Fin des bâches publicitaires : fausse bonne idée ?

Jeudi 19 mars, l’Assemblée Nationale a adopté un amendement interdisant les bâches publicitaires sur les monuments classés. de quoi relancer une vive polémique :  Faut-il encourager cette collecte de fonds qui permet la restauration ou bien cette « pollution visuelle » est-elle à bannir au seul nom de l’esthétique ?

 

Coup d’éclat des écologistes. La député Laurence Abeille a obtenu jeudi 19 mars l’adoption en première lecture d’un amendement à l’Assemblée Nationale interdisant les bâches sur les édifices classés. Cet amendement écologiste abroge un article dérogatoire du code du patrimoine. Celui-ci prévoyait que l’autorité administrative en charge des monuments historiques pouvait autoriser l’installation de bâches. Selon ce même article, les recettes perçues par le propriétaire du bâtiment permettaient de financer des travaux de restauration.

Laurence Abeille a répété sa volonté d’interdire « ces bâches publicitaires qui fleurissent sur les échafaudages« , et ce, contre l’avis de la rapporteure Geneviève Gaillard (PS), pour qui ces bâches ne sont que temporaires.

L’adoption de cet amendement a réjoui certaines associations du patrimoine comme Paysages de France. Pour elle, la pose de bâches publicitaires sur un édifice classé relève d’un « scandale », qui plus est quand les « retombées financières » ne sont pas celles escomptées. Même son de cloche chez la SPPEF, qui sur son compte twitter, a relayé (et partagé) l’enthousiasme d’Aurélie Filipetti qui salue « le vote à l’Assemblée de la fin des bâches publicitaires géantes sur les immeubles classés ».

Rappelons que l’ancienne ministre de la Culture et de la Communication avait déjà fait ordonner la suppression de la bâche publicitaire Apple sur l’hôtel particulier de Laffemas place des Vosges en mai 2014.

« Un texte suicidaire » ?

Cet enthousiasme est loin de faire l’unanimité, particulièrement chez les professionnels de l’affichage publicitaire grand format. L’un d’eux, Julien Aguettant, directeur de la société Premium Media XL s’est insurgé, mercredi 1er avril, dans la Tribune. Il affirme que cet amendement est un « texte suicidaire » qui nuira non seulement aux entreprises du bâtiment, mais aussi, à terme, au patrimoine français.

Dans un communiqué, le Groupement français des entreprises de restauration des Monuments Historiques (GMH) demande le maintien du dispositif. « Le patrimoine hexagonal est en péril et, faute de moyens, l’Etat diminue depuis des années les crédits accordés à ce secteur d’activité. Or, ces monuments participent à l’attractivité touristique du territoire avec 147 000 emplois et 8 milliards d’euros de retombées économiques. » Son président, Didier Durand, insiste : « Nous avons besoin de tous les financements possibles afin de faire perdurer à la fois nos compétences, nos emplois et nos monuments. C’est pourquoi, le GMH demande expressément le maintien de ce dispositif ».

L’Association VMF, sous l’égide de Philippe Toussaint, partage cet avis et exhorte à encourager la collecte de fonds plutôt qu’à la décourager.

Liste des actualités



5 réflexions au sujet de « Fin des bâches publicitaires : fausse bonne idée ? »

  1. Le , Agnes Moreau a dit :

    Commentaire *quand quelque chose marche dans ce pays il est urgent de le démolir … C’était temporaire , quelquefois un trompe l’œil charmant , et une partie des travaux s’en trouvait financée , ou trouver mieux vraiment ?!!

  2. Le , Florence de Groot a dit :

    Commentaire *

    On admet qu’une bâche ne soit pas là pour le décor, mais qu’elle est nécessaire transitoirement, alors pourquoi ne pas l’utiliser comme source de revenu ?
    La sauvegarde du patrimoine mérite par dessus tout des moyens et si une bâche de protection peut en apporter au bâtiment qu’il dissimule, quel est le problème ?

  3. Le , Bertille de Vandoeuvre a dit :

    Commentaire *
    Je suis bien d’accord avec votre position. Les bâches publicitaires ne sont pas toujours des œuvres d’art, mais alimenter les caisses des édifices classés reste une priorité et surtout une nécessité, particulièrement en ces périodes de disette culturelle. Sachant que ce n’est pas du provisoire qui dure, acceptons les inconvénients pour le bénéfice de notre patrimoine.

  4. Le , Michèle Pallier a dit :

    Commentaire *Je reviens de Rome où une bâche publicitaire recouvre une partie, car il y a aussi une bâche en trompe l’oeil, les clochers de la Trinité Des Monts, visibles du Tibre. C’est la deuxième ou troisième fois que cela se produit et la Communauté se réjouit que ce procédé lui permette de financer ses importants travaux.
    En France, je serais consternée que ce moyen provisoire de permettre de sauvegarder un patrimoine en danger
    disparaisse.

  5. Le , Jacques Philippe Batteau a dit :

    Commentaire *
    C’est terrible pour le monde associatif d’en arriver là. Puisque les moyens publics, et donateurs privés, font défaut dans l’entretien de monuments, il faudrait se réjouir de voir des édifices en travaux durablement défigurés par d’immenses bannières publicitaires, tandis que d’autres militants essaient désespérément de faire disparaître les panneaux d’affichage, notamment en entrée de ville…
    Bientôt, dans les hôpitaux, on verra des associations de victimes se réjouir que l’on colle des pub sur les cercueils, pour éviter que les services de réanimation sans moyens ne déclenchent des opérations « sédation profonde ».
    L’une des solutions: un changement de régime politique, mais ce n’est évidemment pas de la compétence des VMF …
    Chacun voit « mayday ! » à sa porte !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *