Sortie à Saint Aignan le 8 juillet 2023
07 September 2023
Sortie à Saint Aignan le 8 juillet 2023
Les Bernardines
En franchissant le porche du XVIII ème siècle qui traverse le pavillon des Abbesses, nous
découvrons la perspective exceptionnelle qui s’ouvre sur la vallée du Cher et sur la cité
médiévale de Saint-Aignan-sur-Cher autrefois appelée Saint-Aignan-en Berry avec sa collégiale
et son château. C’est sur cet emplacement privilégié que se situe le clos des Bernardines.
Nous sommes accueillis par Michel Pierssens et Josette Féral, universitaires de renom, qui,
avec passion et beaucoup de modestie, nous racontent l’histoire de leur propriété et nous
présentent les gigantesques travaux en cours avec un enthousiasme communicatif.
Les Bernardines sont un prieuré conventuel de religieuses de l’ordre de Citeaux de 1645 à la
Révolution où le couvent devient un entrepôt. En 1835 le prieuré est transformé en
magnanerie et à la fin du XIXème siècle, le bâtiment conventuel est utilisé en école. Il le restera
jusqu’en 2005.
Une fois l’école fermée, le couvent est laissé à l’abandon, les bâtiments pillés, certains
tombent en ruine. En 2009, la toiture du prieuré est détruite lors d’un incendie provoqué par
des squatteurs. C’est en 2015 que Michel Pierssens, très attaché à ce lieu depuis l’enfance, et
Josette Féral achètent le domaine. Avec l’aide de la Fondation du Patrimoine, ils
entreprennent des travaux considérables et nous pouvons admirer la reconstitution en cours
de la toiture du prieuré et les multiples restaurations effectuées dans les règles de l’art dans
les différents bâtiments du XVIIème au XIXème siècle. Les nouveaux propriétaires ont la
gentillesse de nous ouvrir les portes des parties du domaine qu’ils aménagent pour y vivre
avec leur famille et où ils allient avec talent modernité et respect des traditions.
Mais dans l’esprit des maîtres de maison, un monument historique aussi splendide soit-il n’est
pas uniquement fait pour être habité et l’audacieux projet architectural est intimement lié à
un projet culturel. Dès 2020, ils créent l’association le Clos des Bernardines ayant pour objectif
de mettre à la disposition des chercheurs une partie des lieux et des ouvrages et de créer un
programme d’activités, causeries et conférences centrées sur des thématiques littéraires ou
théâtrales. De nombreux évènements culturels très variés se déroulent aux Bernardines,
expositions, concerts et récemment Journée des Graffeurs avec foodtruck pour la culture
urbaine sous les tilleuls séculaires, « manière de faire revivre les lieux avec les marques du
temps » selon l’expression de Michel Pierssens qui avec une audace admirable sauvegarde
progressivement ce patrimoine vivant.
La collégiale de Saint Aignan présentée par Bruno Guignard
Descendant les ruelles de la vieille ville, nous passons la tour-porche de la collégiale et pénétrons dans
la nef haute et claire d’où nous pouvons voir le chevet à trois niveaux. Il s’agit d’un monument majeur
de l’art roman dans notre région, synthèse de nombreuses influences jusqu’au nord de l’Espagne. Les
chapiteaux historiés de la nef, réfections du XIXème siècle, sont souvent inspirés de Saint Benoît sur
Loire. La Collégiale est érigée à partir du XIème siècle à l’emplacement d’une modeste chapelle dédiée
à saint Jean. L’achèvement de l’église se poursuit au XIIème siècle, la tour porche datant du début du
XIIIème.
Devenue Temple de la Raison à la Révolution l’église voit s’installer des boutiques sous ses voûtes.
Rendue au culte en 1800, la collégiale menace de s’écrouler. Une campagne de restauration drastique
commence en 1858, sauvant le monument de la ruine mais faisant disparaître toute ressource
archéologique.
C’est en descendant dans la crypte que nous retrouvons l’authenticité de ce chef d’oeuvre de l’art
roman. Nous pouvons admirer des fresques somptueuses : sur le cul de four un Christ en majesté
d’inspiration byzantine, dans la chapelle axiale la résurrection de Lazare du XIIème siècle avec le Livre
et l’Aigle de saint Jean. On remarque l’échange des regards qui donne à la scène une réelle présence.
Les fresques de la chapelle sud illustrent la vie de saint Gilles et datent du XVème siècle. Les chapiteaux
du XIème siècle à petits masques n’ont jamais été restaurés et forment avec les fresques un ensemble
exceptionnel.
Le château de Saint-Aignan
Par l’escalier monumental de 114 marches qui s’amorce en face du porche de l’église, nous accédons
à la cour du château de Saint-Aignan. Toujours transmis par héritage, c’est un des rares châteaux de
France à n’avoir jamais été vendu. Il appartient encore aujourd’hui à la famille La Roche Aymon et ne
se visite pas.
Depuis la terrasse, la vue sur le Cher rappelle l’intérêt stratégique de Saint-Aignan à travers les siècles.
