Découvrez les Bains Pommer à Avignon

La revue VMF vous propose de découvrir gratuitement et dans son intégralité un article du numéro de juillet 2014 consacré au Vaucluse. Visitez un lieu insolite en plein cœur d’Avignon : les anciens bain Pommer.

 

Les bains Pommer, une cathédrale d’eaux dormantes

 

En plein cœur d’Avignon, à deux pas de la place Pie, une maison de la rue Philonarde arbore autour de sa porte, en grandes lettres droites, l’intrigante inscription « Bains Pommer ». Fermé depuis 1972 après avoir fonctionné un peu plus de quatre-vingts ans, cet établissement, qui fut en son temps le plus moderne de la ville, a conservé son décor et tous ses équipements d’origine, à croire que le temps s’est arrêté à l’intérieur. Découverte d’un lieu à l’atmosphère envoûtante, bruissant des voix fantomatiques du passé.

Jean-Baptiste Rendu – photographies de Michel Vialle

 

En 1886, Auguste Claude Pommer, chaudronnier de formation, ancien compagnon du Tour de France et pour l’heure maître-baigneur aux Bains de la Poste, rue de la République, acquiert, dans un quartier en pleine transformation, traversé depuis peu par la rue Thiers, grande percée rectiligne contrastant avec le tracé sinueux des vieilles rues de la cité, une vaste parcelle. Celle-ci comporte trois corps de bâtiment entourant un jardin, sur le trajet d’un petit cours d’eau, la Sorguette. Deux ans plus tard, il demande à l’entrepreneur Daruty de lui dresser les plans d’un vaste établissement de bains dont lui-même réalisera l’installation.

Modernité dernier cri

L’établissement est inauguré le 8 décembre 1890, jour en Avignon de la grande fête de l’Immaculée Conception qui marque aussi le coup d’envoi de la foire d’hiver. Du dernier cri pour l’époque, l’établissement, doté d’une quarantaine de cabines individuelles avec baignoires, propose également des bains thérapeutiques à base d’eau sulfureuse et des douches médicales au jet. Fournie par un puits, l’eau, abondante, est chauffée par trois grandes chaudières à charbon, logées dans un local technique abritant la station de pompage et les réservoirs. Un personnel nombreux et attentif veille à remplir les baignoires, à disposer devant chacune un caillebotis frotté à la brosse sur lequel est jeté un linge, à fournir serviettes chaudes, savons et lotions, et sait répondre avec diligence au moindre coup de sonnette tout en veillant discrètement au respect des temps d’occupation – 40 minutes exactement, comme le rappelle une plaque fixée dans chaque cabine. Un tel lieu se doit d’être d’une propreté impeccable. Après chaque client, toutes les baignoires sont nettoyées et polies avec de la cendre de bois tamisée récupérée chez les boulangers de la ville. Dans le Guide d’Avignon de la saison 1899-1900, une réclame pour les « Grands Bains de la place Pie », « ne laissant rien à désirer comme confortable, hygiène, etc. » emploie à dessein le mot qui fait mouche. L’hygiène, longtemps méconnue, est la grande affaire du moment, et les bonnes familles d’Avignon, dont toutes les demeures ne sont pas encore équipées de salles de bains et d’eau courante, loin s’en faut, font honneur à l’établissement de M. Pommer. Quoi de plus agréable, d’ailleurs, que d’attendre son tour sur la grande banquette centrale, le « pouf », en devisant avec des gens de sa connaissance ?

