Sortie artisanale et technique

Le 20 avril 2013

Cette journée consacrée par notre déléguée, Laurence de Livois, au thème « métiers d’art et d’artisanat », est l’occasion de les découvrir, grâce à la présentation didactique et passionnée de leurs auteurs artistes. C’est  ainsi que la journée commence chez Mr et Mme Alibert, à  La Chevalerie, près de Saint-Branchs. Marc Alibert, Architecte des Bâtiments de France, retrace l’histoire de la menuiserie, de l’huisserie et des vantaux (espagnolettes, clés…)  ainsi que de la verrerie des fenêtres, depuis le Moyen-Age jusqu’au XVIIIe siècle, en s’appuyant sur des diapositives représentant de nombreuses planches qu’il a aquarellées et permettant ainsi de comprendre l’évolution de ces ouvertures au cours des siècles. Mr. Jacky Chaboisson, artisan menuisier de Preuilly/Claise, ayant travaillé pour les monuments historiques, montre la complexité du travail de menuiserie, grâce à la reconstitution, grandeur nature, de fenêtres et de volets avec leurs huisseries. Ces références s’avèrent très utiles pour la rénovation de persiennes de propriétaires de demeures anciennes ! Marc Alibert relate ensuite l’histoire de l’aquarelle et de son apogée au XVIIIe siècle en Angleterre. Il en explique les techniques en dessinant « in situ » (la plume d’oie est inégalable) et en aquarellant un paysage devant un auditoire très attentif et admiratif… Une exposition d’aquarelles et d’ouvrages aquarellés illustre sur place les talents de l’artiste.

Un sympathique déjeuner réunit ensuite les 80 membres de cette journée à Saint-Branchs, avant de se diriger vers le château du Louroux où M. Arnaud de Saint-Jouan, architecte en chef des Monuments Historiques, qui en a dirigé les travaux de restauration, nous présente l’ensemble des nombreux bâtiments. Mme X, du Conseil (municipal ou régional) de Louroux ? qui s’est beaucoup impliquée dans la sauvegarde de ce patrimoine, explique comment des fonds ont pu être rassemblés pour s’attaquer aux immenses travaux de restauration. L’histoire de Louroux, dont les origines remontent au XIIe siècle, se confond avec son prieuré, devenu châtellenie qui avait droit de justice et appartenait à l’abbaye de Marmoutier. Des protections sont renforcées pendant la guerre de Cent Ans (tours, poternes, pont-levis, fossés et remparts). A la fin du XVIIIe siècle, la châtellenie passe sous la dépendance de l’archevêché de Tours. Les principales constructions du château, qui se trouvent au milieu du village, s’ordonnent autour d’une cour carrée bordée à l’ouest par un grand bâtiment du XVe siècle : un escalier en spirale permet d’accéder aux deux étages où se trouvent, au 1er, le dortoir des moines et, au-dessus, un grenier dont les charpentes sont d’origine. A l’est, se trouve un magnifique pigeonnier. L’église Saint-Sulpice, d’un style roman sobre, s’élève dans la cour, où l’on peut admirer à l’intérieur, un Christ, de grandeur nature, en bois polychrome, datant du XVIIIe siècle.

Puis, la journée se poursuit vers le Lochois, à la Chaumery à Mouzay, propriété de Mr et de Mme de Varine. Hubert de Varine, qui a participé à la construction de décors de films dont ceux de Rohmer (Perceval Le Gallois, la marquise d’O, l’Anglaise et le Duc…), de Tavernier (Coup de torchon…) de Lozey (Don Giovanni…), fait un exposé passionnant sur les décors de cinéma ou « Comment l’artisanat se met au service de l’éphémère ». En effet, le simple spectateur de films ne peut se douter de la complexité d’un montage de décor, qui englobe (sans compter les historiens et architectes décorateurs lors de reconstitutions historiques), une multitude de savoirs faire : menuisiers, électriciens, couturiers, peintres, dessinateurs, sculpteurs, paysagistes, musiciens, cascadeurs, etc…. Hubert de Varine montre des exemples de planches de décors, qu’il a dessinées. Ces décors, qui sont amenés à être reconstitués grandeur nature, impressionnent par la multitude de détails auxquels il faut penser. Comme il le rappelle, ces décors sont à long terme condamnés à disparaître. Il souligne que les fêtes de la Cour, les événements royaux, qui étaient publiques (naissances, mariages avec feux d’artifice, couronnements, funérailles…), avaient comme support, la plupart du temps, du papier mâché pour reconstituer grandeur nature, des arcs de triomphe, balustrades, vases, etc… Au XVIIIe siècle, Cochin, graveur de fêtes, et lié aux frères Slodtz, décorateurs des Menus Plaisirs, grave ces décors pour les beaux livres de fêtes qui en garderont le souvenir. Aujourd’hui, comme hier, tout reste éphémère, et les films garderont comme les livres, le souvenir de ces décors, qui sont toujours le fruit d’un travail enrichissant et d’une importante collaboration. La journée se termine par une collation dans une ambiance très chaleureuse.

Antoinette Davonneau

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