Thématique : Activités Lieux : Corse

BONIFACIO

Délégation Corse Vendredi 24 et Samedi 25 septembre 2021

Visite organisée par Claude Degott-Serafino et Pierre-Claude Giansily

Eglise de la très sainte Trinité dite de l’Ermitage

Cette visite initialement prévue en 2020 avait dû être annulée en raison des intempéries. Les participants, se sont donc retrouvés ce vendredi 24 septembre à l’Ermitage de la Trinité, cher au cœur des bonifaciens. Pierre Claude Giansily, conservateur des objets mobiliers et Madame Claude Degott-Serafino, historienne, ont raconté l’histoire de ce lieu. Situé à quelques kilomètres de Bonifacio, cet ancien monastère construit en hauteur sur des rochers aux formes étranges invite au recueillement. L’édifice comprend un couvent, un oratoire et un amas rocheux dit « grotte de la vierge ». Il a connu plusieurs époques de construction : le Haut Moyen Age, le 13° siècle, le 3°quart du 19° siècle et le 1er quart du 20° .

Nous avons pu découvrir dans la sacristie un bel ensemble de trente-trois ex-voto, peintures, aquarelles, estampes, gravures, chromolithographies, photographies, œuvres composites des 19° et 20° siècles et un ensemble de quatre vingt douze ex-voto muraux « à perpétuelle demeure ». La symbolique, souvent naïve de ces ex voto nous a été décriptée par Pierre Claude Giansily.

Chapelle romane de Santa Réparata

Située à quelques kilomètres au nord de Bonifacio, elle a été reconstruite mais a gardé l’abside et le fronton oriental d’origine. Le linteau de la porte sud est est une reconstitution, témoignant de la vie parfois mouvementée des édifices. En effet, elle a connu visiblement deux époques de construction auxquelles s’ajoute une récente restauration. L’abside et le fronton est sont les plus anciens éléments. Construits de petites pierres en calcaire blanc liées au mortier de chaux, ils seraient à dater d’une époque pré-romane, vers le 7ième siècle. L’arc triomphal, dont on perçoit le tracé de l’extérieur, est lui aussi composé de petites pierres ainsi que la voûte en cul de four. Aucune pierre plus grande ne vient renforcer les angles. L’abside et l’amorce des murs sud et nord sont plus larges que la reconstruction. Ils sont donc en saillie de chaque côté. La nef unique, de 13,70 m x 6,70 m a été reconstruite avec des petites fenêtres rectangulaires et une seule porte située dans le mur sud. La traditionnelle porte occidentale a été remplacée par une fenêtre.

Un apéritif convivial a réuni l’ensemble des participants à Figari, en plein cœur du maquis chez Catherine et Pierre Luciani qui nous ont très aimablement accueilli dans leur demeure.

Le lendemain matin nous sommes partis à la découverte de Bonifacio et de quelques églises, sans oublier un passage par le magnifique cimetière marin de Bonifacio.

Le cimetière marin

Il est considéré à juste titre comme l’un des plus beaux cimetières de France, perché sur son promontoire de calcaire, face à la mer méditerranée. Il a été construit en 1823 et englobe une partie des anciens jardins des frères du couvent St François. Dans la partie ouest un puits a été conservé, datant de 1398, utilisé autrefois par les religieux puis par les personnes visitant le cimetière.

Eglise St François

St François d’Assise fit escale à Bonifacio (qui appartenait alors aux génois) en 1215, au cours d’un voyage d’Espagne en Italie. Le couvent, construit en 1298, fait face à une vaste esplanade militaire, l’esplanade St François, d’où l’on voit au loin la Sardaigne. Il a été remanié au 14° siècle et agrandi au 17° siècle. L’église conventuelle actuelle date de la fin du 14° siècle et comprend une nef unique et deux travées voûtées d’ogives ; elle est classée au titre des monuments historiques depuis le 31 décembre 1976 et a été restaurée en 2019. Ranuccio Spinola, évêque d’Ajaccio, et franciscain, est entérré devant le maître autel depuis 1457. La dalle funéraire de marbre finement sculptée date de 1464. Le grand bénitier de marbre blanc porte la date de 1616.

Eglise Saint Dominique

C’est sans doute sur l’emplacement de l’ancienne chapelle Saint-Laurent (11°-12° siècle), aujourd’hui disparue, que l’église a été érigée. A l’origine, elle servait d’oratoire aux dominicains, implantés à Bonifacio durant la première moitié du 13° siècle. L’église San Domenico n’est mentionnée qu’en 1286, alors que le couvent (aujourd’hui mairie) qui lui est contigu, a été fondée en 1270 par le père Nicolas Fortiguerra de Sienne. C’est pendant la première moitié du 14° siècle que l’église fut achevée. Elle est la seule église Corse conçue dans un style totalement gothique (le gothique fut employée à Gènes dans plusieurs édifices, en particulier la cathédrale San Lorenzo). Les travées de la nef étaient équipées de hautes fenêtres Les chapelles latérales en portent la trace. L’église étaient donc largement éclairée. Plusieurs de ces fenêtres ont été occultées par la suite. Le maître-autel est un chef-d’oeuvre de marbrerie polychrome réalisé à Gènes.

