Cette ancienne seigneurie militaire fortifiée de chevau-légers classée Monument Historique a été construite au XVIème siècle, en pleine guerre de religions, par Philippe de Thomassin, gouverneur de Châlons afin d loger sa cavalerie légère de reconnaissance.

Un lieu stratégique aux portes du royaume de France !
La seigneurie de Braulx est mentionnée dès la fin du XIVème siècle et appartient alors pour moitié au Roi de France et pour moitié à Jehan de Saulx, seigneur de Braux, d’Epense et de Bignipont. Le pigeonnier daterait de cette époque. Situé aux marches du Royaume de France, aux portes de la Lorraine, le long de l’ancienne voie romaine, le château de Braux Sainte-Cohière permettait de loger cette cavalerie légère à la tête de laquelle son chef militaire défendait le pouvoir royal, bien malmené dans cette région très majoritairement acquise à la cause de la Ligue catholique menée par le duc de Guise, duc de Lorraine Henri le Balafré. Plus qu’une guerre de religion qui oppose protestants et catholiques, le conflit est une guerre de succession au trône de France dont un des prétendants est le très catholique duc de Guise, chef de la Ligue. La Champagne est le lieu d’affrontements violents : la clientèle des Guise y est très importante. Au bout de 36 ans de guerre, le conflit se soldera en 1598 par l’Edit de Nantes qui prévoit le ralliement de la maison de Guise au pouvoir royal contre un très lourd dédommagement financier et l’interdiction de la religion protestante dans de grandes villes. Il se scellera par le mariage de Charles de Guise, fils d’Henri avec la soeur d’Henri IV.

Sur le plan militaire, les guerres de religions comme toutes les guerres marquent une évolution radicale de la cavalerie française et des techniques de guerre. Ainsi la cavalerie lourde composée de « gens d’armes » ou gendarmes avec leur lourd armement défensif (armures et carapaces) et leur longue lance diminue progressivement au profit d’une cavalerie légère ou chevau-légers plus mobile et plus réactive qui se dote d’une arme à feu portative, la pistole.Un siècle sépare les guerres d’Italie (1493 à 1559) des guerres de religions (1562-1598), un siècle qui est le passage de la Chevalerie à la Cavalerie. Cavalerie lourde ou « gendarmerie » de Charles VIII à la cavalerie légère d’Henri IV. Ce dernier, pour bien montrer la préférence qu’il accordait à la cavalerie légère, remplaça la compagnie de gens d’armes, qui avait assuré sa garde lorsqu’il était roi de Navarre, par un compagnie de chevau-légers, qui est à l’origine du célèbre corps des Chevau-Légers qui constitua la garde rapprochée du Roi de France à Paris puis à Versailles.

Philippe de Thomassin (1537 – 1608),
Chef militaire à la tête d’une cavalerie légère de 250 hommes Philippe de Thomassin, seigneur de Braux, Dommartin-la-Planchette, Valmy et de Chaudefontaine, chevalier et compagnon fidèle d’Henri III puis d’Henri IV représente les intérêts du Roi de France dans cette région très troublée par les guerres de religion. Ainsi, Philippe de Thomassin apparaît en 1581 « capitaine de deux cents hommes de pied entretenus pour le service du Roy », gentilhomme de la chambre du Roi en 1585, il est nommé en 1589 gouverneur de Châlons, et lève une compagnie de cavalerie légère qui pourchasse les ligueurs et qui est mentionnée de 250 hommes en 1594, date à laquelle Henri IV soumet la totalité de la Champagne. Acquéreur de la charge de Vidâme de Châlons en 1598, il reçoit, d’Henri IV en 1608 la charge de gouverneur d’Epernay, mais meurt sans descendance quelques mois plus tard. Il est enterré dans la cathédrale de Châlons, où l’on peut admirer, au 3ème pilier nord, sa dalle funéraire aux armes martelées au 3ème pilier nord : « Cy-gist Honoré Philippe de Thomassin vivat seigneur de Braux Sainte Cohière lieutenant pour le Roi en ceste ville et de celle Despernay, Vidame de Chaalons et capitaine de 50 hommes d’armes de ses ordonnances, qui décéda le 19 octobre 1608. Priez Dieu pour luy ». En tant que Gouverneur Royal de Châlons, titrée ville principale de Champagne par Henri IV édit du 29 mars 1589, Philippe de Thomassin apparaît comme le 1er représentant du roi dans cette région : il assure, non seulement la défense de la ville, mais doit également assurer la protection des frontières. Sa garnison de cavalerie légère est ainsi logée à Braux Sainte-Cohière qu’il construit et fortifie dans ce but. A Châlons, il réside dans l’actuel
musée Garinet. Véritable chef militaire, il aura dirigé plusieurs opérations sur le terrain, comme la victoire le 11 octobre 1589 à Prigny contre les 1500 hommes et 500 chevaux de Saint Pol, soutien des Guise et la défense victorieuse de Sainte-Menehould, assiégé par les Ligueurs en 1590. Après la paix entre la Ligue et Henri IV, puis le rattachement de la Lorraine à la France, mais également l’évolution des techniques de guerre et l’apparition des boulets métalliques, le château de Braux perd sa vocation militaire et le logis des Officiers est transformé à la fin du XVIIème siècle en château d’agrément.

Les propriétaires successifs :
de 1618 à 1708 : Famille Le Gorlier de Verneuil, neveu de Philippe de Thomassin
de 1708 à 1765 : Famille Drouet
de 1765 à 1921 : Famille Dorigny d’Agny
de 1921 à 1969 : Famille de Dartein, ingénieur agricole, il développe l’élevage des Mérinos
de 1969 à 2007 : André Bussinger, publiciste parisien
de 2007 à 2014 : Institut de France
2014 : Racheté en février 2014, une grande restauration commence pour sauver les bâtiments. Il est ouvert à la visite à partir de 2015 afin de sensibiliser le public à la restauration de ce patrimoine culturel militaire.