Ferme de Montsouris – 26 janvier 2012

Ferme de Montsouris : le combat continue !

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La carrière du chemin de Port Mahon (© Collectif de Port Mahon et de la Ferme de Montsouris)

Ces derniers jours, les travaux de démolition entrepris sur le site de la dernière ferme de Paris, rue de la Tombe Issoire, ont relancé le conflit entre le « Collectif de Port Mahon et de la Ferme de Montsouris » et la Soférim. Un bras de fer qui dure depuis une vingtaine d’années. En octobre dernier, la mobilisation des associations avait obtenu gain de cause, le permis de construire de la Soférim avait été suspendu. Mais l’entreprise persiste et paradoxalement, les permis de démolir continuent à être délivrés par la mairie du 14èmearrondissement.

Tous ces projets n’ont pas abouti pour plusieurs raisons dont la principale est la présence d’une carrière classée Monument historique. En effet, la ferme de Montsouris a été construite sur une ancienne carrière d’extraction de calcaire dont l’exploitation a été attestée dès la fin du XVèmesiècle.

Pour mieux comprendre l’histoire de la Ferme de Montsouris, revenons un peu en arrière

Construite en 1850, la ferme de Montsouris est, selon Thomas Dufresne (président du collectif cité précédemment) , « une sorte de mille-feuille de l’histoire » comprenant :

  • la dernière ferme de la rive gauche avec une grange et une étable
  • des maisons de faubourg typiques et une maison de maître unique à Paris (le Pavillon Troubadour)
  • les vestiges d’un aqueduc gallo-romain du IIIème siècle (retrouvé dans le sol de la cour de la ferme par Didier Busson (archéologue de la Commission du Vieux Paris) lors de fouilles en mai 1992
  • une carrière médiévale dite de Port Mahon

En 1925, la ferme devient la propriété de l’abbé Keller. Ce dernier y hébergeait des familles pauvres contre un loyer modeste. Dans son testament, l’abbé souhaitait que l’endroit garde sa vocation sociale mais l’archevêché a accepté le legs sans respecter cette volonté.

Dans les années 1990, un promoteur, Jean Papahn, acquiert le terrain et tente d’y réaliser un projet immobilier pour le compte du Groupement Foncier de France. Mais en 1993, la carrière devient Monument historique et le GFF fait annuler sa vente en expliquant que le terrain n’est plus constructible, ce qui permet alors à la Soférim de racheter le site très bon marché. Celle-ci, forte de son projet immobilier (80 logements sur 8 étages et des commerces, autour d’un jardin de 700 mètres carrés) obtient une autorisation de travaux impliquant la construction des fondations de son immeuble au-dessus de la carrière. Le collectif d’association attaque en justice cette décision et obtient gain de cause. L’autorisation de travaux est annulée.

Loin d’être découragée, la Soférim tente une nouvelle approche en déposant une autre demande intitulée « restauration du monument historique ». Restauration qui en fait consiste à faire couler une dalle de béton, fondation du futur immeuble. Encore une fois, le collectif a entamé une procédure judiciaire et le permis a été annulé. « Nous sommes condamnés à engager des procédures judiciaires et à gagner tous les contentieux ! » ironise Thomas Dufresne.

La Ferme de Montsouris

La ferme de Montsouris (© Janine Sicar)

Cependant, en mai dernier, la mairie du 14ème arrondissement a octroyé trois permis de démolir et malheureusement, les deux maisons de faubourg et la maison du vacher ont été détruites. Le président du collectif s’en désole : « les permis de démolir sont presque inattaquables, nous n’avons rien pu faire… ». Pour lui la situation est absurde. Tous les permis de construire sont annulés, mais la mairie continue de délivrer des permis de démolir. Quelle logique dans tout cela ? Aujourd’hui le terrain est laissé à l’abandon et tant qu’aucune décision ne sera prise, la Soférim n’abandonnera pas son projet etles bâtiments continueront à être détruits. Le combat n’est pas encore terminé.

Dans son interview, Thomas Dufresne conclut en expliquant que la ferme de Montsouris est « un message d’espoir pour tous les citoyens : même si vous avez les pouvoirs publics, l’église et un gros promoteur contre vous, vous pouvez vous battre et préserver les éléments de votre quartier qui le méritent à vos yeux ». Malgré cet optimisme que le président essaie de transmettre, la situation de la dernière ferme de Paris n’est pas simple. La justice et les réglementations ne sont pas toujours suffisantes, il faut parfois savoir faire preuve de pugnacité pour faire face aux actions répétées de certains promoteurs. Les VMF saluent le Collectif de Port Mahon et de la Ferme de Montsouris pour leur engagement dans la sauvegarde du  patrimoine. 

 
 
 

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2 réflexions au sujet de « Ferme de Montsouris – 26 janvier 2012 »

  1. Le , DELPECH.gerard@aliceadsl.fr a dit :

    Commentaire * C’est affolant, il y avait 450 fermes à Paris, et il n’en reste plus guère si mes infos sont exactes. Dans une telle situation, le minimum, est de restaurer ce qui subsiste. Si le promoteur était honnête et avait un peu de culture, il abandonnerais son projet, c’est qu’une question d’argent. D’ailleurs il pourrait aider à financer une restauration et la reconstruction des bâtiments déjà détruits.
    Quant au maire, on sent que cette personne est sans scrupule et indigne d’un élu. Hélas ce genre d’individu corrompu, destructeur du patrimoine, pullule en notre pays de plus en plus laid grâce à leurs méfaits.

  2. Le , Richard Robert a dit :

    « Les VMF saluent le Collectif de Port Mahon et de la Ferme de Montsouris pour leur engagement dans la sauvegarde du patrimoine » ? Mais la valeur patrimoniale de ce site est une vaste blague. Les bâtiments démolis depuis 2012 étaient des taudis sans aucun intérêt architectural, la fameuse « maison du vacher » un simple immeuble de rapport bâti par un taulier peu scrupuleux, et les associations auxquelles cet article apporte son soutien ne portent aucun projet sérieux. Il y a patrimoine et patrimoine, et à trop diluer la notion vous affaiblissez la position des associations sérieuses. On attend mieux des VMF.

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