De la Révolution à 1810

NAISSANCE DE LA PRISE EN COMPTE DU PATRIMOINE sous la Révolution française

En deux siècles, l’Etat français s’est doté d’un arsenal juridique complexe destiné à sauvegarder son patrimoine. Par étapes successives, la notion de patrimoine n’a cessé de s’étendre et de toucher des espaces nouveaux.

Le point de départ se situe paradoxalement à la Révolution : la France est le premier pays à avoir porté une réelle attention à son patrimoine, au nom de l’intérêt général. On est passé d’un patrimoine familial, transmis de génération en génération, à un patrimoine collectif, témoin de l’histoire de la nation.

 • 1792 – Naissance du concept de patrimoine national

En pleine Révolution, alors même que les violences répétées sur les personnes et les biens se succèdent à travers le pays, émerge une nouvelle idée : celle d’un patrimoine national, dont la nation tout entière est responsable. Les intérêts privés cèdent le pas devant cette exigence.

D’un côté, les révolutionnaires appellent à la destruction des symboles d’une société rejetée, tant les châteaux, les armoiries, les girouettes, que les églises, les abbayes. Ainsi Lakanal a-t-il fait dresser des listes de demeures à démolir dans le Sud-Ouest. Cependant, bien des projets sont restés lettre morte.

D’un autre côté, la Convention porte son regard sur les monuments. Car ces monuments ne sont pas seulement la propriété d’individus déterminés, ils sont aussi le reflet de la nation et de sa culture. Au nom de l’intérêt général, la nation a le devoir de porter une attention particulière à son environnement bâti, partie intégrante de son patrimoine. La commission créée à cet effet reçoit une mission originale, celle de préserver les monuments, rôle encore mal défini, mais riche de conséquences. À cette même époque, l’abbé Grégoire crée le terme de « vandalisme », référence aux temps barbares, pour stigmatiser ceux qui détruisent inconsidérément les œuvres et les monuments du pays.

 Avec cette approche, on passe de l’idée de collection à celle de protection. Dans le premier cas, il s’agit de rassembler des objets ou des lieux pour un plaisir personnel, voire familial. L’idée de protection renvoie aux concepts de mémoire et de bien collectif, ce que l’on appelle le patrimoine. Ce n’est plus seulement une personne, c’est toute une société qui prend conscience de l’importance de son histoire à travers son patrimoine monumental ou mobilier.

• 1793 – Création du musée des Monuments français et naissance du concept de monument historique

L’année suivante est créé le musée des Monuments français, qui est placé sous la direction d’Alexandre Lenoir. Des dessins et des maquettes matérialisent en quelque sorte les monuments placés sous la protection collective.

Avec ce lieu de mémoire apparaît véritablement le concept de monument historique. Le passé est le bien de la nation. L’enseignement de l’histoire va prendre parallèlement une place importante dans l’école de la République.

 

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