Article de la dépèche ci-dessous :

http://www.ladepeche.fr/article/2014/10/08/1967467-le-chateau-de-fiches-visite-par-des-connaisseurs.html

VMF 64 : programme des

samedi 27, dimanche 28 et lundi 29 septembre 2014

 en Pays de Mirepoix.

Samedi 27 septembre :

Arrivés à l’hôtel – restaurant «  Le Commerce » sous un soleil radieux, nous avons pris café et viennoiseries de bienvenue et avons été accueillis par Martine Rouche, guide conférencier, qui nous a accompagnés pendant ces trois journées.

Le programme élaboré par Chantal et Jean – Luc Dupla était dense et riche et l’histoire de Mirepoix a débuté sous les frondaisons du Commerce, à partir d’un plan aquarellé de 1766, qui permet de se faire une idée précise de ce qu’est une bastide du XIVe siècle. Le plan hippodamien prévu pour dynamiser l’économie et la sociabilité d’une population nouvellement installée se voit encore, avec la place centrale qui permet les rassemblements, l’église sur le côté de la place et les axes de circulation matérialisés par les galeries couvertes.

Première étape : la maison de Florence et Philippe Subra. Ils nous ont accueillis avec chaleur et amitié, heureux de présenter cette maison historique de la famille Baillé, des juristes installés à Mirepoix au XVIIe siècle. Par eux, ce fut aussi la maison de la famille maternelle de l’écrivain Melchior Frédéric Soulié (1800 – 1847), qui en a décrit l’escalier et la cuisine dans ses œuvres d’auto – fiction. Cet auteur nous a accompagnés sur plusieurs sites, qu’il évoque avec force dans ses livres, de même qu’il évoque les liens très forts qui unissent sa famille et lui – même avec la famille Clauzel, dont la maison mitoyenne nous reçoit en fin de journée.

En traversant la place centrale de Mirepoix en diagonale, nous nous arrêtons devant la Maison des Consuls, spectaculaire avec ses abouts de poutres sculptés. Une centaine de figures variées, sans doute œuvre de « huchiers » et « imagiers » cagots du XVe siècle, nous plonge dans l’imagerie médiévale, avec ses curiosités, ses observations, ses craintes, mais aussi son humour …

Quelques pas plus loin, nous voici dans la cour d’honneur du Relais Royal, qui occupe l’hôtel particulier construit au XVIIIe siècle par Guillaume Malroc. Né d’une famille qui s’est enrichie dans le commerce du fer, Guillaume Malroc s’est vite intéressé à la vie politique locale dans la tourmente révolutionnaire, au cours de laquelle il était en opposition farouche avec Gabriel Clauzel.

Après une présentation rapide de cet hôtel et un apéritif au soleil au bord de la piscine, nous nous sommes attablés devant un ambigu préparé par le propriétaire Rogier van den Biggelaar : ce repas très en vogue au XVIIIe siècle voyait présentés en même temps sur une table ou une desserte des plats chauds et froids, des plats sucrés et salés, et les convives choisissaient comme bon leur semblait, créant ainsi cette ambiguïté d’une assiette à l’autre. Le repas fut exquis, dans un cadre magnifique, et suivi d’une vidéo – conférence dont le sujet était « La sauce Mirepoix et la maréchale éponyme ». Créée par Geux, cuisinier de Gabrielle Marguerite de Beauvau – Craon, veuve du prince de Lixin, épouse du maréchal de Mirepoix, cette sauce fait partie des cinq préparations – mères de la gastronomie française et garde trace, par son nom, de l’histoire de ce patrimoine immatériel.

Quelques mots rapides pour présenter le pont à sept arches qui enjambe l’Hers à la sortie de Mirepoix, ouvrage des dernières années de l’Ancien régime conçu par Jean Rodolphe Perronnet : cet ingénieur exceptionnel permit aux ouvriers de ne plus travailler sous l’eau pour stabiliser les piles des ponts lors de la construction. Quelques années après le pont de Mirepoix, il conçut le pont Louis XVI à Paris, futur pont de la Concorde.