Un décor de théâtre

Dirigé successivement par Auguste Claude, Louis puis Marcel Pommer, l’établissement saura toujours s’adapter à son époque, par touches discrètes respectueuses de l’agencement et de l’esprit des lieux. Ornée de glaces, la grande salle principale, où se situe le fameux « pouf » ovale entourant un massif de plantes vertes ainsi qu’une horloge égrenant les heures, reste telle qu’elle était le jour de l’ouverture, vaste hall rectangulaire, couvert d’une verrière à deux rampants tamisée par des vélums, commandant l’accès à une batterie de cabines, au rez-de-chaussée. À l’étage, une autre série de cabines s’organise autour d’une galerie. On accède à celle-ci par un majestueux escalier ponctué, comme un décor de théâtre, de trois grands vases en majolique ornés de plantes. Tous les matériaux, depuis la terre cuite beige ponctuée de cabochons noirs employée pour les sols jusqu’à la pierre de taille de Fontvieille, laissée apparente sur les murs, en passant par la fonte des rampes ou le solide noyer employé pour les portes des cabines, garnies de carreaux en verre translucide, révèlent une exigence de qualité. Dans les années 1930, Louis Pommer fera ajouter des cabines de douche, desservies par des couloirs latéraux, revêtir de céramiques fleuries les murs des cabines, jusqu’alors simplement peints, et remplacer les baignoires en zinc d’origine par des baignoires de porcelaine. Une dernière campagne de gros travaux consistera à remplacer les trois chaudières à charbon par des chaudières à mazout.

Les voix se sont tues

Accroché à côté de la « banque », ce comptoir en bois où les clients venaient payer et se fournir en produits pour les soins du corps et des cheveux, un écriteau indique les « prix autorisés par décision ministérielle du 1er janvier 1971 », soit 2, 20 francs d’alors pour une douche et 3,20 francs pour un bain. L’année suivante, en 1972, l’établissement, de moins en moins fréquenté du fait de l’amélioration continue des conditions de l’habitat et situé dans un quartier alors en pleine mutation sociale, ferme ses portes. Arrière-petite-fille d’Auguste, Élisabeth Pommer, qui continue d’habiter dans l’immeuble, assure aujourd’hui l’entretien des anciens bains. « C’est un sacerdoce », dit-elle, évoquant, avec une touche d’humour un peu désenchanté, le ménage régulier des cabines et du hall, les soins donnés chaque semaine aux plantes en pot, palmiers et aspidistras typiquement Belle Époque, ou encore les bassines et les serpillières qu’il faut disposer à la hâte, parfois en pleine nuit, dans le cas de fortes pluies propices aux infiltrations. « Qui dit verrières dit souci », remarque, d’expérience, celle qui, après une carrière dans l’immobilier, a fait le choix d’organiser sa vie autour de ce lieu, par respect pour ses ancêtres qui l’ont construit. Elle a même, avec son père, en 1992, accepté le classement au titre des Monuments historiques malgré la décote que cette protection entraînait, consciente de la nécessité de garantir cet ensemble exceptionnel de tout risque de démolition partielle ou totale. « Une page peut se tourner mais je ne veux pas la tourner avec n’importe qui », explique Élisabeth Pommer, qui a vu défiler un certain nombre de projets, dont aucun n’est allé à son terme. Dans le silence de ce lieu désaffecté, à l’atmosphère fellinienne, elle continue d’espérer : « Si nous étions à Paris, à Lyon ou à Marseille, on aurait trouvé depuis longtemps une solution pour un ensemble de ce type, le seul en France à avoir été conservé dans cet état. Or, Avignon n’a qu’un potentiel, c’est son patrimoine. Pour moi, ce lieu devrait servir de vitrine, par exemple dans le domaine de la mode ou du parfum, en gardant toutefois l’esprit convivial que nous avons toujours préservé ici. »

 

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Une réflexion au sujet de « Découvrez les Bains Pommer à Avignon »

  1. Le , Daniele Martin Corre a dit :

    Commentaire *je retrouve cet article lu dans le magazine Vaucluse et qui m’avait beaucoup interesée. Je pensais qu’à l’occasion des journées du patrimoine la visite en serait possible. Mais non. Renseignement pris auprès de l’office de tourisme d’Avignon il m’a été repondu que cela n’était pas possible car aucunes négociations n’a jamais pu aboutir avec cette dame. Comment se fait il qu’un tel lieu ne soit pas accessible à la visite de temps en temps ? est il destiné à devenir un mausolée ? Votre article est bien, donne envie de decouvrir ce site insolite et unique, mais dans ces conditions laisse un sentiment de frustration au lecteur.
    Néanmoins, si vous aviez une « piste » particulière pour effectuer une visite, je suis preneuse de l’information.
    Merci et bien cordialement
    Danièle Martin Corre

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