Les arbres de bord de routes, un riche patrimoine paysager appelé à disparaître ?

Des associations de protection de l’environnement et du patrimoine main dans la main pour exprimer leurs vives craintes suite aux nouvelles mesures de sécurité routière présentées par l’État. les arbres de bord de route paraissent menacés dans le cadre du traitement des problèmes afférents aux dangers latéraux des voies de circulation.

 

A la suite des mauvais chiffres de la sécurité routière en 2014, le Ministère de l’Intérieur a présenté, le 26 janvier dernier, un plan d’action dont la mesure n°26 prévoit le traitement des obstacles latéraux sur les routes départementales. Étant donné que la plupart des arbres sont situés, en France, en bord de route, et plus précisément à moins de quatre mètres de la chaussée (c’est le cas de 91 % d’entre eux dans le Haut-Rhin par exemple), il importe de s’inquiéter de l’avenir de ce patrimoine culturel important. Il ne fait, rappelons-le, l’objet d’aucune protection en France, au contraire de ce qui se pratique dans d’autres pays. A ce propos, il est intéressant de se souvenir de ce que le Président Georges Pompidou écrivait en 1970 dans une lettre restée célèbre : « La sauvegarde des arbres plantés au bord des routes (…) est essentielle pour la beauté de notre pays, pour la protection de la nature, pour la sauvegarde d’un milieu humain (…) La vie moderne dans son cadre de béton, de bitume et de néon créera de plus en plus chez nous un besoin d’évasion , de nature et de beauté. L’autoroute sera utilisée pour les transports qui n’ont d’autre objet que la rapidité. La route, elle, doit redevenir pour l’automobiliste de la fin du vingtième siècle ce qu’était le chemin pour le piéton ou le cavalier : un itinéraire que l’on emprunte sans se hâter, en profitant pour voir la France. Que l’on se garde de détruire systématiquement ce qui en fait la beauté ! »

D’un point de vue historique, la France tient, depuis le XVIe siècle, un rôle prépondérant en Europe en ce qui concerne l’alignement d’arbres en bord de route, fruit du savoir-faire de générations de grands jardiniers et d’ingénieurs au service de la renommée du pays. Le terme « allée » est, de nos jours, utilisé pour désigner ce type de voie dans la plupart des pays européens. Aujourd’hui, beaucoup d’arbres situés en bord des routes sont de grand intérêt et forment un patrimoine naturel et paysager de valeur qu’il convient de préserver.

Les associations réagissent !

Les arbres pourraient donc servir de cible idéale dans le traitement des obstacles latéraux étant donnée la volonté du Ministère d’agir rapidement après les mauvais chiffres de 2014. Une solution jugée inadaptée et non conforme par certaines associations de préservation de l’environnement comme Les Amis de la Terre France, La Société Française d’Arboriculture, France Nature Environnement pour n’en citer que quelques uns et du patrimoine bâti et paysager, notamment VMF, mais aussi, Maisons Paysanne de France, la Fédération Française du paysage, etc. dans des lettres adressées le 13 février 2015 à Monsieur le Président de la République, à Monsieur le Ministre de l’Intérieur, à Madame la Ministre de l’Écologie et à Madame la Ministre de la Culture.

Les associations invoquent notamment le fait que : « les arbres contribuent positivement à la sécurité routière en induisant une conduite apaisée et que le niveau de risque routier dans les territoires n’est pas lié à leur richesse en arbres d’alignement, même proches de la chaussée. L’augmentation du nombre de victime en 2014 est à cet égard instructive : elle s’est produite sans augmentation conjointe du nombre d’arbres présents à moins de 2 m ou 4m du bord de chaussée ».

Des voitures et des arbres

En définitive, le danger ne viendrait-il pas plus des automobilistes que des arbres ? Probablement, si l’on se penche sur les statistiques. En 2014, ce sont les piétons et les cyclistes qui ont payé le plus lourd tribut à l’augmentation de l’insécurité routière (+ 8% par rapport au + 3,7 % de hausse générale). Notons, pour conclure, que la préservation du patrimoine des arbres de bord de route, qui s’inscrit tout particulièrement dans le plan de « reconquête des paysages » lancé par Madame la Ministre de l’Écologie, a fait l’objet d’une attention particulière de la part de la Convention Européenne du Paysage dans la cadre d’un rapport sur les allées d’arbres liées aux infrastructures routières publié par le Conseil de l’Europe en 2012. Chantal Pradines, conseillère municipale et experte indépendante auprès de celui-ci pour le cabinet ALL(I)ÉE déclare à ce sujet : « il importe de les préserver en tant que patrimoine et d’agir plutôt sur les comportements, notamment en informant, limitant la vitesse et punissant les infractions : pas plus que la pluie, les arbres ne doivent être tenus responsables de la folie des hommes ! ».