La montée vers le château de Terride nous permet de voir l’importance de ce site où fut érigée initialement une tour à signaux, puis la bâtisse occupée par les de Bellissen, premiers seigneurs de Mirepoix avant l’arrivée de Simon de Montfort et Gui de Lévis en 1209. Quelques lignes signées Melchior Frédéric Soulié, in « Le Comte de Foix », décrivent à la perfection la majesté et le côté tragique du site. Raymond Roger, propriétaire et sauveur de Terride nous accueille et nous fait partager sa passion et son enthousiasme pour ce château. Il a reçu en 2009 un prix remis par la délégation VMF 09 pour la restauration exemplaire de deux cheminées du XIVe siècle, visibles dans la grande tour castrale. Quelques explications sur les glacis, les tours, la chapelle menacée et les travaux en cours (couverture de la tour) ne suffisent pas à appréhender l’histoire de ce château et nous percevons bien que Raymond Roger aurait volontiers gardé le groupe plus longtemps, pour lui proposer le tour des chemins de ronde à flanc de colline et évoquer par avance le maréchal Clauzel, un temps propriétaire de ce site … Mais l’horaire doit être respecté et nous repartons en direction de Mirepoix où nous avons rendez – vous avec Mme Xavier Le Rasle, qui doit nous ouvrir le portail donnant accès à un chemin indivis, au cœur d’un des moulons centraux.

L’intérêt de pénétrer ainsi au cœur d’un moulon est de comprendre l’intérêt économique et pratique de ce chemin, qui desservait au XVIIe siècle trois maisons, dont le grenier à sel (que nous ne pouvons visiter), où Pierre Pol Riquet a vécu et travaillé de 1634 à 1646. Mitoyenne du grenier à sel, la maison de M. et Mme Le Rasle a été occupée dès le XVIIe siècle par la famille Rouger : des notaires royaux, des juristes, impliqués dans la vie politique municipale. La façade méridionale sur le jardin clos offre un cadran solaire datant de 1811 et présentant un grand intérêt historique et iconographique. La troisième maison ayant accès au chemin indivis est celle de M. et Mme Rascol. Elle fut au XVIIIe siècle celle de l’astronome Jacques Vidal, homme du temps des Lumières, esprit brillant, humaniste, doué de nombreux talents dans de nombreux domaines, et qui fut longtemps astronome attitré de l’observatoire de Jean Gabriel Amable Alexandre De Riquet de Bonrepos. Ces liens historiques et géographiques, qui se tissent au travers du temps et des lieux et réunissent Mirepoix, les Riquet et l’astronomie, sont encore perceptibles au cœur de ce moulon de Mirepoix.

Dernière étape de ce jour, mais non la moindre : la maison Clauzel où nous sommes accueillis par Madame la Comtesse Clauzel, son fils Gabriel, Comte Clauzel,  et sa fille Lina (Mme Bruno Beignot – Devalmont). Après les paroles de bienvenue de Gabriel Clauzel et une présentation historique de l’installation de Gabriel Clauzel L’Ancien (comme nous avons convenu de le nommer !) et sa famille quelques années avant la Révolution, nous passons au grand salon. Devant le colossal portrait en pied du maréchal Bertrand Clauzel par Ary Scheffer, la lecture à haute voix des dernières pages des « Explications du maréchal Clauzel » fait passer une grande émotion dans notre groupe. Rédigées par Melchior Frédéric Soulié par affectueuse amitié pour Bertrand Clauzel, ces lignes sont la défense personnelle du maréchal Clauzel, face aux accusations portées contre lui au sujet de ses campagnes d’Algérie. Le texte fait allusion à « la maison paternelle », dans laquelle nous nous trouvons justement, et à l’épée que le maréchal Clauzel veut poser entre lui et la calomnie. Il demande à ses détracteurs de la bien regarder : « elle n’a ni or ni diamants à sa monture, elle n’a que du sang sur sa lame : c’est le sang des ennemis de la France. » Et nous avons la possibilité de voir l’épée, dans le bureau de la maison Clauzel.

