Critères d’attribution de la protection

CRITERES D’ATTRIBUTION DE LA PROTECTION DES MONUMENTS HISTORIQUES

Six critères légaux définissent la procédure d’attribution :

1 – Caractère artistique du site ou du monument :

L’intérêt du point de vue de l’art doit être suffisant pour permettre une protection. On peut citer parmi les premiers lieux protégés la perspective du grand canal de Versailles et les terrains qui la prolongent. Cette conception renvoie à une perception visuelle du patrimoine, conçu un peu comme un tableau.

 2 – Caractère pittoresque du lieu :

Cette notion s’est progressivement confondue avec la précédente. De vieux quartiers, des villages, des vallées, des points de vue ont été protégés à ce titre. L’important réside dans le regard porté sur le paysage, les sensations provoquées, l’émotion. Le patrimoine est limité alors par une approche purement visuelle, qui le considère indifféremment de ses usages ou de ses fonctions. Nous sommes encore très imprégnés de cette approche ; la loi sur le paysage en est la parfaite illustration.

3 – Dimension historique du lieu

Au-delà de son caractère esthétique : c’est ainsi que les restes archéologiques ont pu être protégés. Un fait historique majeur est de nature à entraîner une protection : les plages du débarquement en Normandie à la fin de la Seconde Guerre mondiale en sont un exemple. La présence d’un personnage célèbre est aussi génératrice de protection, comme la demeure de Charles de Gaulle à Colombey-les-Deux-Eglises.

 4 – Caractère légendaire d’un lieu

Auquel se rattachent de vieilles traditions ou des souvenirs folkloriques : on peut citer par exemple le tombeau de Merlin l’Enchanteur ou la Fontaine de la fée Viviane à Paimpont. Ce critère n’est plus guère utilisé et on peut le regretter, car c’est un peu de poésie ou de rêve qui nous échappe. Quel petit village ne conservait pas naguère encore avec une certaine jalousie ses histoires fantastiques, matérialisées par des sites précis : la Croix des pendus, le chemin du diable, le gouffre des demoiselles…

5 – Caractère naturel :

Critère plus complexe, qui correspond à des lieux qui recèlent des richesses appartenant à un ou plusieurs des trois règnes de la nature (minéral, végétal et animal). Aux considérations purement climatiques ou géologiques s’impose aujourd’hui une approche plus écologique, en rapport avec les préoccupations de nos contemporains sur l’avenir de la nature dans son ensemble. Les réserves et les parcs naturels se multiplient à un rythme accéléré, afin de conserver certaines espèces animales et végétales dans les conditions les plus naturelles et d’en étudier leur évolution. Des inventaires précis se mettent peu à peu en place.

6 – Intérêt architectural d’un monument

Soit du fait de son constructeur, soit du fait de l’activité qui a généré un certain type d’architecture. Ainsi, des œuvres de Le Corbusier ont pu être protégées dans la région de Bordeaux. Ainsi en est-il aussi du patrimoine industriel, balnéaire ou rural, chacun étant à son niveau le témoin de phénomènes sociaux. L’approche esthétique est ici secondaire. Ce qui importe, c’est de garder un souvenir physique : un puits de houillère, un haut-fourneau, des villas du début du XXe siècle, une ferme avec ses bâtiments de service. Partant de là, il est bien difficile de fixer les limites à une telle conception du patrimoine.