En empruntant la rue Saint Dominique pour se rendre à l’église Sainte Marie Majeure, nous avons pu admirer la chapelle de la confrérie Sainte Croix, ancien hospice civil au 13° siècle où se trouve le groupe sculpté avec croix-reliquaire et son brancard de procession dit de l’invention de la Sainte Croix, et la chapelle de confrérie Saint Jean Baptiste, appelée aussi confrérie de la miséricorde qui abrite un groupe processionnel remarquable : la châsse représentant la « Décollation de Saint Jean Baptiste », classée Monument historique également.

Eglise Sainte Marie Majeure

C’est l’église principale de Bonifacio et probablement la plus ancienne. Elle occupe le centre de la ville depuis le 13° siècle et par le caractère roman de son architecture, elle ne doit pas être antérieure à cette période. La façade occidentale construite au 13° siècle est précédée d’une loggia couverte d’une charpente. Le clocher date du 14° siècle et repose partiellement sur les absides médiévales. De gros contreforts ont été érigés entre le 15° et le 18° siècle pour contrebuter le basculement du clocher vers le sud. De l’époque médiévale, datent les chénaux servant à recueillir les eaux pluviales qui se déversaient dans la citerne communale située sous la loggia. L’actuelle sacristie a été aménagée au début du 17° siècle avec la création d’un accès vers le cœur. Le maître autel et les chapelles latérales ont été réalisés au cours du deuxième quart du 18° siècle. En 1756 la corporation des marchands de la ville confie la réalisation de la chapelle Notre Dame du Mont Carmel au sculpteur Giulio Martinetti. Celle du Sacré-Coeur sera édifiée en 1769. Bien plus tard, vers 1872, la loggia est remaniée. Le blason de Gènes est sculpté sur l’un de ses portails. Le plan de l’église est celui d’une basilique divisée en trois nefs et terminée par trois absides demi-circulaires. Un portail en granit à deux colonnes encadre la porte principale sous la Loge, sur le fronton de laquelle sont gravées : AMDG 1879 AD MAJOREM DEI GLORIA.

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LE COUVENT SAINT JULIEN

Nous nous sommes ensuite rendu au couvent franciscain Saint Julien, ou notre guide, Claude Degott-Sérafino, nous a accueilli pour un déjeuner dans les jardins du couvent. Ce fut pour tous un moment exceptionnel qui nous a permis de découvrir à la fois le couvent, les jardins et la chapelle Cet ensemble, par sa qualité architecturale et ornementale forme un ensemble exceptionnel. Ses jardins, d’une belle sobriété, abritent un système d’irrigation très particulier, qui était destiné à drainer l’ensemble du plateau et de la vallée afin de collecter les eaux de pluie. Un grand canal et des canaux accessoires formaient un réseau de canalisations qui distribuaient l’eau ainsi récoltée. Ce remarquable ensemble, quelquefois agrémenté d’éléments décoratifs, a été remis en état, mais à part le grand canal qui est toujours en fonction lorsque les pluies sont abondantes, il ne remplit plus sa fonction de distribution de l’eau du fait, à la fois de l’urbanisation et probablement de la bétonisation du plateau de Cartarana.

Des témoins émouvants de la culture de la vigne sont les fouloirs creusés dans le rocher ou « trogi » en bonifacien. De larges caves creusées dans le rocher servaient à la vinification et à la conservation du vin. Sur les parcelles élevées, on retrouve de majestueux oliviers centenaires. La propriétaire des lieux a restauré une « calade » d’une dimension remarquable, qui rappellera à plus d’un ancien bonifacien le pélérinage qui partait de Bonifacio et aboutissait au couvent St Julien. Cette « calade » marquait la dernière étape avant d’accéder à la chapelle du couvent.

Un histoire mouvementée :

Construit au XIII° siècle, le couvent franciscain Saint Julien fait partie des constructions répertoriés à Bonifacio. Du XIII° au XIV° siècle, le couvent a connu une grande période de propérité : il servait de noviciat aux franciscains et d’école pour la population. Par la suite il subit les invasions barbaresques et fut partiellement détruit par les turcs lors du siège de 1553 et déserté pendant près de deux siècles.

Il fut restauré et agrandi au XVII° siècle et connu alors une nouvelle période prospère. Au XVIII° siècle les guerres de Corse entrainèrent une grande insécurité dans la région bonifacienne, toujours fidèle à Gènes.

De par son emplacement, la beauté et la sérénité du lieu, de part le beau travail de restauration exemplaire entrepris par les proprétaires, cet ensemble a séduit la délégation VMF de Corse qui souhaite soutenir son essor et participer à son rayonnement.

Nous tenons à remercier Claude Degott-Serafino et sa famille pour l’accueil chaleureux qu’ils nous ont réservé et Pierre Claude Giansily pour sa disponibilité et le concours apporté. Un très belle et très riche journée unanimement appréciée.