Désert de Retz – 25 fev 2010

Les péripéties judiciaires du Désert de Retz continuent : les anciens propriétaires privés demandent la nullité de la vente

Le Désert de Retz dans les Yvelines est un parc du XVIIIe siècle abritant de nombreuses fabriques ou folies, très bel exemple de cette mode pour les lieux retirés associant le goût de l’antique à celui de la nature sauvage. C’est un des rares « déserts » français – endroits solitaires où l’on aimait se retirer et recevoir sans étiquette aux XVIIe et XVIIIe siècles –  à avoir subsité.

DesertdeRetzChambourcy

La Colonne détruite, fabrique du parc du Désert de Retz (© Julian Weyer/ Wikipédia)

A l’origine, il comprenait dix-neuf fabriques réparties sur 38 hectares. Seuls la Colonne détruite, lieu d’habitation du commanditaire, François de Monville, l’église gothique ruinée, le Temple du dieu Pan, le Petit autel, le Théâtre découvert et la Glacière en forme de pyramide subsistent, ainsi que la Tente tartare, reconstruite en 1989. Le reste des folies – la Maison chinoise, les serres chaudes, le Rocher, les communs, le Temple du repos, l’Ermitage, l’Obélisque, le Tombeau, l’Orangerie, la Laiterie et la Magnanerie – a aujourd’hui disparu.

Le Désert de Retz a accueilli au XVIIIe siècle de nombreux visiteurs célèbres, comme la reine Marie-Antoinette, le roi Gustave III de Suède ou l’Empereur Joseph II d’Autriche, mais aussi de forts lointains voyageurs à l’instar de Benjamin Franklin ou Thomas Jefferson. Successivement habité par la famille anglaise Ffytche puis par Frédéric Passy, premier prix Nobel de la Paix, et ses descendants, le domaine fut classé monuments historiques en 1941, ce qui n’empêcha pas son délabrement progressif. Dans les années 1960, il était à l’état de quasi-ruine.

En 1966, André Malraux fait référence au Désert de Retz pour justifier un projet de loi de sauvetage des monuments historiques, autorisant l’Etat à mettre en demeure les propriétaires, qui se désintéressent de l’entretien de leur patrimoine classé, de faire procéder à des travaux de restauration. De 1973 à 1979, l’Etat entreprend et finance les premiers travaux d’urgence. Mais en 1985, le nouveau propriétaire, la banque Worms, cherche à céder ce lieu. Pour 20 000 francs, elle vend le domaine à deux particuliers, Olivier Choppin de Janvry et Jean-Marc Heftler-Louiche, mais elle conserve en usufruit la partie nord du domaine où elle souhaite construire un golf.

La convention signée entre les deux parties stipule que le golf s’engage à « recréer autant que faire se peut le paysage ancien par des plantations appropriées » et qu’il doit s’acquitter d’une somme annuelle de 300 000 francs pour l’entretien du domaine. Cet accord permettait donc aux propriétaires privés de percevoir une ressource non négligeable servant à financer la campagne de restauration des fabriques, qui s’éleva à 1,6 millions d’euros, dont la moitié fut apportée par les subventions de l’Etat.

 Mais un an plus tard, contrairement à ses engagaments, le golf fit faire des travaux qui dénaturèrent le site. Premier procès entre le golf et les propriétaires privés qui entraîna une guerre via la presse, l’intervention de Jack Lang alors ministre de la Culture, la visite du président de la République, François Mitterrand, et se solda par la condamnation du golf à remettre en état le parcours. 

En 1999, suite à des dissensions entre les deux propriétaires privés, le domaine est mis en vente et un administrateur judiciaire est nommé. Le golf prétexte alors un mauvais entretien du site pour ne plus payer les redevances annuelles. En 2001, Olivier Choppin de Janvry et Jean-Marc Heftler-Louiche déposent plainte à l’encontre du golf. Nouveau procès, nouvelle condamnation du golf en première instance, qui fait alors appel. Mais en décembre 2007, coup de théâtre : le Désert est vendu par un nouvel administrateur, sans l’accord des propriétaires, pour 1,65 million d’euros aux gestionnaires du golf, qui s’empressent de céder, pour un euro symbolique à la commune de Chambourcy, les vingt hectares du domaine où sont situées les fabriques.

Or on apprend qu’une convention avait été signée dès 2004 entre le golf et la commune en vu du partage du domaine, dans l’éventualité d’une acquisition du site par le golf. Les propriétaires sont indignés et la presse se fait le relais de leurs questions. Dans son article en ligne sur le site de la Tribune de l’art, Didier Rykner s’interroge : «Le maire de Chambourcy (…) est-il intervenu pour que le golf de Joyenval puisse acquérir le domaine ? » Et le journaliste de présenter plusieurs documents qui sembleraient étayer sa thèse et prouver que « derrière l’achat par la mairie (..) se cache une affaire très curieuse, assez scandaleuse (…), qui laisse en réalité le domaine (de Retz) démantelé et sans ressources pérennes. »

Les deux anciens propriétaires privés, quant à eux, ont décidé de reprendre leur bataille judiciaire et ont attaqué l’administrateur judiciaire pour vente à vil prix. Espérons que cet énième procès ne fera pas oublier l’enjeu de cette bataille : la valorisation d’un des sites paysagers et bâtis les plus beaux des Yvelines.

 

>> Voir l’article très fouillé de Didier Rykner « Le golf, le maire et le Désert de Retz » sur le site de la Tribune de l’art

>> et l’article de Michel Guerrin « Imbroglio sans fin pour un site magique, le Désert de Retz » dans le Monde

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