Ces moments forts en histoire et en émotion sont suivis d’un magnifique cocktail servi dans les salons, avant que le groupe ne rejoigne son hôtel pour la soirée.

Dimanche 28 Septembre

Le groupe est prêt dès 9 heures pour une nouvelle journée de découvertes.

Premier lieu visité : le palais épiscopal de Philippe de Lévis, bâti au début du XVIe siècle. Ce palais appartient à l’évêché de Pamiers et devait faire l’objet d’un bail emphytéotique avec la municipalité de Mirepoix. Il est en triste état, mais son histoire est très riche et ses restes parlent encore de la Renaissance et de la personnalité du grand évêque Philippe de Lévis. Par la galerie de réception, nous accédons à l’escalier « rampe à rampe », dont chaque demi – palier et chaque pilier sont décorés de sculptures qui reprennent tout le registre iconographique du temps : profils à l’antique, roses romaines, putti, dragons, volutes et rinceaux, etc … Cet escalier permettait à Philippe de Lévis de se rendre de son palais à son oratoire privé, la chapelle Sainte – Agathe, bâtie au – dessus du porche d’entrée de l’église cathédrale Saint – Maurice. Son état désastreux laisse pourtant encore voir tout son intérêt : un pavement de carrelages illustrés et armoriés dont Thierry Crépin – Leblond, conservateur du Musée de la Renaissance à Ecouen, a dit qu’il était le chaînon manquant entre les pavements médiévaux et ceux de la Renaissance. Plus de 400 carrelages sont disposés de façon à obtenir des effets d’optique, une frise représentant des vases Médicis et leurs branchages borde le pavement et, au centre, 9 carrelages portent un motif de labyrinthe. Dernier placé dans une église, celui – ci se distingue des autres par le fait qu’il était destiné à être un objet de méditation pour l’évêque seul, et non un lieu de pèlerinage symbolique ou un objet pénitentiel pour les fidèles.

De là, nous poursuivons logiquement par la visite de l’église cathédrale Saint – Maurice, dans laquelle Philippe de Lévis a accompli d’immenses travaux. Malgré ces travaux et ceux de la fin du XIXe siècle, l’église cathédrale présente un aspect à la fois désolé et noble. Peu d’éléments demeurent du bâti initial, mais l’ensemble mérite pourtant qu’on lui accorde un grand intérêt.

Pour les membres du groupe qui ne souhaitent pas assister à la messe, est proposée la visite de l’église de l’Immaculée Conception de Notre – Dame et de Saint – Michel, communément appelée église du cimetière. Bâtie sur la volonté d’Anne d’Escala, riche, pieuse et généreuse bourgeoise de Mirepoix au XVIIe siècle, cette église est modeste. Son retable du XVIIIe siècle, représentant l’Immaculée Conception, accompagnée de saint Michel psychostase et psychopompe pour le panneau central, et plusieurs saints médecins thaumaturges pour les panneaux latéraux, est menacé par le temps et les insectes xylophages.

Dans cette église, sont accrochées (à la suite de la démolition du couvent des Trinitaires, commencée à la Révolution, poursuivie au fil du temps … ) trois grandes toiles qui retracent l’histoire de cet ordre, un des premiers à s’être installé à Mirepoix. Jean de Matha et Félix de Valois, encouragés par le pape Innocent III, s’efforcent de gréer un navire, avec lequel ils traverseront la Méditerranée pour se rendre auprès d’un sultan et pour racheter des prisonniers des Barbaresques.

