De 1840 à 1914

AFFRONTEMENT DES THÉORIES DE RESTAURATION ET DÉBUT DE LA PROTECTION (1840 – 1914)

• 1840 – Restauration de la basilique de Vézelay par Viollet-le-Duc

Restauration de la basilique de Vézelay par l’architecte français Eugène Viollet-le-Duc (1814-1879), sur commande de l’inspecteur général des Monuments historiques, Prosper Mérimée. Célèbre pour ses restaurations, dont les plus connues sont la cité de Carcassonne, la cathédrale Notre-Dame de Paris, les châteaux de Roquetaillade et de Pierrefonds, Viollet-le-Duc l’est aussi en tant qu’historien et théoricien de l’architecture. En effet, pour lui, restauration s’oppose à conservation. C’est ce qu’il indique dans son Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle : « Restaurer un édifice, ce n’est pas l’entretenir, le réparer ou le refaire, c’est le rétablir dans un état complet qui peut n’avoir jamais existé à un moment donné ».

• 1849 – Les Sept Lampes de l’architecture de John Ruskin

Parution des Sept Lampes de l’architecture de John Ruskin (1819-1900), écrivain et critique d’art britannique. Fondateur du mouvement Arts & Crafts et précurseur de l’Art nouveau, Ruskin s’oppose avec ferveur aux conceptions de l’architecte Viollet-le-Duc, pour qui l’architecture doit former un tout homogène, au mépris de l’histoire et de l’intégrité du monument. Dans Les Sept Lampes de l’architecture, Ruskin définit l’architecture comme un être humain qu’il faut soutenir et restaurer le moins possible, mais qu’il faut aussi laisser mourir. Ainsi apparaissent deux visions de la restauration du patrimoine bâti. Ruskin a notamment été soutenu par William Morris, qui prônait la « non-restauration » avec la Société pour la protection des bâtiments anciens.

• 1887 – Première loi de protection des monuments historiques  et création des architectes en chef des monuments historiques

Le 30 mars 1887 est votée la première loi sur la protection des monuments historiques. Elle assure un cadre général aux interventions de l’État. Bien que son champ d’application soit limité, elle n’en marque pas moins la volonté du législateur d’intervenir directement dans le débat sur la conservation du patrimoine.

Cette loi met en place également le corps des architectes en chef des monuments historiques. D’un nombre réduit, ces architectes ont une compétence reconnue pour la restauration des monuments historiques. Héritage de cette époque, leur statut est assez particulier, puisque ce sont des architectes privés rémunérés au pourcentage des travaux réalisés, tout en bénéficiant de compétences propres aux fonctionnaires.

• 1913 – Loi de protection des monuments historiques

Dans la nuit du réveillon de nouvel an, le 31 décembre, les députés ont adopté une nouvelle loi de protection des monuments historiques, qui met en place les grandes lignes du régime actuel. Se substituant à la loi de 1887, elle fixe des limites au droit de propriété pour cause d’intérêt public, et cela d’une manière très forte, puisque l’État peut se substituer au propriétaire d’un monument historique classé et procéder d’office à des travaux de restauration. Cela explique en partie que ce texte, plusieurs fois remanié et complété, n’a jamais été remis en chantier. Sous le même vocable de monument historique sont rassemblés le monument au sens strict et l’objet mobilier.

 

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