Châteaux cachés des marais du Cotentin

Le 21 mai 2015

Manoir de Garnetot

Manoir de Garnetot

Château Sainte Suzanne

Château Sainte Suzanne

Château de Granval

Château de Granval

Château de Flottemanville
Château de Flottemanville

 

Château de Plain-Marais

Château de Plain-Marais

Château de Sainte Suzanne

Château de Sainte Suzanne

Châteaux des marais du Cotentin le jeudi 21 mai 2015

     Une participation « record » pour notre promenade du mois de mai ! Nous avons eu l’honneur et le grand plaisir d’être accompagnés par notre Secrétaire Générale Hélène Remise. Notre première étape : visite de l’extérieur du château de Sainte Suzanne.

     A l’origine, le fief de Sainte Suzanne appartenait à l’abbaye de Blanchelande. Depuis 1647, le domaine est demeuré dans la même famille, les patronymes ayant changé au gré des alliances. Un parc majestueux, avec trois avenues convergeant vers un élégant château XVIIIe en briques et de beaux communs de la fin du XVI, début XVII, constituent un domaine remarquable. Le bâtiment principal a été édifié pour François-Bonaventure-Corentin de Mauconvenant, Comte de Sainte Suzanne entre 1780 et 1783. Il fut construit avec 220 000 briques cuites sur place ; l’ancien manoir fût démoli et tous les matériaux furent remployés (portes, pierres de taille…) Son allure est à la fois sévère et riante : sévère par la symétrie de ses lignes, caractéristique du style Louis XVI, riante par le jeu de coloris de ses matériaux » (Rémy Villand). Les communs du nord renferment une ancienne boulangerie avec une cheminée monumentale, une buanderie et une écurie. Dans les communs du sud une vaste pièce servait à fabriquer du cidre. En 1997 le château fut transmis à Laurence de Tréglodé née Hautecloque qui a eu l’immense amabilité d’accueillir notre délégation.

 

     En traversant les Marais du Cotentin vers le nord est, nous sommes arrivés au château de Plain-Marais à Beuzeville-la-Bastille.

     Implanté sur une colline dominant une vaste étendue de marais, Plain-Marais réunit toutes les caractéristiques d’une place forte ; il est enfermé dans un vaste quadrilatère bordé de douves larges et profondes, peut-être d’origine romaine, revêtues de pierres de taille. Aux angles, en défense des lieux, les quatre carrés présentent des échauguettes en encorbellement. On entre dans la cour d’honneur par un pont fixe qui remplace le pont-levis d’origine ; des balustrades ont remplacé les murs de défense. Autrefois, un jardin à l’italienne entourait les bâtiments dont il reste encore des traces. L’habitation, au milieu, remaniée au fil du temps, s’élève sur une cave voutée, vraisemblablement du XIVe ; les deux tourelles polygonales très engagées situées aux extrémités dateraient du XVe ou XVIe s. La façade arrière comporte, comme la façade avant,  un même fronton semi-circulaire décorant le centre.

     Robert, comte de Mortain, est le premier seigneur de Beuzeville que nous connaissons. L’un des premiers actes signalant l’existence du château de Plain-Marais est le registre des fiefs dressé sous Philippe-Auguste. Lors de la guerre de Cent ans, en 1373, Jean de Vienne, avant que d’assiéger le château de Saint-Sauveur, s’empara de la bastille de Beuzeville. Apres la prise de Saint-Sauveur, survenue en 1375, Plain-Marais eut une garnison permanente. L’occupation anglaise de la Normandie, en 1419, occupation qui devait aboutir au désastreux traité de Troyes en mai 1420, vit de nouveau Plain-Marais redevenir anglais, et ce n’est qu’en 1449 que cette propriété leur fut reprise, il la suite d’un nouveau siège. C’est probablement vers le milieu du xv° siècle que le château passa entre les mains des Simon, devenus plus tard Saint-Simon.  Le fief resta dans la famille de Saint-Simon et de sa postérité en ligne féminine, et ceci jusqu’au XIX° siècle ; acquis en 1897 par Adelise Pauline d’Aigneaux, fille du marquis Guillaume Paul, il est actuellement la propriété de ses descendants. Pendant la dernière guerre, la maison eut il souffrir des déprédations, qui furent le fait des occupants, et des dommages par les bombardements car les combats s’étendirent aux marais et aux ponts de la Douve : au cours de ceux-ci, le mobilier disparut en grande partie ainsi, malheureusement, que la majorité des pièces du Chartrier. La délégation manchoise a eu la chance d’être accueillis par trois générations de la famille d’Aigneaux !

     L’ancienne salle des gardes, récemment restaurée, a servi de cadre superbe pour notre déjeuner. Elle sera bientôt proposée pour la location événementielle.

     L’après-midi a débuté au Manoir de Garnetot à Rauville-la-Place dont les portes nous ont été ouvertes par le Marquis de Rose. C’est Julien Deshayes, animateur du Patrimoine du Pays d’art et d’histoire du Clos du Cotentin, qui nous a guidé et partagé son immense savoir et connaissances de la région.

     Garnetot était jadis entouré de douves dont on peut encore retrouver quelques traces et fut une place défensive importante. Plusieurs bâtiments sont du XVe siècle et toute la partie principale a été repercée de fenêtres à meneaux chanfreinés au XVI ou début XVIIe s. Le donjon, élevé, offre à sa terrasse supérieure une vue magnifique sur les marais. On entre dans la cour par une double porte charretière ; sur sa gauche un reste de maçonnerie semble indiquer que la cour était autrefois fermée par un mur haut. Tout à fait à droite un gros pavillon XVIe de plan carré s’arc-boute à de minces contreforts, en retour, un petit bâtiment orné d’une tour de faible hauteur sert de communs. A l’extrême gauche et sur la façade arrière, un autre pavillon du XVIe, des contreforts massifs et deux tours arasées ne dépassent pas le larmier des toitures…. Lorsque l’amiral Jean de Vienne vint mettre le siège devant Saint Sauveur-le-Vicomte en 1375 il concentra son artillerie à Garnetot…Resté dans la famille de Gramont jusqu’en 1851, il passa ensuite, après vente au neveu de l’évêque Bécherel, à la famille Tavernier et enfin à la famille Tricornot de Rose.

     Quittant les Marais, nous remontons vers le bocage pour une visite du château de Flottemanville, qualifié d’un des plus ravissants du département. A gauche, une tour octogonale occupe l’angle intérieur d’une construction en « L ». Ses arrêtes festonnées, la porte surmontée d’une triple accolade et les fenêtres à meneaux de l’aile, témoignages du gothique flamboyant, côtoient un escalier à double révolution menant au perron coiffé d’une loggia à colonnes, deux lucarnes en arrondi (bâtiment principal) et un cadran d’horloge (tour d’angle) circonscrit dans un décor de colonnettes plates, caractéristiques de l’essor architectural de la Renaissance en Cotentin (milieu XVIe). A l’arrière, la tour massive à échauguette reste le témoignage de l’utilité défensive du château.

     En 1549, Pierre de la Roque est seigneur de Flottemanville ; on lui attribue la construction de ce château qui appartient actuellement à M et Mme Lucas, à qui nous exprimons toute notre gratitude pour leur aimable accueil.

     Nous avons terminé notre périple au château de Granval à Neuville au Plain.  Situé au fond d’une cour d’honneur que bordent deux bâtiments de communs, il présente une façade aux lignes simples mais très harmonieuses. Construit au deuxième quart du XVIIIe siècle à l’emplacement d’un vieux manoir, le château de Neuville a pris le nom de Granval au XIXe siècle lorsqu’il échut en héritage à Michel Bauquet de Granval, propriétaire de l’Hôtel Grandval-Caligny à Valognes. Le fief de Neuville appartenait à la fin du XVIe s. à la famille Fontaines, puis aux familles Andrey, Leclerc de Juigné, Bernard d’Aubigny, et Hue de Caligny… Le château est caractéristique de nombreux édifices des environs datant de cette période, comme  le couvent des Augustines à Carentan (actuel Hôtel de Ville) avec la présence de trois avant-corps, un bandeau qui sépare le rez-de-chaussée de l’étage, des fenêtres à linteau incurvé et les refends horizontaux qui ornent les angles des avant-corps. Les combles sont éclairés par quatre œil-de-bœuf, placés de part et d’autre du fronton triangulaire qui surmonte l’avant-corps central ; la façade postérieure est à peu près identique, très soignée, comme le sont les communs.

     Un petit goûter avant de nous disperser à l’ombre du jardin était bien apprécié ! Nous sommes très reconnaissants à la famille Duchemin, propriétaire depuis des générations, de son aimable accueil.

     Nous n’avons découvert qu’une fraction des belles demeures des Marais du Cotentin, et reviendrons sûrement.

 

 

 

 

 

 

 

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