Le groupe reformé prend la route en direction de l’abbaye de Camon, qui fut aussi prieuré de Philippe de Lévis, racheté il y a une dizaine d’années par Katie et Pete Lawton pour être hôtel et restaurant. Le cadre est enchanteur, décoré et fleuri avec goût, et nous sommes attendus pour un crémant de bienvenue et un délicieux déjeuner servis dans la cour et sous la galerie de l’ancien cloître, non loin de la grande cuisine des moines, et des ruines du logis d’un prieur qui n’aimait pas celui de ses prédécesseurs …

Plutôt que d’envisager l’histoire égrenée date à date de cet ensemble de bâtiments dont il est difficile de faire le tour exhaustif en peu de temps, nous avons plutôt regardé avec attention la série de toiles peintes au XVIIIe siècle, sur la commande du prieur Thomas de Lavaur, et qui décorent salon de compagnie et salle à manger. Les plus spectaculaires traitent le thème des quatre saisons, avec des putti bleus qui racontent non seulement le cycle annuel du temps, mais redonnent aussi à lire des scènes ovidiennes, comme celle du bouc menacé de sacrifice s’il s’en prend à la vigne. Plusieurs lectures s’offrent à nous, de la plus évidente à la plus philosophique.

Quelques kilomètres séparent l’abbaye de Camon du site de Lagarde, désormais propriété de Francis Tisseyre, qui met une énergie surhumaine à faire en quelque sorte revivre ces ruines majestueuses. Il est aidé dans ce projet par des bénévoles, eux aussi passionnés. Tous oeuvrent à faire revenir les habitants du village vers le château, même si ces restes historiques peuvent sembler parfois comminatoires. Il n’est pas question de restauration, mais de cristallisation du site, ce qui permettrait à nouveau aux visiteurs de pénétrer dans le château, ce qui est actuellement interdit pour des raisons de sécurité. La pluie a interrompu la visite extérieure, et nous n’avons guère profité des grandes terrasses en herbe voulues par Louise de Roquelaure, veuve d’Alexandre de Lévis, qui a décidé au XVIIe siècle de faire de Lagarde un vrai château de plaisance.

Chaque nuage ayant sa doublure d’argent, selon la formule anglaise, nous pouvons nous replier à l’abri sous un préau prévu pour permettre aux visiteurs de regarder un documentaire filmé à l’intérieur des ruines, avec commentaires croisés de Francis Tisseyre, Jérôme Pébay (qui travaille à un mémoire de maîtrise sur le plan des jardins à la française prévus ou réalisés à Lagarde au XVIIIe siècle) et Martine Rouche. Une tisane de mélisse de Lagarde réchauffe tout le monde avant la dernière visite au château de Queille, propriété de Rachel Lethbridge.

En son absence, nous avons été accueillis par Shaun Crown, gardien du château. Nous avons pu voir la grande cuisine, qui sert encore pour la restauration de groupes en séminaires ou pour des mariages, après avoir été la cuisine d’un orphelinat agricole et de colonies de vacances après la seconde guerre mondiale. L’escalier, très curieux, démarre en marches de pierre dont une est datée de 1818, et se poursuit en double volée de marches en bois, de part et d’autre, pour accéder à l’étage. C’est, hélas, en se tenant sur le palier de cet escalier avant sa restauration que Nicholas Lethbridge a chuté et connu une mort brutale. Il repose dans le petit cimetière de Queille, site pour lequel il avait eu un coup de cœur, et que son épouse Rachel continue de faire vivre, en organisant un festival de musique classique et lyrique tous les deux ans. Le prochain devrait se tenir au printemps 2015.

La petite église Saint – Sylvain, qui a toujours servi à la fois au château et au hameau, garde de belles traces de fresques des XVe et XVIIe siècles, même si ces traces sont très lacunaires. On voit des personnages à longues robes, des rinceaux et volutes, une sorte de frise géométrique, peut – être une scène animalière, mais «  c’est avoir de bons yeux que de voir tout cela » … La tête d’angelot de la voûte pourrait être de la main de Jean Soum, peintre local du XVIIe siècle, dont on retrouve les œuvres dans de petites églises ariégeoises.

