Voyage dans la Sarthe

Le 20 mai 2014

Délégation de la Manche (50)

Voyage dans la Sarthe du  20 au 22 mai 2014

(Toutes les photographies sont de Hervé des Abbayes)

     Notre périple de trois jours commence en plein bocage sarthois, à 15k à l’ouest du Mans, au château d’Eporcé, une élégante demeure du dernier quart du XVIIe siècle situé  au cœur d’un joli parc. Les façades, toitures, pièces principales du rez-de-chaussée avec leurs décors, la chapelle, la fuie et les douves sont inscrites aux Monuments historiques. Rémy de Scitivaux nous accueille pour un délicieux déjeuner  dans l’agréable orangerie, récemment restaurée. (photo château d’Eporcé)

 

     Ensuite, nous nous rendons au château de La Renaudière chez Pierre et Gertrude de Mascureau, délégué VMF de la Sarthe, qui nous réservent un très chaleureux accueil. C’est grâce à eux que nous avons pu réaliser ce programme si riche et varié. Pierre nous raconte l’histoire des lieux : en 1540, Louis d’Orvault et sa femme Jehanne de Villebresme reconstruisent le vieux manoir du XIVe, constitué d’un logis double de deux étages carrés sur cave voutée, construit à flanc de coteau, au-dessus du cours de la Gée. Un massif pavillon, en forme de donjon, est ajouté à l’est, la façade postérieure est flanquée d’une tour carrée abritant un escalier  de pierre à noyau auquel on accède par un couloir central distribuant symétriquement les salles. L’ensemble passe à la famille Rivault en 1699 ; c’est Yorick Rivault qui, de 1830 à 1842, confie à l’architecte Pierre Félix Delarue une campagne de remaniements de style « troubadour ». Nous terminons la visite dans la ravissante chapelle romane…du XIXe !(photos château de La Renaudière)

 

     Malgré un début de visite pluvieux, nous nous imprégnons pleinement de la poésie et beauté des Jardins de Mirail, chez Thibault et Nathalie de Reimpré qui ont l’immense gentillesse de guider nos pas. Le Mirail a été construit en 1520 par Catherine de Coëmes, abbesse de l’abbaye St Julien-du-Pré, avec vraisemblablement, les premiers jardins dont il ne reste que quelques soubassements oubliés… Accroché à flanc de coteau, le logis disposé en L, est recouvert d’amples toits en bâtière ; la distribution verticale est assurée par une tour d’escalier  polygonale dressée dans l’angle. Une tourelle en encorbellement, s’appuyant sur une trompe plate, lui aussi en encorbellement souligné par un simulacre de mâchicoulis. Si l’ensemble des ouvertures présente une modénature typique du XVIe, l’organisation du logis reste  résolument médiévale. En 1987 les Reimpré, nouveaux propriétaires, décident de donner une vie nouvelle aux jardins (label Jardin Remarquable) qui aujourd’hui ont atteint toute leur plénitude. Ce jardin contemporain est structuré autour d’un axe aboutissant à une gloriette. Le dénivelé est traité en gradins et abrite de nombreuses petites chambres de verdure protégeant de jolis « mixed borders ». De rosiers anciens agrémentent le site, ainsi que quelques arbres remarquables.

 (photo Jardins de Mirail)

 

    L’après-midi se termine chez Marc et Marie-José Forissier, venus spécialement pour nous accueillir au château de Villaines(MH). Sur le site d’une place forte fondée à la fin du XIIIe siècle, le château actuel a été édifié au cours de la première moitié du XVIIe. La famille Gaignon, après six siècles, le céda au Marquis d’Aux. Marie-José et Marc Forissier nous racontent avec talent l’histoire de cette belle demeure admirablement restaurée grâce à leurs soins ainsi que la réalisation des jardins débutée en 1997. Ils se consacrent alors  à la  préservation des  grands principes du classicisme et à restituer l’esprit français du verger et du potager (label Jardin Remarquable). Ce dernier, organisé selon un axe nord-sud, en quatre parcelles symétriques bordées de buis et d’arbustes d’alignement accorde une place de choix aux plantations « utiles » avec une exigence esthétique. Le résultat est superbe ! Nous tenons à exprimer toute notre gratitude pour leur accueil si généreux. (photo château de Villaines)

 

     Notre deuxième journée débute au château de Touvoie où Charles et Antoinette de Tarragon nous réservent un très sympathique accueil. Le château actuel est une grande maison longue  du XVIIIème siècle, avec une façade symétrique à l’est et à l’ouest, un étage et des combles éclairés par des mansardes. Nous y pénétrons par une belle allée de platanes,  fermée d’une grille. L’allée enjambe par un pont  le fossé qui entourait l’ancienne forteresse datant du XIIIème siècle  dont il reste quelques éléments qui méritent une étude approfondie. Le château a toujours appartenu aux évêques du Mans jusqu’à la Révolution. C’est en 1783 que le dernier évêque d’Ancien Régime construisit la maison  pour ses séjours d’agrément. Le domaine fut vendu comme bien national et cinq familles s’y succédèrent jusqu’à ce jour.  (photo château de Touvoie)

 

 

    Nous nous dirigeons ensuite vers l’est où nous avons l’immense privilège d’être accueillis par le Sénateur de la Sarthe, Marcel-Pierre Cléach  et son épouse au château de Lauresse. A l’origine, ce site féodal remonte au XIe siècle ; en 1190 le sire de Lauresse fait partie de la troisième croisade en Terre-Sainte…C’est à Pierre II de Montmorency, mort en 1668 qu’il faut attribuer la construction du château actuel ou peut-être à Marguerite de Gennes qui aurait commandité  l’architecte Garangeau vers 1698. Le château change de mains à de nombreuses reprises et fût le lieu de sanglants combats en 1871. Dans les années 1960, le comte d’Hebray de Pouzals restaura le château et parc ; aujourd’hui et depuis 1987 Monsieur le Sénateur et Madame Cléach passionnés par cette belle demeure et son histoire, continuent à restaurer et entretenir avec amour Lauresse et son environnement. (photo château de Lauresse)

     La matinée se termine au château de Chéronne (IMH) où nous sommes très aimablement accueillis par Alix Dumielle, propriétaire. Le château date pour sa partie la plus ancienne, l’aile ouest, du XVIe siècle, avec un logis-porte du XIV- XVe, première résidence des seigneurs de Chéronne et admirablement restaurée. Remanié une première fois au XVIIe, puis au XIXe siècle, la façade Est fût rhabillée dans le style néo-gothique alors en vogue par la famille Chavagnac. Reçu en héritage, Chéronne, situé dans une vallée partiellement inondée, est restauré et entretenu avec acharnement par Alix et Jean-Christophe Dumielle et leurs deux fils. Nous déjeunons sur place dans un cadre idyllique, qui sert de lieu de réception pour les mariages et grands évènements. (photo château de Chéronne)

 

     Ensuite, cap vers le nord du département au Logis de Moullins… Philippe et Kathryn Favre racontent avec passion et érudition leurs travaux et découvertes débutés il y a 31 ans….Le logis abbatial de Moullins est une ancienne résidence des abbés de la Couture, construit sur les restes d’un prieuré du Xe siècle détruit par les guerres anglaises. L’ensemble des bâtiments comprennent le logis (présentant un corps principal cantonné de deux tours carrées avec une aile en retour accolée d’une tour d’escalier polygonale dans l’angle), sa chapelle dédiée à Ste Catherine et les restes d’un colombier,  construits vers 1515, ainsi qu’une immense salle d’apparat à nef et bas-côtés construite vers 1300. Les propriétaires, soutenus par de nombreux bénévoles de l’association des « Amis du domaine médiéval de Moullins », œuvrent à la restauration  des lieux en l’état d’origine. Leur très sympathique accueil nous incite à revenir pour approfondir notre découverte. (photo Logis de Moullins)

 

    A quelques kilomètres au sud, l’ancien prieuré de Mayanne (XIe au XVe siècle) à Danguel, classé MH est situé au cœur de l’antique pays du Saosnois. Cette ancienne Châtellenie bénédictine a conservé outre sa chapelle romane un rare manoir-halle médiéval (1450) dont la lourde toiture, non portée par les murs gouttereaux, est soutenue par une série de douze poteaux, divisant l’espace intérieur en une nef flanquée d’ailes latérales. Un ancien four banal, une grande salle de justice (XIIe), en photo, et un dortoir (fin XVe) complètent ce remarquable ensemble médiéval, restauré avec passion et talent depuis plus de trente ans. Les propriétaires, Jürgen et Ghislaine Klötgen organisent de nombreux évènements culturels dont un festival de musique en été. Nous les remercions très vivement de leur si chaleureux accueil et d’avoir partagé leur savoir et leur amour de ce haut lieu spirituel! (photo Prieuré de Mayanne)

    

 

     Au retour vers le Mans, nous nous arrêtons pour visiter les ravissants jardins du Donjon de Ballon, crées dans les années 1960 par Jean Guéroult, qui a en particulier dessiné le Jardin Clos médiéval. Il a été assisté par le talentueux Alain Richert dans les années 1980 pour le choix des collections botaniques. Les enfants de Jean Guéroult continuent son œuvre remarquable, c’est un enchantement ! (photo Jardin de Ballon)

 

        Notre dernière journée commence au château de Verdelles.  Construit dans une vallée, tout près des eaux de la Vègre qui devaient alimenter des fossés aujourd’hui comblés, un premier logis attesté au XIIe s. appartient à la famille Lenfant. En 1436, il échoit à Jehan Leclerc, seigneur de Juigné ; son fils Nicolas entreprend de relever le manoir et projette une véritable forteresse dont son suzerain, Hardouin de Maillé, fait arrêter la construction craignant pour l’intégrité de sa Seigneurie. Vers 1494, il livre une ébauche de la première Renaissance française, adaptant une structure d’inspiration militaire (un donjon de trois niveaux couvert en bâtière, flanqué de quatre tours plus hautes…) aux exigences d’un séjour confortable, généreusement ouvert et pourvu d’un luxueux décor exploitant tout le langage du gothique flamboyant. L’intérieur est doté de cheminées monumentales magnifiquement traitées. Le propriétaire, Jean-René Beauvais, raconte comment il a repris le flambeau et restauré cet étonnant et superbe édifice, autrefois terrain de jeux qui faisait rêver les enfants des alentours ; nous lui en sommes très reconnaissants.(photo château de Verdelles).