Les différentes étapes de la construction sont encore visibles et on distingue les vestiges de la
forteresse médiévale, l’imposante tourelle d’escalier du XIXème s’inspirant de la Renaissance et la tour
donjon de 1840, bel exemple de l’architecture de style troubadour.
Grâce à la diversité des styles, à la multiplicité des éléments ornementaux, pilastres, lucarnes à pignon
sculpté, coquilles et Salamandre nous avons devant les yeux une véritable leçon d’histoire de
l’architecture.
Le château du Gué Péan
Après un déjeuner sympathique à Monthou-sur-Cher, nous découvrons dans son cadre
champêtre le château du Gué-Péan. Nous sommes accueillis par la famille Laming qui, ayant
repris la propriété, nous fera visiter l’intérieur du château.
Dans la Tour à impériale, un documentaire nous présente l’histoire de ce site qui a gardé les
bases carrées d’une garnison romaine devenue motte puis forteresse médiévale. A la
Renaissance, Nicolas Alaman, ambassadeur auprès de la République de Florence et proche de
François Ier acquiert le domaine. Son fils fait construire les deux pavillons Renaissance, les
tours d’angle et la Tour impériale spectaculaire. Au XVIIème siècle, le plan carré se complète
de deux ailes. Ces différentes étapes de construction sont unifiées par le même usage de la
pierre de tuffeau.
Au XIXème siècle, la vie sociale et culturelle au Gué-Péan est très animée. Outre la pratique
de la Vénerie, les propriétaires amis d’Honoré de Balzac accueillent des hôtes de renom
comme Frédéric Chopin et George Sand.
Séduit par la beauté du site et des bâtiments, Denis Laming, architecte du Futuroscope, achète
le château et le meuble progressivement d’oeuvres d’époques très variées. Nous pouvons ainsi
admirer dans la grande galerie un tableau de la Pourvoyeuse d’après Chardin contrastant avec
un haut totem de la fécondité et un lion sculpté à la tronçonneuse.
La bibliothèque de forme circulaire nous immerge dans les livres. Installée dans la tour nord,
elle bénéficie des conditions hygrométriques idéales pour la conservation des ouvrages. Des
vitrines protègent une collection d’autographes parmi lesquels nous pouvons lire le touchant
message d’adieu de Marie-Antoinette à ses enfants.
Nous poursuivons notre visite en traversant le logis médiéval et sa salle de chasse. Dans le
grand salon se dresse la monumentale cheminée de Germain Pilon qui, grâce aux recherches
de Denis Laming, a retrouvé son médaillon central, le portrait d’Anne d’Autriche d’après
Rubens. Suivent le salon des Dames, la chambre d’apparat et son mobilier du XVIIIème, puis
un boudoir Second Empire et ses meubles caractéristiques de l’époque, « confident et
alanguisseuse ». Nous remarquons également un piano mécanique et le piano qui servait à
accompagner les airs d’opéra dans cette demeure où la vie culturelle était intense au
XIXème siècle.
Abbaye de Cornilly
Le prieuré de Cornilly est fondé à la fin du XIème siècle par un seigneur de saint-Aignan et par
des moines venus à pied de l’abbaye bénédictine de Vallombreuse en Toscane. Le pape Urbain
II le prend sous sa protection et l’abbaye prospère rapidement. Les marécages sont curés et
les terres assainies, des étangs sont creusés fournissant quantités de poissons.
Pillée par le Prince Noir, détruite pendant la guerre de Cent Ans, elle le sera à nouveau lors
des guerres de Religion. L’abbaye est toutefois reconstruite mais abandonnée par les moines
et confiée aux religieux de Pontlevoy.
L’abbaye et ses biens sont mis en fermage et deviennent Biens nationaux à la Révolution.
Vendue, l’abbaye sert de ferme jusqu’en 1960, date à laquelle elle entre dans la famille de
Bruno et Sylvie de La Villarmois.
Non sans humour nos hôtes nous expliquent comment à la suite d’un coup de foudre monsieur
Mandula acquiert ce lieu. L’édifice a en effet été victime de démolisseurs qui ont pillé pierres,
poutres et portes. Commence alors un chantier considérable de restauration des murs du
bâtiment où vivaient les moines, du pigeonnier accolé et d’une partie des toitures. Sa fille et
son gendre, actuels maîtres des lieux, poursuivent son oeuvre. C’est en prenant garde aux
chutes de pierres que nous traversons l’église mais, poursuivant notre visite avec Bruno de La
Villarmois, nous pouvons admirer la tâche accomplie dont la restauration de l’ancien cloître à
galerie.
Grâce au potager de houblon cultivé sur place, la bière de Cornilly contribue au financement
de la suite des travaux.
C’est autour d’un goûter raffiné et devant ce monument en pleine renaissance, inconnu de la
plupart d’entre nous, que s’achève notre riche journée à la découverte de l’architecture d’une
partie de notre département. Un grand merci à ceux qui nous ont accueillis et à ceux qui ont
organisé ce beau périple.
Compte-rendu rédigé par Blandine de Bodman
Galerie de photos
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