Serres d’Auteuil

Le nouveau Roland-Garros empiètera sur les Serres d’Auteuil

Après des mois de concertation, le projet d’extension du stade Roland-Garros a été voté en février dernier par la Fédération Française de Tennis (FFT). Malgré quelques concessions, le nouveau plan impactera bien les Serres d’Auteuil.

Plan du projet d'extension de Roland Garros (© www.concertation-rolandgarros.fr)

Haut lieu du tennis international, Roland-Garros se prépare à vivre une profonde métamorphose sous l’impulsion de la Fédération Française de Tennis (FFT) en lien avec la mairie de Paris, propriétaire du site. Un premier projet d’extension a été présenté le 13 février 2011 soulevant immédiatement une levée de boucliers dans les milieux associatifs. Les défenseurs du patrimoine se sont notamment émus d’une emprise inquiétante sur le jardin des Serres d’Auteuil. Sans parler des riverains attentifs aux problématiques des transports ou à la confiscation d’équipements sportifs régulièrement fréquentés par les scolaires. Toutes ces protestations ont débouché sur une très officielle procédure de concertation qui a pris fin le 27 janvier dernier. Cette étape a permis de donner un cadre officiel aux débats et de faire évoluer le projet initial. Aujourd’hui, le plan définitif est signé par la ville et la Fédération.

Que prévoit-il vraiment ? Et quelles sont ses conséquences en termes de patrimoine ?

Par rapport à la structure actuelle, le changement principal sera l’extension du stade qui se déploiera sur une surface augmentée de 60% les jours de tournoi. Il faut dire que la FFT se plaignait d’une configuration trop étroite ne permettant pas d’accueillir les joueurs et les quelques 450 000 spectateurs du championnat dans de bonnes conditions. Elle rêvait également d’un court central couvert pour rendre la compétition indépendante des aléas climatiques. C’est donc pour répondre à ces défaillances que la Fédération a conçu et défendu un plan ambitieux de modernisation. Il comprend la construction de nouveaux courts, l’érection d’un centre d’entraînement dernier cri, une meilleure gestion des flux de visiteurs avec des espaces verts dédiés à la promenade… Un projet qui se veut novateur, soucieux d’écologie et respectueux de l’histoire du lieu.

Les Serres d'Auteuil (© Amélie Dupont / Office de Tourisme de Paris)

Le hic, c’est que cet agrandissement empiète sur le jardin des Serres d’Auteuil. Un site exceptionnel dont les constructions de verre et de métal conçues par Jean-Camille Formigé répondent aux canons de l’architecture de la fin du XIXe siècle en pleine vogue des jardins d’hiver. Les bâtiments les plus remarquables bénéficient d’une protection au titre des Monuments historiques. Mais, en réalité, tout le sol de ce jardin ouvert en 1898 et jouant des irrégularités d’un terrain accidenté pour créer des effets de perspective est inscrit à l’inventaire supplémentaire. Pourtant, le nouveau Roland-Garros va mordre sur ce paysage en y implantant un nouveau stade de 4500 places. Cette construction de taille implique la destruction de dix serres chaudes non classées, celle de bâtiments techniques flambant neuf ainsi que l’abattage de 25 arbres. Elle porte atteinte à l’intégrité du lieu déjà amputé d’un tiers de sa surface avec la construction de l’échangeur d’Auteuil en 1968.

Au-delà de ses qualités esthétiques, le jardin des Serres présente un intérêt scientifique incontestable. Il abrite un important conservatoire de quelques 6000 végétaux regroupés en collections thématiques ou systématiques. Des spécimens aussi rares que fragiles. Palmiers, bégonias, orchidées, fougères, cactus ou ficus profitent des soins de professionnels ainsi que des techniques les plus modernes en termes d’aération ou de brumisation. La ville de Paris avait d’ailleurs récemment confirmé la vocation botanique et pédagogique du lieu en rénovant les bâtiments usuels et en ouvrant les serres au public. Avec la destruction des serres chaudes, il va falloir disperser une partie des collections. Des déménagements qui peuvent fragiliser les végétaux et provoquer des pertes. Pour les plantes qui restent sur place, la très forte fréquentation du site durant le championnat constitue également une menace.

Les Serres d'Auteuil (© Félix Potuit)

Le 1er décembre 2011, les membres du comité scientifique international pour les paysages culturels de l’ICOMOS ont visité le jardin botanique d’Auteuil afin d’évaluer l’impact des ambitions de la FFT. La conclusion est sans appel : « Le projet ignore les qualités du jardin et en fait un décor pour des manifestations sportives ». Et de trancher en appelant la mairie de Paris et la Fédération Française de Tennis à abandonner le projet d’extension de Roland-Garros sur le jardin botanique des Serre d’Auteuil. Les experts suggèrent d’étudier une alternative : la couverture de la bretelle de l’autoroute A13 et la mise en place du complexe à cet endroit. Mais cette solution n’a pas été retenue, pour des raisons budgétaires affirme la FFT.

Après des mois de concertation, à laquelle le président des VMF a participé en tant que représentant du G8 du Patrimoine, le volet patrimonial semble quasiment ignoré dans le projet voté. Fondamentalement, rien n’a changé. Le garant a d’ailleurs jugé les deux parties irréconciliables sur ce sujet. Le nouveau stade sera effectivement construit dans le jardin des Serres. Seule concession : la partie centrale sera fermée au public durant la durée du tournoi. Pour se défendre, la Fédération met en avant l’intégration du nouveau bâtiment dans son environnement. Il sera semi-enterré et entouré de serres. « Camouflage ! » rétorquent les opposants qui rappellent que l’édifice s’élèvera tout de même à près de huit mètres du sol. L’ICOMOS parle d’un « cache-misère décoratif » inadapté à l’accueil de plantes rares. Le lieu se trouve donc profondément transformé dans son paysage et dans sa fonction botanique et pédagogique. Il devient un écrin servant de faire-valoir. La bataille juridique des recours ne fait que commencer.

 Priscille de Lassus