Dernière étape pour ce dimanche riche d’images et de découvertes : le Logis de Mirepoix, restaurant installé dans un hôtel particulier du XVIIIe siècle, au centre de la petite ville. Le plan aquarellé de 1766 montre que cette parcelle était vide, ce qui donne une datation a quo. Les registres d’état – civil de cette période indiquent la présence d’une grande famille Arnaud, autour de Jacques Arnaud, dont les initiales JA figurent sur la ferronnerie de la rampe d’escalier. La famille comprenait un chirurgien, des marchands, et est restée à Mirepoix et dans les alentours jusqu’au début du XXe siècle.  L’architecture extérieure est régulière, la façade rythmée de fenêtres élégantes et classiques ; un magnifique escalier de pierre monte à l’étage, et quelques cloisons montrent que les techniques de bâti ancien, avec colombes et torchis, étaient encore en usage au XVIIIe siècle finissant. Le dîner, servi en costumes médiévaux, était chaleureux et bon et les conversations étaient soutenues …

Lundi 29 septembre :

Déjà le dernier jour !

Le rendez – vous matinal fixé sur la place du village de Besset est scrupuleusement honoré par tout le groupe, accueilli par le maire Philippe Allibert. La visite proposée, dans l’église Notre – Dame, est destinée à présenter deux grandes toiles du XVIIe siècle, toutes deux apportées de l’église cathédrale de Mirepoix pendant de grands travaux de la fin du XIXe siècle, par le maire Philippe Roubichou, dans le but de les protéger et de les préserver de la poussière et de dégâts éventuels. Ils n’ont jamais repris leur place et c’est très bien ainsi !

« La déposition du Christ », commandée par l’évêque Pierre de Donnaud (oncle d’Anne d’Escala … voir supra !) n’est pas signée de façon visible, mais elle se rattache de façon patente au caravagisme et les zones d’ombre et de lumière lui confèrent une force certaine. Elle présente par ailleurs toutes les caractéristiques de ce sujet lorsqu’il est traité en peinture.

Le second tableau, signé de François Saissac, peintre de Limoux, est daté de 1664. Il est exceptionnel, parce qu’il présente, sous la forme d’une prolepse, le parcours terrestre complet du Christ, présenté ici comme un nouveau – né couché sur un lange dans la mangeoire, mais le linceul et le catafalque sont immédiatement perceptibles. Le « dettaglio » qui rend ce tableau unique en France, en quelque sorte (en l’état actuel des connaissances des historiens d’art) est que Jésus nouveau – né a encore son cordon ombilical. Le seul autre tableau connu présentant la même particularité est un tableau de Lorenzo Lotto, peint en 1529 (année du sac de Rome par les armées de Charles de Bourgogne, au cours duquel la relique précieuse de ce cordon ombilical avait été volée). Le tableau de François Saissace est une commande de l’évêque Louis Hercule de Lévis Ventadour, dont nous savons par les archives du Chapitre cathédral de Mirepoix qu’il fut un grand acheteur de reliques pour sa ville de Mirepoix. Lotto avait peint le cordon ombilical en remplacement de la vraie relique, la commande épiscopale devait se rapprocher de cette démarche.

Encore quelques kilomètres ensoleillés et voici le clocher de l’église semi – rupestre de Vals, elle aussi dédiée à Notre – Dame. Datée au moins du Xe siècle pour la partie la plus ancienne, bâtie selon l’architecture pré – romane ou lombarde, elle est insérée dans une diaclase entre deux blocs de poudingue de Palassou. Composée de deux nefs superposées et d’une chapelle Saint – Michel qui les domine, elle est surtout connue pour le registre de fresques romanes du XIIe siècle, d’inspiration catalane, qui décore l’abside. Oubliées pendant des siècles sous l’habituel badigeon, elles revoient le jour en 1952, quand l’abbé Julien Durand perce une cloque de l’enduit gonflé d’humidité. L’ensemble illustre à la fois un registre marial (Annonciation, Bain de l’Enfant avec Marie allongée, Présentation de l’Enfant aux rois mages) et le parcours christique en trois registres : son premier bain, la rencontre avec les apôtres et la Parousie. Des caractéristiques intéressantes de ces fresques, restaurées récemment par Jean – Marc Stouffs selon l’éthique des chartes d’Athènes, Venise et Cracovie, les font attribuer à un atelier de peintres, probablement itinérant (Vals est sur l’un des itinéraires annexes de Saint – Jacques de Compostelle), dont l’un des membres avait de grandes connaissances de la religion juive, et dont on peut trouver d’autres fresques de part et d’autre des Pyrénées.

Un bar – expo, tenu par des bénévoles de l’association des Amis de Vals, nous a proposé boissons et cartes postales, et permis de découvrir des mobiliers issus des fouilles archéologiques, ainsi que des panneaux explicatifs en plusieurs langues.

La dernière étape de ce week – end en Pays de Mirepoix est le château de Fiches, manoir charmant aux abords de la commune de Verniolle. L’une des deux co – propriétaires, Nicole Ginabat, accueille elle aussi le groupe avec chaleur et gentillesse. Avant de passer à table pour un déjeuner «  tout canard », préparé par Mme Delpech et les jeunes adultes qu’elle encadre, nous visitons la « bibliothèque d’honnête homme », dont les étagères pleines de livres anciens montent jusqu’au plafond, puis la vieille cuisine avec ses ustensiles particuliers comme les « grésales » pour préparer le confit, la « toudeille » pour remuer le millas, le moule pour découper les caramels, la crémaillère et ses « oules », etc …

A l’étage, un vaste salon de compagnie et une pièce mitoyenne de plus petites proportions ont des plafonds peints aux couleurs spectaculairement vives, datant du début du XVIIe siècle. On peut appeler «  bestiaire » l’ensemble iconographique du premier plafond, au sens de collection d’êtres vivants ou imaginaires, pas seulement d’animaux. Les cartouches et cuirs contenant des paysages et des scènes de vènerie sont disposés de manière harmonieuse sur les joues des poutres ; le reste des illustrations peintes se compose d’animaux, d’ici et d’ailleurs, de terre, d’eau et d’air, de figures d’inspiration héraldique, de créatures imaginaires ou mythiques comme le centaure, les dragons et les sirènes à queue bifide. Restauré par Jean – Marc Stouffs, ce plafond a enchanté nos yeux par la vivacité des couleurs, rouge, turquoise, vert, ocre, qui ressortent sur un fond clair, contrairement à la plupart des plafonds peints dont les teintes sont souvent plus sombres. Des fleurs de lys peintes sur les solives ont été masquées, sûrement en période révolutionnaire. L’autre plafond n’est pas encore restauré. D’une palette et d’une inspiration toutes différentes, ce second « plat – fond à la française » nous fera revenir à Fiches dans quelque temps …

Après le déjeuner, nous avons pu admirer quelques-unes des deux mille planches d’un herbier de 1801, œuvre de Joseph Adrien Fauré de Fiches, disciple de Lamarck. Cet herbier est en cours d’étude et de numérisation grâce au travail bénévole de Mavis et John Midgley.

Propriété de Jean de Roubert, juriste toulousain, au XVIIe siècle, puis ayant appartenu à la famille Fauré de Fiches dont Nicole Ginabat et sa sœur sont les descendantes, cette demeure dégage le charme fou de la vraie vie et nous serions bien restés lézarder au soleil sous les trois cadrans solaires qui sont à restaurer …