a, en moi, d’affectif imagine naturellement la Bretagne, telle la princesse des contes ou la madone aux fresques des murs, comme vouée à une destinée éminente et exceptionnelle. J’ai, d’instinct, l’impression que la Providence l’a créée pour des succès achevés ou des malheurs exemplaires. »i
Alors aujourd’hui, « vieil homme,...détaché des entreprises, sentant venir le froid éternel »ii
je vois, sur le granit d’armor et d’argoat, cette
« Vieille Terre, rongée par les âges, rabotée de pluies et de tempêtes, épuisée de végétation, mais prête, indéfiniment, à produire ce qu'il faut pour que se succèdent les vivants ! »iii
©Patrick Hardouin
xxx
Je vois, ici même, en Léon, le peuple de finis terrae élevant à l’aube des temps les maen hir, les pierres longues, réalisant des prodiges en se jouant du poids de blocs de centaines de tonnes.
Je le vois édifiant ces monuments stupéfiants : l’allée couverte de Guilliguy sur les hauteurs de Portsall, le cairn et les dolmens de l’île de Carn à Ploudelmazeau, les dolmens de Saint Gonvel et de l’île melon, les menhirs de Kergadiou, de Kerloas, de Kereven, et je ne parle que des mégalithes au nord du Menez Hom sans aller dans l’antique Cornouailles.
Ah, j’ai dit Finis terrae, la fin des terres ! Au lieu de dire Penn ar bed, la tête du monde. A l’éveil de l’humanité et au début du monde s’édifiait ici une grande civilisation. Ça ne s’est jamais arrêté.
Je vois la ville d’Ys ensevelie sous les flots et il y a dans la légende un fonds de vérité car il y a 12000 ans le niveau de la mer était 120 mètres plus bas qu’aujourd’hui.
Je vois dans la nuit des temps les évêchés bretons qui pré-existaient à la naissance du Christ nous dit quelque part Chateaubriand.iv
je vois Arthur Pendragon, le roi Arthur, organiser la résistance contre l’envahisseur germanique , Merdhyn dont nous avons fait Merlin l’enchanteur, je vois la cour de Camelot et la table ronde, Viviane, la Dame du Lac, et la forêt de Brocéliande, et aussi Lancelot.
Je vois les bretons arriver sur ces côtes et tous ces saints, Gildas le sage, Jacut, Thegonnec, Guevroc. Ils sont 365 dans le calendrier liturgique !
Je vois la beauté des monastères, des cathédrales, des églises, des enclos paroissiaux, des calvaires.
la splendeur de la cour de Bretagne, les émouvantes chaumières,
la gloire des pécheurs et des marins,
la beauté des ports, le tragique des disparus en mer.
Je vois la grande peine et la grande joie des hommes chantés par Henri Queffellec,
la noblesse des gueux et celle de la noblesse
l’intelligence de la bourgeoisie, la liberté du Parlement,
le dur labeur des journaliers, des laboureurs
les ouvrières des conserveries, les dentellières.
Je vois la foi profonde du peuple breton,
et l’épanouissement de la libre pensée,
le granit conservateur, le calcaire républicain,
les démocrates chrétiens, le communisme breton, la jeunesse agricole chrétienne,
Chateaubriand et Renan, les ducs de Bretagne et les bonnets rouges.
©Patrick Hardouin
Je vois le kristell et la croix celtique,
la cordelière et la blanche hermine,
et j’entends raisonner tous les noms illustres de Bretagne qu’on ne peut citer tant ils sont nombreux.
Je vois cet « héroïsme inlassable, ce loyalisme invétéré, cet esprit d’indomptable résistance et d’opposition opiniâtre »v
cette terre de rebelles, d’esprits critiques, d’Abélard, de Descartes,
terre des chouans qui reçurent « l’éclair mystérieux de l’âme »vi et furent « chevaliers »vii
terre « fidèle à ses vainqueurs quand ceci ne le sont plus à eux-mêmes »viii, « dernière à défendre son indépendance contre le roi, donnant au monde les derniers royalistes »ix,
terre se sacrifiant pour la France car
Je vois sur les places des villages et sur les murs des églises les interminables listes des morts de la grande guerre,
les pécheurs de l’île de Sein partant en Angleterre ,
« une pluie de fer, d’acier, de sang
une pluie de deuil terrible et désolée. »x
Telle est cette
« vieille Bretagne, accablée d'Histoire, meurtrie de guerres et de révolutions, allant et venant sans relâche de la grandeur au déclin, mais redressée, de siècle en siècle, par le génie du renouveau ! »xi
xxx
Et je vois aussi
« Entre la terre et la mer … les frontières indécises des deux éléments : l'alouette des champs y vole avec l'alouette marine, la charrue et la barque à un jet de pierre l'une de l'autre sillonnent la terre et l'eau. Le navigateur et le berger s'empruntent mutuellement leur langue : le matelot dit « les vagues moutonnent », le pâtre dit « des flottes de moutons » ».xii
Et je vois la douceur bretonne
« Le printemps en Bretagne... Des clairières se panachent d'élégantes et hautes fougères ; des champs de genêts et d'ajoncs resplendissent de leurs fleurs qu'on prendrait pour des papillons d'or. Les haies, au long desquelles croissent la fraise, la framboise et la violette, sont décorées d'aubépines, de chèvre-feuille, de ronces dont les rejets bruns portent des feuilles et des fruits magnifiques. Tout fourmille d'abeilles et d'oiseaux, les essaims et les nids arrêtent les enfants à chaque pas. Dans certains abris le myrte et le laurier-rose croissent en pleine terre comme en Grèce, la figue mûrit comme en Provence ; chaque pommier, avec ses fleurs carminées, ressemble à un gros bouquet de fiancée de village. »xiii
©Patrick Hardouin
xxx
Depuis Ouessant, tourné vers le Ponant, je vois devant moi disparaître le soleil dans l’immense océan,
à ma droite les glaces de l’Arctique, à ma gauche les brumes des tropiques,
sous ma nuque tout le vieux monde, les pieds dans le Pacifique.
Oui, là est bien la tête du monde, Penn Ar Bed.
xxx
Brûlez Bécassine !
xxx
Je remercie de leur aimable collaboration Charles de Gaulle, Ernest Renan, Victor Hugo, François-René de Chateaubriand, Jacques Prévert.
Et je vous remercie de votre patience.
©Patrick Hardouin
i
Charles de Gaulle, Mémoires de guerre, T1. On a substitué Bretagne à France
ii
Idem, T3.
iii
Idem
iv
Référence à définir
v
Ernest Renan cité in Bâtard Y. Chateaubriand et la Bretagne. In: Annales de Bretagne. Tome 75, numéro 3, 1968. Colloque Chateaubriand. pp. 635-648
vi
Victor Hugo, La légende des siècles, nouvelle série, 1877, XXI Le temps présent, Jean Chouan
vii
Idem
viii
Ernest Renan, idem
ix
Idem
x
Jacques Prévert, Barbara.
xi
Charles de Gaulle, idem, T3. On a substitué Bretagne à France
xii
François-René de Chateaubriand, idem, Première partie, L.1, chap.6
xiii
Idem
Toutes les citations sont en italiques et entre guillemets
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