Rapport de la cour des comptes sur le domaine de Chambord

Chambord, un établissement public « sans véritable stratégie de développement » selon la Cour des comptes

Dans son rapport annuel, paru le 9 février 2010, la Cour des comptes a examiné la gestion du domaine de Chambord, devenu un établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC) depuis le 1er juillet 2005. Propriété de l’Etat à partir de 1930, Chambord est le seul domaine royal parvenu jusqu’à nous dans son intégrité : château, village, forêt, réserve naturelle et mur d’enceinte. Longtemps géré par huit administrations et établissements différents (ministère de la Culture, ministère de l’Agriculture, ministère de l’Environnement, ministère des Finances, ministère de l’Equipement, Centre des monuments nationaux, Office national des forêts, Office national de la chasse et de la faune sauvage), Chambord avait espéré gagner en autonomie et en cohérence en devenant un EPIC.

Sur le plan financier, le site dégage en 2008 un résultat bénéficiaire s’élevant à 1,4 million d’euros, grâce notamment aux droits d’entrée (5,5 millions d’euros en 2008, soit une augmentation de 55% depuis 2004) et aux ventes de la boutique (1,7 million d’euros, soit une hausse de 100% par rapport à 2004). Toutefois, la Cour des comptes s’étonne que le domaine de Chambord n’ait pas cherché depuis cinq ans à développer sa capacité d’autofinancement : « Ce succès commercial et l’aisance financière qui en résulte auraient pu permettre une diminution des subventions que versent les ministères chargés de la culture et de l’environnement. Tel n’a pourtant pas été le cas, puisque (…) les subventions ministérielles se situent en 2008 à (…) 1,9 million d’euros ».

Concernant l’immense forêt du domaine, la Cour des comptes s’interroge sur l’absence de politique de valorisation touristique et le manque d’offres de découverte de ce vaste espace naturel. En effet, les 4/5e de la forêt sont réservés à la chasse, ce qui ne laisse que 700 hectares  (sur 5 315) ouverts au public. Philippe Martel, ancien directeur général du site de 2004 à 2009, le reconnaît : « La partie de la forêt actuellement ouverte (…) n’est ni la plus belle, ni la plus intéressante. Elle est, de plus, relativement éloignée du château et pas du tout signalée, ce qui réserve sa fréquentation aux habitants de la région connaissant bien Chambord. »

Château de Chambord (© Bernard Galéron/VMF)

La Cour des comptes déplore aussi une politique de constitution des collections qui, en voulant effacer l’image d’un château vide et justifier le paiement de la visite des intérieurs, a abouti à « une grande hétérogénité des collections présentées, qui contraste avec homogénéité du bâti » et « brouille l’image « Renaissance » du château ». Le parcours muséographique de Chambord est souvent difficile à comprendre pour les visiteurs qui  passent d’abord par les appartements XVIIe et XVIIIe, avant de pénétrer dans le logis de François Ier au premier étage. Philippe Martel partage pleinement cette analyse : « le nombre de visiteurs qui pénètrent dans le parc sans visiter le château est élevé, ce qui s’explique notamment par l’insuffisance d’intérêt muséographique à l’intérieur du bâtiment ». Toutefois, dans sa réponse écrite à la Cour des comptes, il ne justifie pas l’absence depuis 2005 d’un projet de réaménagement des espaces de visite, qui fait cruellement défaut. Il semble que les gestionnaires du site ont longtemps privilégié les expositions temporaires, croyant qu’elles pourraient suppléer au manque de cohérence du parcours de visite. Il est donc temps, selon la Cour des comptes, que l’établissement réfléchisse à la logique qui doit présider à l’ameublement du château.

Le rapport pointe une autre insuffisance relative aux écuries historiques, « dont l’état de délabrement actuel est indigne de l’image de Chambord », selon les magistrats. Depuis 2005, aucune réflexion de restauration de ces bâtiments n’a été engagé par l’établissement, alors même que Versailles a fait réhabiliter en 2003 sa Grande Ecurie par Patrick Bouchain pour y accueillir l’Académie du spectacle équestre. Plus récemment, le Domaine de Chantilly a démarré en 2006 un ambitieux programme de travaux visant à redonner leur éclat aux Grandes Ecuries dont la première étape a concerné le majestueux dôme. L’établissement de Chambord n’en est qu’à l’ébauche d’un projet visant à l’implantation d’une Maison de la nature dans les écuries du Maréchal de Saxe.

La Cour des comptes préconise donc la définition d’un plan global de développement du domaine à la hauteur de son patrimoine culturel unique en France. Loin d’imputer toutes ces insuffisantes à la seule direction de l’établissement, les magistrats pointent la responsabilité des ministères de tutelle à qui il appartient « de faire les choix qui s’imposent pour réaliser les ambitions qui avaient, en 2005, justifié la création de l’établissement public». Comme le note judicieusement Sophie Flouquet dans son article publié dans le Journal des Arts, Jean d’Haussonville, nouveau directeur du domaine fraîchement nommé en janvier 2010  « aura donc le loisir d’exercer ses talents pour redorer l’image du domaine auprès de sa tutelle ».

>> Télécharger le rapport de la Cour des comptes sur la gestion du domaine de Chambord (9 février 2010)

>> Lire aussi l’article La gestion du château de Chambord épinglée par la Cour des Comptes, par Sophie Flouquet, Journal des Arts (n°319)

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