    A quelques kilomètres de là, nous empruntons une longue avenue avant de découvrir l’élégant château de Dobert. Un manoir du XVe s. à l’origine, transformé en belle demeure du XVIIIe s., est agrémentée par Alexandrine de Bastard d’Estang au XIXe. Cette propriété est dans la même famille depuis plus de cinq siècles. Le château est implanté sur un terre-plein quadrangulaire isolé par des douves alimentées par la Vègre. Deux corps de dépendances édifiés au XIX encadrent l’entrée.  L’intérieur du château, rempli de souvenirs, portraits et meubles de famille, a conservé tout son cachet. Nous sommes ravis de l’accueil si chaleureux de la comtesse du Peyroux qui nous transmet toute sa passion pour ce domaine si sympathique et riant qu’elle restaure avec tant d’énergie et acharnement. (photo château de Dobert)

 

     Pour terminer notre délicieux séjour dans la Sarthe (après un délicieux déjeuner au Restaurant La Ciboulette), nous avons l’honneur d’être accueillis au cœur du Vieux Mans par Françoise Chaserant, conservateur en chef du Patrimoine. Elle est également la directrice honoraire des musées du Mans et à ce titre elle avait créé en juin 2009 le Carré Plantagenêt, musée d’archéologie et d’histoire, et membre du bureau des VMF Sarthe depuis de nombreuses années. Connaissant Le Vieux Mans dans le moindre détail, Françoise Chaserant  nous fait visiter la cité Plantagenêt en partageant son savoir et son enthousiasme ; ceinte d’une muraille romaine datant de la fin du IIIème siècle, la vieille ville forme sur 9 ha,  un ensemble homogène s’inscrivant depuis 1974 dans le cadre d’un secteur sauvegardé. La cathédrale, la centaine de maisons à colombages, les demeures Renaissance nous transportent dans l’histoire. Nous avons la chance de pouvoir visiter l’intérieur d’un bel hôtel particulier de la Grande Rue, sauvé de la ruine par Jean-Paul Couasnon.(Photo Le Vieux Mans)

    

     En final, la cathédrale Saint Julien du Mans…Un premier sanctuaire date du XIe siècle avec le transept et la nef reconstruits au siècle suivant. Vers 1235,  une première compagne de travaux se termine: la muraille est détruite et les chapelles sont terminées. Une seconde compagne dite« la campagne normande »  débuta alors, se terminant vers 1245 : les déambulatoires sont achevés et les culées des arcs-boutants du chœur sont implantées entre les chapelles. C’est grâce à l’évêque Geoffroy de Loudon que ces derniers travaux de très haute qualité, avec des formes neuves et une architecture grandiose, ont été réalisés avec le concours du « Maitre de Coutances » .Ce dernier prévoyait de reproduire la cathédrale de Coutances à plus grande échelle…A celui-ci succède le Maître de Bayeux : on constate, en effet, que de nombreux éléments décoratifs sont identiques à ce que l’on peut voir à la cathédrale de Bayeux.

     En 1254, s’achève la troisième campagne : le nouveau sanctuaire et chœur sont terminés, la construction s’adosse provisoirement contre la tour centrale de l’ancien édifice. Un changement radical de formes indique la provenance d’une nouvelle équipe de constructeurs arrivant de Paris vers 1250. On peut attribuer cette dernière phase, également de grande qualité, à l’architecte Jean de Chelles, un des architectes de Notre –Dame (confirmé par l’analyse des fenêtres et des arcs-boutants de l’abside.). En 1254, le nouveau sanctuaire et son chœur sont inaugurés par la réinstallation du corps de St Julien le 20 avril…A remarquer : Les vitraux du Mans sont d’incomparables chefs-d’œuvre de l’esprit, réclamant de solides connaissances en théologie médiévale pour les appréhender…Toute la cathédrale était peinte : la voûte de la chapelle de la Vierge, décorée de quarante sept anges musiciens entre 1370 et 1385 est une merveille ; disparue sous un badigeon en 1767, elle fut redécouverte en 1842 par l’architecte Delarue (qui avait œuvré  au château de La Renaudière…) et restaurée en 1994-5.

(photos la cathédrale du Mans)

     Mille mercis à Pierre de Mascureau et son épouse Gertrude, à Françoise Chaserant, et à tous les propriétaires si accueillants de la Sarthe qui nous ont permis de vivre ce moment inoubliable !

 

Bibliographie :

Répertoire des Manoirs de la Sarthe de N. Chaudun, J.-L. Durand et G. de Galard des Editions Nicolas Chaudun.2013.

La Cathédrale du Mans de Michel Bouttier, Editions de la Reinette.2000.

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