Pour ceux ou celles qui voudraient agir, deux pétitions ont été lancées au niveau national pour la préservation des arbres de bord de route.

Pétition à destination de Bernard Cazeneuve et Ségolène Royal

Pétition à destination du Chef du service, adjoint au délégué interministériel à la sécurité routière et délégué à la sécurité et à la circulation routières

Liste des actualités



14 réflexions au sujet de « Les arbres de bord de routes, un riche patrimoine paysager appelé à disparaître ? »

  1. Le , Katherine Dusautoy a dit :

    Il faut arrêter de massacrer nos paysages! Les routes anciennes plantées ne sont pas des terrains de course automobile ni encore moins des couloirs de transport des marchandises! Nous pouvons rouler moins vite et à l’ombre ;)

  2. Le , BOIZOT a dit :

    Gardons et protégeons ces alignements d’arbres qui font le charme et la beauté de nombreuses routes françaises
    le danger vient bien des automobilistes et non de ces arbres

  3. Le , Kiger a dit :

    Commentaire *je propose de supprimer les voitures !!! C’est aussi intelligent !!!

  4. Le , Lyne Strouc a dit :

    Commentaire *
    Je suggère de joindre à la pétition le livre de Francis Hallé qui traite justement du sujet (chapitre 3), Du bon usage des arbres, plaidoyer à l’attention des élus et des énarques, éditions Actes Sud, « domaines du possible ».

    Et si j’osais…, je pense qu’il faudrait présenter des dossiers pour le classement de tous les arbres au patrimoine mondial de l’humanité et poursuivre les responsables de l’abattage imbécile et inconsidéré de ce patrimoine irremplaçable pour crime contre l’humanité.

  5. Le , Cognet françoise a dit :

    Commentaire *Moulins sur cette fameuse route nationale 7… mythique avec ses platanes royaux …il ne reste plus que qq vestiges au nord de notre belle ville d’art et d’histoire …que de souvenirs la tête au vent dans un beau cabriolet des années 50 ou en 404 Peugeot ou DS Citroën.. avec nos parents quand nous l’empruntions …et apprécions son ombrage dès que nous étions sous Valence Tain l’hermitage …Remoulins ect ..
    soyons nombreux à défendre cette « identité » naturelle arrêtons les massacres d’une administration incohérente et qui préfère un désert et des rails dits de sécurité qui tuent bcp plus que les arbres ….
    rebellons nous ….et pensons au présent ce que nous ferons pour les générations à venir …

  6. Le , Henri Teisserenc a dit :

    Commentaire *
    Georges Pompidou, l’amoureux de la « bagnole », comme il aimait à désigner familèrement la voiture, a tout dit et très bien sur ces longs itinéraires d’allées que sont nos routes secondaires. Que l’Etat se préoccupe d’abord des lieux routiers dont la dangerosité est prouvée par des litanies mortelles, au lieu de s’en dédouaner par des dérivatifs comme celui des arbres au long des routes! Il est scandaleux que l’Etat attende qu’il y ait de nombreux morts et blessés gravement atteints avant de s’occuper enfin de corriger, ou simplement d’entretenir de façon sérieuse et répétée, certains tronçons du réseau routier. Ne nous trompons de sujet! Ne prenons pas les Français pour plus sots ou plus chauffards qu’ils ne sont! Quand nos gouvernements passeront-ils en France un pacte de confiance avec son Peuple au lieu de n’entretenir que liens de défiance? La société française en serait plus apaisée et moins dressée contre toutes formes d’autorité. Qu’on lui laisse « ses » arbres!

  7. Le , Gérard de BOUTRAY a dit :

    Les arbres plantés au bord de nos routes sont, indiscutablement, un élément de l’esthétique de nos paysages et font partie de notre patrimoine ; mais ce arbres, plantés avant l’ère de l’automobile pour donner de l’ombre, en été, aux chevaux et aux voyageurs, ont maintenant quelques inconvénients : augmentation de la gravité d’un accident en cas de sortie de route d’un véhicule (sans être réellement à l’origine de la sortie de route), détérioration des chaussées par leurs racines et, en automne, les feuilles tombées sur la chaussée peuvent la rendre glissante par temps humide.
    Pour parler objectivement de la dangerosité de ces arbres, il faudrait, d’abord, établir une statistique objective pour déterminer la proportion des accidents mortels provoqués par les arbres dans le nombre total des accidents mortels sur les routes de France. Hors d’une telle étude, il n’y a guère que suppositions, ou souci de réduire le coût de l’entretien de ces routes.

  8. Le , Dr Catherine Sachot-Poncin, syndicat des Forestiers Privés de Vendée a dit :

    Commentaire * Cette mesure semble beaucoup plus urgente que le redressement des finances ou la fin des privilèges exorbitants de la fonction publique et du monde politique .
    Après la disparition des haies qui gênait l’expansionnisme du monde rural, l’arbre reste mal vu et est accusé de participer à trop d’accidents liés le plus souvent à la vitesse excessive . L’arbre, ce mal aimé qu’on recherche cependant pour le « bois-energie »

  9. Le , steph a dit :

    je propose également de combler tous les ruisseaux de notre pays pour éviter une nouvelle affaire Grégory; de couper tous les épicéas des massifs montagneux pour que les pilotes de F1 puissent skier tranquille; d’élever une barrière de 4 mètres de hauteur en bordure d’océan Atlantique pour éviter les noyades; de supprimer le feu pour éviter les brûlures au deuxième degré

  10. Le , guy a dit :

    Commentaire *
    Plus que jamais l’état met en cause l’automobile, cette bonne vache à lait !!!!
    Il faut écouter les avis éclairés des associassions et qu’il y ait concertation
    de toutes les parties en cause pour protéger, avertir, signaler le danger
    Si la dangerosité était mieux signalée il y aurait certainement moins de mort
    Chaque endroit est un cas particulier, arrêtons la généralisation sans concertation!!!!
    Conservons nos routes bordées de ce patrimoine que tout le monde nous envie

  11. Le , de saint pastou a dit :

    Commentaire *

  12. Le , FICHOT François a dit :

    Que dire alors des poteaux électriques , téléphoniques, de publicités, etc …plantés le long des routes ? Commentaire *

    • Le , FICHOT François a dit :

      Commentaire *
      Que dire alors des poteaux supportant les lignes électriques, téléphoniques,, les publicités, etc… le long des routes !

  13. Le , Naturlich' a dit :

    cessons les hypocrisies encore cette année des arbres vraiment remarquables ont étaient abattus par des services départementaux en bordure de Routes mais ne présentant aucuns dangers particuliers, comme cet unique et tout premier Araucaria du Chili planté en France et qui était multi-centenaire dans le Cotentin…et hélas les exemples se multiplie un peu partout comme en Région PACA ou ce fût un rare Araucaria de bidwill, des platanes…, abattus aussi en Région Guadeloupe vers Saint-Claude des alignements entiers de Flamboyants et de Palmiers royaux, de Bois-canons, de vieux Manguiers…, en 2007 un trés rare Baobab digitata sur la place de la mairie à Gosier ! par contre le bêton « vert » (thuyas-cyprès-bambous traçants-photynias-lauriers palmes) poussent partout tout comme les panneaux publicitaires dans ‘nos’ Paysages ruraux en bordures de Routes et d’étendues d’eau, en bordures de Voies anciennes, Murs de thuyas monospécifiques souvant accompagnés de dépôts sauvages ou volontaires d’ordures et de polluants en tout genres (bidons, pneux, tailles de conifères, cartons et cagettes, de dejections…), de matériaux agricoles s’entassant et hors d’usages…Murs de bêton ‘verts’ servant aussi, à se préserver de soit disant regards ou, des vues sur une Route afin s’approprier à eux seuls des vues uniques sur un Paysage naturel et culturel…!!! protéger les alignements de platanes centenaires et autres essences d’arbres remarquables oui !, mais laisser tout ces hauts Murs de cyprès-thuyas hautement allergisant, inertes, tout ces claustras fait de bois, de tolles, de bâches plastifiés et synthétiques, de matelas…parfois situés en zones inondables, sont des hérésies contre la Nature même et les Hommes, contre la préservation et la qualité de nos Cadres de Vie durables à tous, la préservation du mieux vivre-ensemble, de l’esthétisme, de la préservation de nos traditions rurales, du bâtis ancien et de l’Histoire !!! pourtant, nos dit « pouvoirs publics », nos édiles politiques et législateurs, la Police de la Nature laissent faire ! pourtant chaque années de tres nombreux Murs et barrières ‘vertes’ de thuyas-cyprès sont à l’origine de feux d’origines criminelles, volontaires ou non, sont sources d’accidents !!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *